Laïcité : comment mieux former les enseignants ?
En octobre dernier, l’assassinat du professeur Samuel Paty a mis en lumière la question de l’enseignement de la laïcité à l’école. Ce mercredi 6 janvier, une étude de l’IFOP rend compte des difficultés rencontrées par les enseignants sur ces sujets. Alors comment sont-ils formés ? Sont-ils assez préparés pour répondre aux élèves qui s’opposent à certaines valeurs de la République ?

Laïcité : comment mieux former les enseignants ?

En octobre dernier, l’assassinat du professeur Samuel Paty a mis en lumière la question de l’enseignement de la laïcité à l’école. Ce mercredi 6 janvier, une étude de l’IFOP rend compte des difficultés rencontrées par les enseignants sur ces sujets. Alors comment sont-ils formés ? Sont-ils assez préparés pour répondre aux élèves qui s’opposent à certaines valeurs de la République ?
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Par Fanny Conquy

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Comment enseigner la laïcité à l’école ? Que répondre à des élèves qui contestent certains évènements du programme ? Comment réagir face à des jeunes filles qui refusent d’aller en cours d’éducation physique ? Une enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et Charlie Hebdo révèle que 53 % des professeurs de collèges et lycées déclarent que certains cours font l’objet de contestation. Un résultat en hausse de 12 points par rapport à 2018. Par ailleurs, 42 % des enseignants disent s’être déjà autocensurés sur les questions religieuses pour éviter des incidents en classe.

Sur la question de laïcité à l’école, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer s’est voulu très clair lors de son discours devant le Conseil des sages de la laïcité le 9 décembre dernier : « L’Ecole de la République est le creuset de ce pacte social français, si particulier : un plébiscite de tous les jours de notre Constitution et des lois de la République. Rappeler cela, c’est rappeler l’attachement spécifique et organique des Français au principe de laïcité. »

Structurer la formation des enseignants

Un des axes affichés par le ministre concerne la formation des futurs enseignants : « Au-delà de la réponse immédiate à des situations de tensions problématiques voire extrêmes, je veux leur donner les moyens de promouvoir, de défendre, d’expliquer le principe de laïcité, soutenu par un corpus intellectuel solide et partagé par tous. »

Pour cela, la formation initiale sera plus structurée et encadrée. Lors des concours de recrutement des enseignants, les candidats devront passer un examen oral sur leur connaissance des valeurs de la République et de la laïcité, et leur capacité à les transmettre et les enseigner.

Pour Jacques Grosperrin, sénateur LR du Doubs : « C’est une très bonne chose. Il faut que cela soit obligatoire dans le programme. »

En 2015, dans son rapport sur « le fonctionnement du service public de l’éducation et sur la perte de repères républicains », Jacques Grosperrin proposait déjà « la révision de la maquette des formations dans les Ecoles supérieures de professorat et des concours en y valorisant la transmission des valeurs républicaines ». Cependant, Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, estime que « la durée de la formation initiale des professeurs est beaucoup trop courte. Bien sûr il faut les former aux questions de laïcité et de valeurs de la République, mais les élèves enseignants n’ont pas assez de temps pour tout traiter. » Pour cet ancien professeur, ajouter une épreuve orale sur ces sujets « c’est bien, mais encore faut-il voir la place qui sera accordée à cet enseignement, et le coefficient de cet oral dans l’examen ».

Le rôle de la formation continue

Le ministre de l’Education nationale a également annoncé vouloir développer une formation continue adaptée aux difficultés rencontrées par les enseignants. Selon Max Brisson, la formation continue c’est effectivement un réel problème au sein de l’Education nationale. « Cela a été la variable d’ajustement des politiques de réductions budgétaires pendant des années ». Il y a la question des moyens, et du temps dédié à cette formation tout au long de la vie. « Les établissements scolaires ont du mal à remplacer les enseignants qui partent en formation, alors il y a un frein certain. »

La sénatrice RDSE de Gironde, Nathalie Delattre, souligne également la question de l’adéquation de la formation avec les besoins des enseignants « Il faut actualiser les méthodes. Aujourd’hui il y a les réseaux sociaux, cela circule beaucoup sur le web… Il faut adapter les outils des enseignants lors des formations tout au long de la vie ».

Le partage d’expérience est aussi une clé de l’accompagnement des professeurs sur ces sujets, selon Jacques Grosperrin « La formation continue, c’est l’occasion de parler avec d’autres enseignants de ces sujets de laïcité et des problématiques rencontrées. Les professeurs peuvent alors partager des retours d’expérience, les méthodes de chacun ».

 

Une volonté politique

Pour Nathalie Delattre, « on a le sentiment que jusqu’à maintenant les enseignants n’avaient pas tous les outils à leur disposition ». Mais aujourd’hui, il y a visiblement « une volonté réelle du gouvernement. On a l’impression que jusque-là, il y avait une forme de déni, mais là on voit que ce gouvernement veut aller de l’avant ». Pour Nathalie Delattre, « il y a certes la question des moyens alloués à la formation, l’encadrement… Mais l’impulsion vient surtout de la volonté politique. »

Jacques Grosperrin partage ce point de vue « Jean-Michel Blanquer ne se défausse pas sur ces sujets ». Pour le sénateur du Doubs « C’est peut-être le moment de faire changer les choses. Il y aura un avant et un après Samuel Paty. Il y a eu une réelle prise de conscience. »

Mais pour transmettre les valeurs de la République et de la laïcité, selon Nathalie Delattre il faudrait aussi porter une attention particulière aux autres acteurs tels que les associations, les éducateurs sportifs… « Il faut que tous les intervenants auprès des jeunes soient formés sur ces questions. » Pour être efficace, la sénatrice de Gironde estime que ce sujet doit être élargi au-delà de la sphère de l’Education nationale.

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