Hôpital : « Un quart des étudiants en médecine ont eu des idées suicidaires »
Représentants des doyens et des étudiants en médecine étaient auditionnés par la commission d’enquête du Sénat sur la situation de l’hôpital en France. Au menu des échanges la situation mentale et financière des médecins en devenir, le numerus clausus et la désertification médicale.

Hôpital : « Un quart des étudiants en médecine ont eu des idées suicidaires »

Représentants des doyens et des étudiants en médecine étaient auditionnés par la commission d’enquête du Sénat sur la situation de l’hôpital en France. Au menu des échanges la situation mentale et financière des médecins en devenir, le numerus clausus et la désertification médicale.
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« Avant la crise sanitaire, on se rendait compte que la situation mentale était assez grave […] Après la crise sanitaire, on a vu une augmentation de 62 à 75 % les symptômes d’anxiété pathologique, de 27 à 39 % des symptômes de dépression et un quart des étudiants qui disaient avoir eu des idées suicidaires les 12 derniers mois ».

Dès son propos introductif, Nicolas Lunel le président de l’association des étudiants en médecine en France (ANEMF) tire la sonnette d’alarme sur l’état d’esprit des médecins en devenir.

L’omerta à l’hôpital, c’est une vraie réalité »

Parmi les choses à améliorer, le président de L’ANEMF souhaite que des sanctions soient mises en place pour les médecins, les cadres de santé qui pratiquent des brimades et humiliations sur les jeunes internes. « On a de nombreux témoignages d’étudiants qui prennent des coups de cahier à la figure ou qui sont systématiquement rabaissés au lit du patient ou sein du service […] L’omerta à l’hôpital, c’est une vraie réalité », explique-t-il.

D’un point de vue financier, les étudiants en médecine touchent entre la 4eme et la 6eme année des émoluments entre 200 à 300 euros net en effectuant un mi-temps à l’hôpital et un mi-temps universitaire, ce qui ne leur permet pas d’avoir de job alimentaire à côté.

« 10 000 étudiants, c’est le maximum de nos capacités de formation dans notre pays »

Pour autant, « les métiers de la santé restent très attractifs pour les jeunes », insiste Patrice Diot, le président de la conférence des doyens des universités de médecine. D’autant plus après la réforme du premier cycle des études de santé qui a supprimé le numerus clausus en 2021« Mais ce n’est pas la solution à tous les problèmes […] L’augmentation qui a été apportée l’année dernière, c’est-à-dire environ 10 000 étudiants, c’est le maximum de nos capacités de formation dans notre pays ».

Bach Nga Pham, vice-présidente, de la conférence des doyens des facultés de médecine, complète : « Nous n’avons pas le droit de dégrader la qualité de formation de nos étudiants en santé qui sont les professionnels de demain. Pour ça, il faut former en amont nos formateurs ce qui demande encore du temps, de participer à des réunions en plus des différentes réformes que nous devons mettre en place (premier, deuxième et troisième cycle).

Les sénateurs, élus de la chambre des territoires, ont particulièrement centré leurs questions, sur les déserts médicaux, appelés zones « sous-denses ». La loi de 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, amendée par le Sénat, prévoit l’obligation pour les internes en médecine générale et de certaines spécialités de réaliser un stage en ambulatoire dans les zones sous-denses. Mais faute de décret d’application, la mesure n’est pas encore appliquée.

Nicolas Lunel estime que cette mesure crée une disparité entre certaines spécialités. Elle se heurte, également, selon lui, a des questions pratiques. « L’étudiant ne pourra pas lâcher son appartement qu’il a dans sa ville d’étude pour 6 mois ». « La raison principale ne doit être l’accès aux soins mais la formation. Il faut qu’ils puissent s’assurer d’avoir des formations dans ces territoires-là. Or, actuellement on a des difficultés à mailler le territoire de maîtres de stage universitaire », met-il en avant.

Déserts médicaux : « Il faut des conditions d’accueil sur le département » pour les étudiants

« Bien sûr, il faut que des docteurs juniors aillent dans des zones sous-denses. Mais on s’apprête à faire peser sur les jeunes d’aujourd’hui, les erreurs du passé, une époque où ils n’étaient même pas nés. Attention, à ne pas les maltraiter. Mais les jeunes sont généreux, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas avoir ce débat ».

Pour conclure, Bach Nga Pham souligne le problème de financement de cette mesure. « Il faut des conditions d’accueil sur le département pour qu’il y ait des lieux de vie […] avec des logements, des conditions de transports, des conditions pour qu’ils ne soient pas considérés comme des étudiants, mais des futurs professionnels de santé qu’on souhaite ancrer sur le territoire.

 

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