Mineurs non accompagnés : le Sénat adopte la création d’un fichier national
Pour éviter qu’un mineur non accompagné ne se présente dans deux départements, les sénateurs ont adopté la création d’un fichier national des étrangers reconnus majeurs. Le gouvernement veut aller plus loin, avec un fichier de tous les demandeurs.

Mineurs non accompagnés : le Sénat adopte la création d’un fichier national

Pour éviter qu’un mineur non accompagné ne se présente dans deux départements, les sénateurs ont adopté la création d’un fichier national des étrangers reconnus majeurs. Le gouvernement veut aller plus loin, avec un fichier de tous les demandeurs.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les sénateurs ont repris l’examen du projet de loi asile et immigration ce lundi, après quatre jours de débat la semaine dernière, marqués notamment par une faible présence des sénateurs LR en soirée.

Cet après-midi, les sénateurs ont adopté la création d’un fichier national biométrique des étrangers reconnus majeurs par les départements. Ces derniers ont la charge des mineurs non accompagnés. Ils réalisent des examens pour déterminer si le jeune étranger est mineur ou pas, et s’ils peuvent ainsi bénéficier de l’aide sociale à l’enfance. Par la mise en place de ce fichier national automatisé, l’objectif de la majorité sénatoriale LR-UDI est d’éviter qu’un étranger reconnu majeur, aille ensuite dans un autre département pour tenter d’y être reconnu mineur (voir le sujet d'Audrey Vuetaz).

« Quand les départements décident de ne pas la reconnaître la minorité, ils nous ont dit que les réseaux envoient les mineurs dans un autre département. Et on recommence la procédure » affirme le rapporteur LR du texte, François-Noël Buffet, qui souligne qu’en 2017, « il y a eu 15.000 nouveaux mineurs non accompagnés confiés aux départements » et « 54.000 évaluations faites. (…) Mais combien sont des doublons ? »

Accord entre l’Etat et les départements sur les mineurs étrangers isolés

Le gouvernement n’est pas hostile au principe de ce fichier. Car dans le cadre « des négociations avec l’Assemblée des départements de France », le gouvernement est arrivé à « un accord entre l’Etat et l’ADF », a souligné la ministre Jacqueline Gourault, qui permet « un traitement automatisé des données afin de contribuer à l’identification des personnes étrangères se disant non accompagnées ». Le gouvernement souhaite mettre en place ce dispositif début 2019. Mais pour la ministre, la rédaction retenue par les sénateurs ne va pas assez loin : « Il convient de prévoir la collecte de donnée de tous les demandeurs et non des seuls majeurs » (Jacqueline Gourault)

Jacqueline Gourault a plutôt apporté son soutien à un amendement LR visant à « améliorer la phase d’évaluation des mineurs non accompagnés, en permettant la prise d’empreintes et de photographies des mineurs ».

« La création d’un tel fichier déshonore notre pays »

Pour les opposants au texte, comme la présidente du groupe communiste, Eliane Assassi, ce fichier rentre dans « la logique de chasse aux migrants », qui « atteint ainsi son apogée ». « C’est un fichier d’enfant, c’est bien de cela qu’il s’agit » pour la sénatrice PCF de Seine-Saint-Denis.

« Tous les jeunes sont en situation de détresse. Sans parler des méthodes contestables de reconnaissance, qui passent souvent par des tests osseux ou des entretiens réalisés dans de très mauvaises conditions » dénonce Eliane Assassi, pour qui « la création d’un tel fichier déshonore notre pays ».

« On les voit arriver avec un Smartphone et Google maps pour trouver l’adresse »

Mais la droite n’en démord pas. « Ces supposés mineurs ont eu un parcours extrêmement difficile, c’est vrai. Mais quand on les voit arriver au fond d’une impasse dans un département inconnu, mais avec un Smartphone et Google maps pour trouver l’adresse, (…) ça veut dire qu’il y a des filières, il faut le dire » a réagi le sénateur LR Bruno Sido, ancien président du conseil général de la Haute-Marne (voir la vidéo). Sébastien Meurant, sénateur du Val-d'Oise, ajoute que « cette solidarité, ce droit à venir en France, se fait au détriment des pauvres du département et des mineurs non accompagnés de ces mêmes départements ». La Haute assemblée devrait conclure l’examen du texte d’ici ce soir, avant un vote solennel ce mardi.

« On voit arriver les mineurs étrangers isolés avec un Smartphone et Google maps pour trouver l’adresse »
00:59

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Meeting de Gregory Doucet pour les municipales a Lyon
6min

Politique

Lyon : derrière le duel Aulas - Doucet, vers une métropole sans majorité ?

La bataille pour la Métropole de Lyon attire moins les projecteurs que le duel entre Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas, pourtant les enjeux peuvent être plus importants encore, et le scrutin plus serré. À cause d’un mode de scrutin opaque, les résultats sont plus difficiles à déchiffrer, mais une issue sans majorité stable au conseil métropolitain est tout à fait envisageable.

Le

CORRECTION France Municipal Elections
7min

Politique

Réforme du scrutin Paris-Lyon-Marseille : Rachida Dati battue à son propre jeu ?

La réforme du mode de scrutin instaurée par la loi Paris Lyon Marseille (PLM), longtemps défendue par Rachida Dati, devait rebattre les cartes des élections municipales dans la capitale. Pourtant, les premiers résultats du scrutin de 2026 indiquent que cette évolution institutionnelle ne modifie pas, dans l’immédiat, les équilibres politiques parisiens, même si des écarts peuvent apparaître entre les votes dans les arrondissements et celui pour la mairie centrale. Si la maire du 7ᵉ arrondissement remporte aisément son fief, les rapports de force à l’échelle de l’Hôtel de Ville demeurent, pour l’heure, défavorables à la droite.

Le

Saint-Denis : Meeting LFI-PCF avec Bally Bagayoko et Jean-Luc Melenchon
5min

Politique

Municipales 2026 : derrière les succès de LFI à Roubaix et Saint-Denis, les sortants PS et PCF font la course en tête dans les banlieues populaires

La France insoumise a réussi à convertir ses résultats nationaux en ancrage local dans des proportions inattendues au premier tour, sécurisant déjà la victoire à Saint-Denis et Roubaix. Deux prises spectaculaires qui consacrent sa stratégie de conquête des quartiers populaires. Mais qui masquent des résultats plus contrastés par ailleurs en banlieue face aux sortants PS et PCF, souvent installés confortablement en tête avant le second tour.

Le