L’Assemblée nationale prend son élan pour le marathon sur le logement
Construire plus facilement, réorganiser le logement social: le projet de loi sur le logement amorce mercredi son marathon à l'Assemblée...

L’Assemblée nationale prend son élan pour le marathon sur le logement

Construire plus facilement, réorganiser le logement social: le projet de loi sur le logement amorce mercredi son marathon à l'Assemblée...
Public Sénat

Par Isabelle CORTES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Construire plus facilement, réorganiser le logement social: le projet de loi sur le logement amorce mercredi son marathon à l'Assemblée nationale, où la volonté de "transformation" et de "simplification" de la majorité promet quelques débats électriques.

"Un an après notre arrivée, une loi pour construire plus, mieux et moins cher et pour améliorer le quotidien des Français", a tweeté Julien Denormandie, secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des Territoires.

Sur le "premier poste de dépense des ménages", la loi, pour laquelle le gouvernement a insisté sur une longue "concertation", vise aussi à "réformer le logement social en incitant aux regroupements, faciliter l’accession sociale à la propriété ou favoriser la mobilité".

Le ministre de la Cohésion des Territoires Jacques Mézard a anticipé, en ouverture, des débats "parfois assez durs".

Record depuis le début de la législature, plus de 3.400 amendements sont au menu sur "l’Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique", avec un "temps programmé" de débats d'ici au vote le 12 juin.

L'Assemblée siègera un second week-end de suite, droite et gauche critiquant l'enchaînement de trois réformes importantes (agriculture, logement, formation et assurance chômage).

Cette loi vise à redonner "des marges de manœuvre" aux acteurs de "terrain" en "simplifiant" l'acte de construire, "aucunement (à) remettre en cause les fondements de notre droit", selon Jacques Mézard. Recours contre les permis de construire plus encadrés, transformation de bureaux en logements plus rentable via un "bonus", cession de foncier par l'État facilitée figurent dans les changements.

Dans les "simplifications", l'allègement des normes d'accès aux handicapés marque une "grave régression sociale", selon l'Association des paralysés de France.

Allié de LREM, le MoDem soutient un texte qui "va dans le bon sens". Son président Marc Fesneau a pointé "trois écueils à éviter", en préservant "la qualité architecturale", en "gardant la philosophie de la loi littoral" mais aussi de la loi SRU.

- "Bétonnage" et "ségrégation" -

Pour LR, malgré certains dispositifs "intéressants", "la déception est grande" vu "des propriétaires méprisés, des maires mis hors-jeu, des territoires oubliés", un "choc d'offre foncière limité aux zones tendues", pour Thibault Bazin.

"Vous ne nous conduisez pas au nouveau monde, mais à un retour à la crise des grands ensembles des années 1970", avec un "élan de bétonnage", a-t-il lancé, défendant, vainement, une motion de rejet.

Son groupe reproche aussi au gouvernement d'avoir "profondément mis à mal la dynamique du logement" avec son budget 2018 touchant aux APL, prêt à taux zéro, offices HLM.

Le projet de loi logement, visant à faciliter la construction et à réorganiser le secteur du logement social, promet mercredi à l'Assemblée nationale un débat-fleuve, un record de 3.160 amendements ayant été déposés
Le projet de loi logement, visant à faciliter la construction et à réorganiser le secteur du logement social, promet mercredi à l'Assemblée nationale un débat-fleuve, un record de 3.160 amendements ayant été déposés
AFP/Archives

Face au réquisitoire LR, le ministre a jugé "pas bon de caricaturer".

A gauche, la réorganisation du logement social, avec l'objectif de 40.000 logements HLM vendus par an, fait bondir.

Fustigeant la "pire" loi "depuis le début du quinquennat", la cheffe de file socialiste Valérie Rabault a jugé qu'elle "détruit les outils pour favoriser la mixité sociale". "Après l'abandon du plan Borloo", cela ressemble à "une trahison", pour le premier secrétaire du PS Olivier Faure, dont le parti défend un "contre-projet".

Les bailleurs sociaux, aux ressources amputées l'an passé, devront se regrouper d'ici à 2021 lorsqu'ils gèrent moins de 15.000 logements.

Cette loi "dangereuse" marque "l'acte II de l'affaiblissement du secteur HLM", pour Stéphane Peu (PCF), convaincu comme François Pupponi (PS), que "la vente de HLM va aggraver la ségrégation sociale: elle se fera là où c'est attractif, pas aux 4.000 de la Courneuve".

Le ministre a plaidé que cette accession simplifiée à la propriété contribuera à "stabiliser des classes moyennes dans certains quartiers où la mixité est un enjeu".

La loi SRU, qui impose aux communes un quota de logements sociaux, promet aussi d'agiter l'Assemblée. "La loi SRU est de plus en plus inapplicable (...) Il n'est pas trop tard pour la desserrer", a exhorté Robin Reda (LR), dans sa motion de renvoi, rejetée.

Des inquiétudes existent aussi sur la loi littoral, après son assouplissement en commission pour permettre, au cas par cas, le "comblement des dents creuses" (parcelles vides entre deux bâtiments dans un même hameau).

"La loi littoral est un bien précieux. Si son application pose certains problèmes concrets, il faut bien sûr chercher des solutions mais toujours avec la plus extrême prudence", a averti Barbara Pompili, présidente de la commission de Développement durable.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le