Les sauveteurs en mer du Calvados en quête de reconnaissance et de moyens auprès des sénateurs
À la suite du drame des Sables-d’Olonne en juin 2019, le Sénat a créé une mission d’information sur le sauvetage en mer et la sécurité maritime pour dresser un état des lieux du secteur dont l’économie repose sur des dons et du bénévolat. Le 26 août à Ouistreham, puis à Courseulles-sur-mer, les marins ont plaidé leur cause auprès des sénateurs.

Les sauveteurs en mer du Calvados en quête de reconnaissance et de moyens auprès des sénateurs

À la suite du drame des Sables-d’Olonne en juin 2019, le Sénat a créé une mission d’information sur le sauvetage en mer et la sécurité maritime pour dresser un état des lieux du secteur dont l’économie repose sur des dons et du bénévolat. Le 26 août à Ouistreham, puis à Courseulles-sur-mer, les marins ont plaidé leur cause auprès des sénateurs.
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Par Jonathan Dupriez et Jérôme Rabier

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Un Zodiac orange file le long de la côte de Nacre dans le Calvados. Harnachés de leurs combinaisons néoprène et leurs casques jaune fluo, trois sauveteurs de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) patrouillent. « On gère des véliplanchistes inquiets, les accidents de plongée et parfois du remorquage de bateaux, mais notre mission première, c’est l’assistance aux victimes » détaille Arthur Favreau, 21 ans, sauveteur à Courseulles-sur-Mer depuis 2015. « Tout petit déjà, je venais ici, je discutais avec les sauveteurs et c’est ce partage qui m’a donné envie de les rejoindre. » Arthur est un secouriste chevronné mais dans la vie, il est chaudronnier-soudeur. Et lorsqu’il part en mer, Arthur est bénévole.

8 000 bénévoles

Créée en 1967, la SNSM est une association reconnue d’utilité publique, la seule organisation française agréée pour le sauvetage en mer. Selon ses chiffres officiels, elle est venue en aide à plus de 32 000 personnes en 2017, secours en mer et sur les plages confondus. Mais, faute de moyens, son fonctionnement repose intégralement sur ses 8 000 bénévoles répartis sur tout le littoral. L’association doit aussi composer avec un budget très serré, 32 millions d’euros pour 2019, dont 20% de subventions publiques et environ 80% de dons. « Quand on voit qu’on peine à changer nos bateaux à cause de problèmes de financement, c’est un peu dommage » regrette Arthur. Le jeune marin espère désormais que la médiatisation de l’accident des Sables-d’Olonne en juin dernier fera avancer la cause des sauveteurs.

« Notre rôle principal c’est de vous écouter »

Et notamment auprès des sénateurs de la mission commune d’information (MCI) venus visiter la station de Courseulles-sur-Mer. « Notre rôle principal c’est de vous écouter (…) pour essayer de formuler des propositions, recommandations et préconisations » détaille Didier Mandelli, sénateur LR de Vendée, rapporteur de la mission. Mais les sauveteurs, le président de la station Erick Busnel en tête, sont préoccupés par les 400 000 euros à rassembler pour financer le remplacement d’une vedette vieillissante. « On va retourner voir la mairie » lance-t-il sur le ton de la plaisanterie. Lever des fonds est un vrai casse-tête pour les bénévoles, obligés la plupart du temps de courir les foires locales pour vendre t-shirts, casquettes, et autres mugs SNSM. «Autant leur demander de trouver certains financements pour fonctionner c’est normal, mais aller chercher 400 000 euros, ça n’est pas possible » s’étrangle l’Amiral Thierry Niogret, inspecteur régional à la SNSM pour la Manche. Didier Mandelli acquiesce.

Les sauveteurs en quête de reconnaissance

Si le budget de la SNSM reste stable, le nombre d’interventions a doublé en cinq ans laissant craindre un surmenage des bénévoles et des inquiétudes sur la reconnaissance de leurs missions.

Plus tôt dans la journée à Ouistreham, le président de la station, Jacques Lelandais, s’en est ému face aux sénateurs : « On ne veut pas dire que ces bénévoles doivent être payés, mais nous voudrions qu’ils soient reconnus. ». Pour ce cadre local, la SNSM est trop souvent confondue avec la SNCM, la compagnie maritime qui assure les liaisons entre le continent et la Corse. « C’est triste qu’il ait fallu attendre une grande catastrophe pour qu’il y ait une prise de conscience à la hauteur de l’État. J’attends beaucoup de cette mission » soupire Jacques Lelandais en prenant les sénateurs à témoin.

L’État doit-il s’impliquer davantage pour les sauveteurs en mer ? Une évidence pour Patrick Rabineau, trésorier de la station de Ouistreham : « C’est un modèle atypique car on n’est pas reconnus comme un service public…C’est une association qui met ses moyens à disposition de l’État, et l’État sait s’en servir » ironise l’homme aux 200 sorties en mer. Corinne Féret, sénatrice PS du Calvados, présidente de la MCI tempère. Pour elle, « le système actuel fonctionne bien » même si elle estime que les pouvoirs publics pourraient « renforcer leur soutien pour pérenniser les financements ».

Après la Vendée, les Alpes-Maritimes, le Calvados et la Manche, d’autres déplacements de la délégation sénatoriale sont prévus notamment dans le Finistère, l’Ille-Et-Vilaine ou le Pas-de-Calais. Les responsables nationaux de la SNSM seront auditionnés en septembre au Sénat puis suivra la publication d’un rapport courant octobre. Ce calendrier devrait permettre aux sénateurs de faire remonter leurs propositions au Premier ministre Édouard Philippe, avant le CiMER (Comité interministériel de la mer) du mois de novembre.

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