Près de 3 000 personnes évacuées. Le feu s’est déclaré jeudi 2 juillet entre Sainte-Marie-la-Mer et Canet-en-Roussillon avant de se propager rapidement sous l’effet des fortes chaleurs et du vent. Les flammes ont atteint plusieurs campings, dont La Brasilia, ainsi que le pôle nautique. « Ça a brûlé tellement vite. Le plus important, c’est qu’il n’y ait pas eu de victime, que les évacuations se soient bien déroulées. Mais ce sera sans doute difficile cette saison », explique à nos confrères de l’AFP, Bernadette Margaill, la comptable du camping Brasilia, « institution » de la commune depuis plusieurs décennies. Au total, près de 3 000 personnes ont été évacuées selon le préfet des Pyrénées-Orientales : environ 1 700 campeurs, mais aussi quelque 1 500 salariés d’entreprises voisines et des riverains. Selon la préfecture des Pyrénées-Orientales, 281 bungalows ont été détruits. Plus de 215 sapeurs-pompiers ont été mobilisés dès les premières heures. Ce vendredi, plus de 200 soldats du feu restaient engagés avec 35 engins terrestres et des moyens aériens afin de traiter les derniers points chauds. Deux pompiers ont été légèrement blessés au cours des opérations. Environ 800 personnes ont été accueillies dans des centres d’hébergement ouverts à Sainte-Marie-la-Mer, Canet-en-Roussillon, Le Barcarès et Torreilles avant d’être, pour la plupart, relogées par leurs propres moyens.
« Heureusement, il n’y a pas eu de victimes »
Pour Lauriane Josende, le bilan humain reste le principal motif de soulagement. « Nous avons dû évacuer près de 1 800 personnes. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes. C’est l’essentiel. Il n’y a pas non plus eu de dégâts matériels irréversibles. La casse a été limitée grâce au travail remarquable de nos pompiers. »
La sénatrice souligne également les conséquences économiques de ce sinistre en pleine saison touristique. « Depuis plusieurs années, notre département est confronté à une sécheresse terrible. Nous avons connu un début de saison particulièrement compliqué. Voir tous ces gens, tous ces touristes, repartir est difficile. Mais tant qu’il n’y a pas de préjudice humain, c’est ce qui compte avant tout. »
Une sécheresse devenue structurelle
Pour l’élue des Pyrénées-Orientales, les incendies de ces derniers jours ne constituent plus des événements exceptionnels, mais le symptôme d’une évolution durable. « Cela fait longtemps que nous alertons sur les conséquences du réchauffement climatique dans les Pyrénées-Orientales. Dès le début de mon mandat, j’ai interpellé le gouvernement lors des questions au gouvernement. »
Elle estime que le département vit désormais avec une sécheresse installée dans la durée : « La sécheresse que nous connaissons aujourd’hui n’est plus une exception. Avec les épisodes de canicule, on voit bien que des départements jusqu’ici moins habitués sont désormais concernés. » Une évolution qui impose, selon elle, une adaptation permanente. « Nous connaissons les marqueurs de risque et nous avons appris à vivre avec eux. Cela ne signifie pas que nous sommes toujours prêts. Les dommages sont de plus en plus importants. »
« Les Français doivent prendre conscience que nous avons changé de monde »
Face à cette nouvelle donne climatique, Lauriane Josende appelle à modifier durablement les comportements. « Il y a un véritable enjeu de responsabilisation individuelle. La prévention face aux incendies et, plus largement, face aux conséquences du réchauffement climatique, passe aussi par chacun d’entre nous. » Elle estime que cette prise de conscience doit désormais concerner l’ensemble du territoire. « Les Français doivent prendre conscience que nous avons changé de monde et que nos modes de vie doivent évoluer face à ces risques. Cela implique notamment de protéger les personnes les plus vulnérables, comme les personnes âgées et les enfants. »
La sénatrice rappelle que les collectivités ont déjà renforcé leurs dispositifs de prévention. « Nous avons connu les premiers épisodes de canicule dès le mois de mai. Cela fait maintenant deux mois que cette situation dure, et les prévisions annoncent encore de fortes chaleurs. Les habitants vont devoir s’adapter. De notre côté, nous avons mis en place de nombreux dispositifs : les services de secours sont mobilisés, ainsi que les plans communaux et intercommunaux, y compris l’accompagnement médico-psychologique. » Elle insiste toutefois sur le fait que les pouvoirs publics ne pourront pas agir seuls. « Nous apprenons à vivre avec cette nouvelle réalité. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’en satisfaire, compte tenu des risques qu’elle comporte. Il faut retrouver le sens du collectif. »
« Il faut arrêter avec l’idée de l’État nounou »
Lauriane Josende refuse d’opposer l’action des pouvoirs publics à la responsabilité individuelle. « Il faut arrêter avec l’idée de l’État nounou. La responsabilité individuelle est essentielle. Il y a un véritable sujet d’éducation et de sensibilisation. Quand on entend quelqu’un dire : « Moi, ça m’est égal, je préfère jeter mon mégot par la fenêtre plutôt que de le garder dans ma voiture », cela met en colère. » Elle précise toutefois que cette responsabilité ne saurait exonérer les pouvoirs publics. « Je ne dis pas qu’il faut choisir entre l’action de l’État et la responsabilité individuelle. Les deux doivent être combinés. »
La sénatrice rappelle enfin que « neuf feux sur dix sont d’origine humaine, même s’ils ne sont pas forcément volontaires. C’est pourquoi nous craignons un relâchement des comportements, surtout en période de vacances. Il est indispensable que chacun fasse preuve de bon sens, de prudence et de responsabilité. »
Une saison des feux en avance
La multiplication des incendies inquiète les autorités. Jeudi 2 juillet, depuis Marseille, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a réuni une cellule interministérielle consacrée à la canicule et aux feux de forêt. Il a estimé que la saison des incendies avait pris au moins quinze jours d’avance sur son calendrier habituel, appelant à la plus grande vigilance alors qu’une nouvelle vague de chaleur est attendue dans les prochains jours.
En déplacement ce vendredi à Pouzols-Minervois, dans l’Aude, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a dressé le même constat. « Nous sommes très inquiets de cette saison des feux. Nous avons eu jusqu’à 26 incendies simultanés jeudi soir », a-t-il déclaré. Selon lui, la combinaison de la canicule, d’une végétation particulièrement abondante après les pluies du début d’année et des épisodes de vent a créé des conditions particulièrement propices aux départs de feu. L’incendie ayant parcouru près de 900 hectares dans l’Aude était fixé ce vendredi. Le ministre a salué « le travail remarquable » des quelque 900 pompiers mobilisés, appuyés par d’importants moyens aériens.
Si les incendies des Pyrénées-Orientales et de l’Aude sont désormais maîtrisés, les fortes chaleurs devraient se poursuivre et plusieurs départements du pourtour méditerranéen demeurent placés sous un risque très élevé d’incendie, faisant craindre de nouveaux départs de feu au dans les prochains jours.