Il en avait fait l’une des priorités de son premier quinquennat. Emmanuel Macron a présidé ce vendredi, à Bobigny, la 7e Conférence nationale du handicap (CNH). Organisée tous les 3 ans, l’événement a pour objectif de fixer le cap des politiques publiques dans le domaine du handicap.
Le chef de l’Etat a appelé à « construire une société pleinement accessible », espérant que « l’inclusivité » soit « au cœur de cette campagne présidentielle » (lire notre article pour en savoir plus).
Mais après deux quinquennats, quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ? Des progrès ont été réalisés, mais il reste du travail pour arriver à une société pleinement inclusive. « En dix ans, certains sujets ont progressé, mais la vie des personnes handicapées n’est pas fondamentalement meilleure », estime auprès de l’AFP Arnaud de Broca, président du collectif Handicaps, qui regroupe une cinquantaine d’associations.
Combien de personnes ?
La France compte plusieurs millions de personnes en situation de handicap. Les chiffres varient beaucoup, selon les critères pris en compte. « Au total, en France, le nombre d’enfants et d’adultes handicapés (de 5 ans ou plus), qu’ils vivent à domicile ou en établissement, varie de 5,7 millions à 18,2 millions de personnes selon la définition utilisée », explique sur son site la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). « En 2022 en France métropolitaine, 14,5 millions de personnes de 15 ans ou plus (28 %) vivant à domicile déclarent avoir au moins une limitation fonctionnelle sévère (des problèmes de vue ou d’audition malgré une correction, des difficultés pour monter un escalier, des trous de mémoire fréquents, etc.) et 5,4 millions (10 %) déclarent être fortement restreintes dans des activités essentielles du quotidien », précise encore la Drees.
Selon la Fondation de France, « 12 millions de personnes sont en situation de handicap(s). Au-delà du handicap moteur, le plus visible, 80 % sont des handicaps « invisibles » : difficultés sensorielles, psychiques, mentales et/ou cognitives. En outre, on compte plus de 8 millions d’aidants, des proches qui soutiennent une personne de leur entourage », souligne la fondation.
Remboursement intégral des fauteuils roulants
En matière de handicap, l’une des mesures phares d’Emmanuel Macron est le remboursement intégral des fauteuils roulants, en décembre 2025. Une mesure réclamée de longue date par les associations et dont ont déjà bénéficié plus de 280.000 personnes, selon des données officielles.
Réforme des prestations sociales pour renforcer l’autonomie
Côté prestations sociales, elles ont été réformées pour renforcer l’indépendance des personnes handicapées. Le mode de calcul de l’Allocation adulte handicapé (AAH) a ainsi été revu. Depuis octobre 2023, les revenus du conjoint ne sont plus comptabilisés pour fixer l’AAH. C’est la déconjugalisation de l’AAH.
Le gouvernement a aussi élargi les critères d’obtention de la Prestation de compensation du handicap (PCH) et mis en place l’octroi de droits à vie pour ceux dont le handicap est irréversible.
Depuis janvier 2023, la PCH a ainsi évolué avec des nouveaux forfaits surdicécité, un nouveau domaine d’activités qui facilite l’accès à l’aide humaine aux personnes atteintes d’un handicap mental, cognitif, psychique ou d’un trouble du neurodéveloppement (TND). Par ailleurs, l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), l’AJPA (allocation journalière du proche aidant) ou encore la pension d’invalidité ont été revalorisées.
Une école plus inclusive, mais un manque d’AESH
L’école inclusive a progressé ces dernières années. Sous Emmanuel Macron, le nombre d’enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire a fortement augmenté, de 320.000 en 2017 à plus de 550.000. En 2024, ils représentent 4,15 % des élèves en milieu ordinaire, soit plus de 1 sur 25. Une progression qui avait commencé auparavant. En 2006, on ne comptait que 155.000 enfants en situation de handicap à l’école.
Pour faciliter, voire permettre dans certains cas, cette scolarisation, le nombre d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), qui aident les élèves, a progressé, pour atteindre le chiffre de 140.000. Mais le sujet reste en réalité un point noir. Chaque année, il en manque beaucoup. À la rentrée 2025, 48.000 élèves n’avaient pas d’AESH, sur 352.000 enfants qui y avaient droit. Un chiffre qui avait ensuite été réduit en début d’année. Par ailleurs, c’est une profession mal payée, généralement occupée par des femmes et marquée par une forte précarité.
Malgré les avancées, des associations dénoncent des accompagnements incomplets, des scolarisations à temps partiel, ce qui peut mettre en difficulté les parents, dont certains doivent arrêter de travailler, ou encore des enseignants non formés…
Emploi : des progrès lents
Côté emploi, des mesures d’aide à l’apprentissage et à l’embauche des personnes handicapées ont contribué à soutenir leur emploi. Le taux de chômage des personnes handicapées atteint environ 12 % en 2024 contre 19 % en 2017, ce qui reste toutefois cinq points de plus que pour l’ensemble de la population, selon l’association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph).
Dans un rapport publié début 2026, la Cour des comptes jugeait la politique en faveur de l’emploi des personnes handicapées insuffisante, pointant notamment des « mesures disparates » et une « absence de vision ». Selon l’Elysée, un des engagements attendu vendredi est de permettre de choisir son emploi et de développer ses compétences professionnelles.
Manque de places dans les établissements du secteur médico-social
Les manques en la matière sont importants. Des enfants se retrouvent sur liste d’attente pour intégrer des établissements du secteur sanitaire et médico-social car les majeurs ne les quittent pas, faute de place ailleurs. En l’absence de solution, certaines familles se rendent en Belgique pour trouver une place en établissement.
Pour pallier ce déficit de places, le gouvernement avait annoncé, lors de la dernière CNH, la création de 50.000 solutions d’ici 2030 pour des enfants et des adultes sans réponse adaptée à leurs besoins (nouvelles places, soutien à domicile, etc.). En janvier 2026, environ 18.300 solutions étaient déjà opérationnelles, selon le gouvernement. « 50.000 solutions c’est très loin de l’ensemble des besoins et on avance lentement », regrette cependant Luc Gateau, président de l’Unapei.
Accessibilité : encore beaucoup de progrès à faire
Là encore, beaucoup reste à faire, que ce soit dans les transports, le logement, les loisirs. Le gouvernement a lancé en 2023 un fonds doté d’1,5 milliard d’euros pour rénover les lieux publics. Selon les derniers chiffres officiels, 900.000 établissements recevant du public (mairies, préfectures…) étaient conformes, sur près de deux millions.
(avec AFP)