Capture d’écran du documentaire « La France aux fourneaux » d’Adrien Privat et Ghuilen Shwetzer
Capture d'écran du documentaire « La France aux fourneaux » d’Adrien Privat et Ghuilen Shwetzer

Les « docus de l’été » : Du vin dans les cantines, à l’apparition des fast-food 80 ans d’histoire gastronomique de la France

« Comment sommes-nous passés de la blanquette de veau à l’œuf moléculaire » ? Comment le pays qui a inventé le restaurant est devenu celui des fast-food ? Sous prétexte de préparer une blanquette de veau pour quelques amis, le comédien François Morel nous convie à un voyage gastronomique. Une heure trente d’histoire de la France et des Français à travers la gastronomie à voir sur Public Sénat.
Sébastien Lambert

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Si les Français ont un titre de champions du monde, c’est avec deux heures onze par jour, celui du temps passé à table ! Un rapport particulier avec la nourriture qui fait de notre cuisine l’une des gastronomies les plus réputées dans le monde, et dont l’histoire se mélange allègrement avec l’Histoire du pays.

Comme au sortir de la Seconde guerre, où, après des années de privation armés de bouteilles de Coca-Cola et de tablettes de chewing-gum, les Américains débarquent et font rêver les Français. Dans le film, sur une archive de 1948, on voit Christian Pineau, ministre du ravitaillement, accueillir sur le port de Bordeaux le déchargement de denrées envoyées des États-Unis. Le secrétaire d’État américain, de l’époque, George Marshall organise le ravitaillement pour faire face à la pénurie qui menace l’Europe. Sans le savoir c’est le début d’une nouvelle époque, et de nouvelles habitudes alimentaires. Grâce à l’aide américaine et à la mécanisation des méthodes des agriculteurs, les commerces retrouvent des matières premières et peuvent à nouveau faire tourner les fournils. A l’heure des tracteurs américains, des engrais et des pesticides, les tickets de rationnement disparaissent. Les Français s’en amusent comme en témoignent les images en noir et blanc de la « fête de la mort de la carte de pain » organisée à Lyon par le syndicat des boulangers en 1946.

Le vin servit dans les écoles jusqu’en 1956

Autre spécificité française, le vin. Si notre consommation, dans les années 50, est passée de 140 litres par personne et par an à 50 litres aujourd’hui, certaines mauvaises habitudes ont perduré pendant des décennies. Ainsi, dans les écoles, les recommandations de Louis Pasteur qui mettait en avant les valeurs nutritionnelles du vin ont eu la vie dure. Qualifiée de boisson « la plus saine et la plus hygiénique » sur les bons points distribués aux bons élèves et il n’est pas rare, jusqu’au milieu des années 50, d’accompagner le casse-croûte des enfants d’un demi-litre de vin ou de cidre pour les moins de quatorze ans. C’est seulement en 1956 que Pierre Mendès-France prend la décision d’interdire le vin dans les écoles et encore seulement pour les moins de quatorze ans.

Il faudra attendre 1981 pour que l’alcool soit interdit dans les lycées.

Mais c’est la révolution et l’arrivée du réfrigérateur qui va révolutionner le quotidien des ménagères. Avec la conservation des aliments au frais chez soi, plus besoin de faire ses courses tous les jours. Si seulement un ménage sur dix est équipé en 1955, petit à petit l’électroménager s’impose dans les cuisines. C’est l’époque des salons dédiés à ce que l’on appelle à l’époque les arts ménagers. Celui du Grand Palais, à Paris, consacre le rêve de la consommation et se transforme en caverne d’Ali Baba : grille-pains, presse-agrumes et autres tourniquettes à vinaigrette remplissent les allées du salon. Ainsi sur une archive savoureuse, Louis de Funès -sur l’air de la complainte du progrès de Boris Vian- suggère que « le bonheur conjugal se trouve dans l’électroménager ».

La fin de cette décennie connaîtra aussi l’arrivée des supermarchés, créés par Edouard Leclerc en 1957 ; le concept deviendra vite une institution qui révolutionnera les modes de consommation. Enfin, pour clore cette décennie riche en inventions, la cocotte-minute Seb fait son entrée dans les cuisines, au sommet des hit-parades des ventes, avec cinq cent mille exemplaires vendus en 1960.

Quarante kilos de sucre par an et par Français, soit plus de cent grammes par jour

Dans les années soixante, c’est un ingrédient roi qui va s’imposer : le sucre, et avec, les produits industriels comme la purée Mousseline, le lait en poudre, les conserves et surgelés, en même temps que les réunions Tupperware. Au même titre que les congés payés et le tourisme qui se développent, les vagues d’immigration apportent aussi leur lot de découvertes culinaires.
Si le premier camion à pizzas s’installe à Marseille en 1962, le Tajine, paella ou spaghettis s’invitent dans les assiettes. Le couscous deviendra même le deuxième plat préféré des Français juste après la blanquette de veau.

Suit la révolution du fast-food : on ne cuisine plus chez soi pendant des heures, on mange rapidement à l’extérieur. Qui eut cru d’ailleurs que dans le pays des frères Troisgros, l’habitude s’impose. Quarante-cinq ans après l’ouverture du premier McDonald’s, à Créteil en 1972, la France est ainsi devenue le deuxième pays le plus gros consommateur de nourriture de fast-food derrière les États-Unis.

A la fin du film, François Morel prêt à servir la blanquette concoctée pendant le documentaire conclut sur ces mots : « Ce qui nous caractérise, au-delà de la finesse de notre art culinaire, c’est le plaisir de goûter et le plaisir d’en parler ».

Retrouvez le documentaire « La France aux fourneaux » d’Adrien Privat et Ghuilen Shwetzer vendredi 31 juillet à 22h puis en replay sur notre site internet ici.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

France Fighting Fake News
3min

Politique

La chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova visée par un arrêté d’expulsion du territoire français

La chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT en France et accusée d'être la voix du Kremlin dans des médias français, s'est vu remettre mercredi un arrêté ministériel d'expulsion, a indiqué à l'AFP la place Beauvau, confirmant une information de Libération. Selon l’AFP, cette dernière va “immédiatement former un recours” contre cet arrêté d’expulsion.

Le

FRA – PARIS – CONSEIL CONSTITUTIONNEL
6min

Politique

Aide à mourir : les sénateurs socialistes présentent leurs observations au Conseil constitutionnel 

Après l’adoption de la loi sur la fin de vie par le Parlement et les multiples saisines du conseil constitutionnel, les sénateurs socialistes ont adressé leurs observations juridiques au Conseil constitutionnel. A travers leurs arguments, les sénateurs défendent le texte tel qu’il est sorti de la navette parlementaire et son respect des droits fondamentaux.

Le