Les "gilets jaunes" ont défilé samedi en rangs clairsemés pour leur acte 16, émaillé de quelques heurts en régions, en espérant une mobilisation...
« Gilets jaunes »: mobilisation en repli, avant un mois crucial pour le mouvement
Les "gilets jaunes" ont défilé samedi en rangs clairsemés pour leur acte 16, émaillé de quelques heurts en régions, en espérant une mobilisation...
Par Antoine GUY avec les bureaux en régions
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Les "gilets jaunes" ont défilé samedi en rangs clairsemés pour leur acte 16, émaillé de quelques heurts en régions, en espérant une mobilisation massive en mars pour marquer la fin du débat national qu'ils contestent et les quatre mois de leur mouvement social.
Au total, le ministère de l'Intérieur a comptabilisé 39.300 manifestants en France, dont 4.000 à Paris, en repli par rapport à la semaine dernière où 46.600 personnes avaient été recensées, dont 5.800 dans la capitale. Ces chiffres officiels sont régulièrement contestés par les "gilets jaunes".
A Paris, le cortège parti de l'Arc de Triomphe et auquel participaient les figures Éric Drouet et Maxime Nicolle, était pour la première fois encadré par des "gilets jaunes" faisant la sécurité à moto. S'il s'est déroulé sans incident, un homme a été blessé au visage en marge du cortège, "probablement" par un tir de LBD selon des sources concordantes, et une enquête judiciaire confiée à "la police des polices" a été ouverte.
Le lanceur de balle de défense est l'objet de vives controverses en France pour le nombre de blessés graves qu'elle a provoqués depuis le début du mouvement social le 17 novembre.
A Nantes (au moins 1.800 manifestants), Toulouse (quelques milliers) et Bordeaux (4.000 manifestants), les défilés ont été émaillés de heurts avec les forces de l'ordre qui ont interpellé une quinzaine de personnes dans chacune de ces villes. Dans la capitale, les autorités ont procédé à 33 interpellations.
A Bordeaux, le député de La France Insoumise Loïc Prud'homme a accusé la police de l'avoir matraqué alors qu'il quittait la manifestation, tandis que pour le préfet de Gironde, les forces de l'ordre ont "correctement fait leur travail".
Ces heurts et le nombre d'interpellations sont néanmoins sans commune mesure avec ceux que la France a connus dans les premiers actes de cette fronde populaire inédite.
Ils étaient plus de 2.000 à Lyon; entre 1.000 et 2.000 à Lille. Plusieurs centaines ont été recensés à Marseille, un millier à Montpellier.
Un manifestant face à un gendarme mobile lors d'une manifestation de "gilets jaunes", le 2 mars 2019 à Bordeaux
AFP
"On est moins nombreux que d'habitude mais on est là quand même et c'est l'essentiel, on ne lâchera pas parce que la situation ne va pas s'améliorer on en est sûr", résumait Murielle, retraitée de Seine-et-Marne.
De nombreux manifestants interrogés par l'AFP ont dit placer leurs espoirs dans la mobilisation du 16 mars, présentée par les figures historiques du mouvement comme une journée clé. Partie d'un ras-le-bol contre la hausse des taxes et pour davantage de pouvoir d'achat, le mouvement s'est étendu à des revendications hétéroclites.
- "De l'enfumage" -
"16 mars, l'Aquitaine envahit Paris, ultimatum saison 2", proclamait ainsi une grande banderole accrochée sur un échafaudage à Bordeaux, où certains "gilets jaunes" ont brièvement envahi la gare.
Cette date coïncide avec la fin du grand débat national lancé le 15 janvier par Emmanuel Macron, qui avait estimé vendredi que le mouvement n'était "plus compréhensible par bon nombre de citoyens". Elle marque aussi les quatre mois de la fronde.
Des "gilets jaunes" à Colmar, le 2 mars 2019, réclament le départ d'Emmanuel Macron, près d'une réplique de la Statue de la Liberté vêtue d'un gilet jaune
AFP
La consultation nationale sans précédent de deux mois, pour tenter de répondre à la colère en recueillant les doléances des Français, a suscité 10.000 réunions en France et plus d'un million de contributions sur internet: une masse énorme de données qu'il faudra analyser avant que l'exécutif ne prenne ses décisions.
"Leur grand débat, c'est de l'enfumage pour fadas", estime Marco, 27 ans, manifestant à Alès (Gard) où des heurts ont éclaté à la fin de la manifestation. Entre 600 et 1.500 personnes y ont battu le pavé derrière de grandes banderoles proclamant "Demain nous appartient", "Bloquons l'économie. Marre de survivre, on veut vivre" ou encore "Justice sociale".
L'un des participants à Toulouse, Olivier Barba, s'est dit déterminé à "maintenir la pression jusqu'à la fin du grand débat (...) pour que le gouvernement nous fasse le moins de mal possible".
Des "gilets jaunes" à Lyon, le 2 mars 2019, réclament une "justice fiscale". Un homme porte un masque à l'effigie d'Emmanuel Macron
AFP
"Le mouvement ne s'arrêtera pas tant que le gouvernement ne cèdera pas. Ils ne nous laissent pas le choix, ils ne nous écoutent pas", affirme quant à elle Karine, assistante maternelle dans la banlieue bordelaise.
L'une des images de la journée restera celle de "gilets jaunes" à Colmar qui ont enfilé une veste fluo géante sur la réplique de la statue de la Liberté.
Un "gilet jaune" a par ailleurs porté plainte à Paris pour "entrave à la liberté de manifester" et "privation de liberté illégale" après avoir été placé en garde à vue avant la manifestation du 26 janvier.
Et une information judiciaire a été ouverte à Marseille après la mort à l'hôpital en décembre 2018 d'une octogénaire, touchée la veille chez elle par un tir de grenade lacrymogène en marge de manifestations.
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.