La crise qui couvait depuis le début de la semaine après les révélations sur les activités en Afrique d'Alexandre Benalla a explosé vendredi...
Nouvelle crise pour l’Elysée après une offensive de Benalla
La crise qui couvait depuis le début de la semaine après les révélations sur les activités en Afrique d'Alexandre Benalla a explosé vendredi...
Par Jérémy MAROT, Alice LEFEBVRE
Temps de lecture :
5 min
Publié le
Mis à jour le
La crise qui couvait depuis le début de la semaine après les révélations sur les activités en Afrique d'Alexandre Benalla a explosé vendredi avec la confrontation entre l’Élysée et l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron, qui a dit maintenir des liens avec la présidence depuis son licenciement cet été.
L'opposition a immédiatement demandé "la vérité" sur cette nouvelle affaire Benalla embarrassante pour le chef de l’État, déjà sous pression de la crise des "gilets jaunes", qui doit exprimer lundi ses vœux au pays.
Deux questions au cœur de la nouvelle polémique: pourquoi l'ancien chargé de mission dispose toujours de passeports diplomatiques et les a-t-il utilisés pour des voyages d'affaires auprès de dirigeants africains ?
L'entourage de M. Benalla, joint par l'AFP, a refusé de commenter les informations de Mediapart et du Monde, selon lesquelles il continue de voyager avec un passeport diplomatique émis le 24 mai, après sa mise à pied liée à des violences lors de manifestations du 1er mai.
Il a été "utilisé ces dernières semaines pour entrer dans différents pays africains ainsi qu’en Israël", selon Mediapart qui cite "des sources sécuritaires".
La présidence a dû se fendre d'un communiqué, plaidant l'ignorance: elle dit ne disposer "d'aucune information remontée par les services de l’État concernés sur l’utilisation par M. Benalla des passeports diplomatiques qui lui avaient été attribués dans le cadre exclusif de ses fonctions à la présidence de la République".
Contre-attaquant, M. Benalla a assuré au JDD que ses passeports lui avaient été restitués "par la présidence", son entourage précisant à l'AFP que c'était "début octobre".
Il avait affirmé, sous serment devant la commission d'enquête du Sénat le 19 septembre, avoir laissé ce document dans son bureau de l’Élisée.
Il a également souligné entretenir des "relations" et des "échanges réguliers" avec "certains membres de la présidence", dans une lettre adressée au cabinet d'Emmanuel Macron, dont l'AFP a obtenu copie.
M. Benalla reproche à Patrick Strzoda, directeur du cabinet d'Emmanuel Macron à qui la lettre est adressée, de ne pas lui avoir "transmis directement (ses) interrogations" au lieu de "les porter sur la place publique", "au regard des relations que j'entretiens avec certains membres de la présidence, et des échanges réguliers que j'ai avec eux".
M. Strzoda l'avait sommé de s'expliquer sur "d'éventuelles missions personnelles et privées" menées "comme consultant" alors qu'il était "en fonction à l’Élysée".
Éléments biographiques d'Alexandre Benalla, ex-collaborateur de l'Elysée mis en examen pour avoir frappé des manifestants lors du 1er mai 2018
AFP
Il lui répond qu'il n'avait "jamais effectué de missions personnelles et privées" durant ses fonctions à l’Élisée et n’avoir "a fortiori jamais reçu directement ni indirectement de rémunérations en résultant". En outre dans ses activités actuelles, il ne s'est "jamais prévalu d'une quelconque recommandation ou appui de la présidence de la République dans le cadre de (s)es nouvelles activités, et le prétendre serait purement mensonger" et "diffamatoire", affirme-t-il.
L’Élysée a repoussé sur le Quai d'Orsay, disant avoir, dès son renvoi pour motif disciplinaire en juillet, "demandé aux administrations compétentes" de récupérer les passeports.
Le Quai d'Orsay a annoncé dans la foulée l'intention de Jean-Yves Le Drian de saisir le parquet, "sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale" qui enjoint tout représentant des autorités de le faire s'il a connaissance d'un crime ou d'un délit. Le ministère affirme avoir réclamé en juillet, puis en septembre la restitution des deux passeports. Le signalement auprès du procureur de la République était en cours d'analyse vendredi soir, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.
- "Dysfonctionnements" -
Le flou gouvernemental a provoqué la colère de l'opposition: de LR à LFI, elle demande en chœur "la vérité" à l’Élisée, voire à Emmanuel Macron. "M. Benalla n'est pas un agent autonome. Qui peut croire cette fable ?" a lancé Gilles Platret, un porte-parole de LR sur RTL, qui souhaite que la "justice soit saisie".
La présidente du RN Marine Le Pen a tweeté: "Les affaires Benalla ne révèlent pas simplement un dysfonctionnement, mais une dénaturation de notre République. Emmanuel Macron aura abîmé tant en si peu de temps."
Des protestations se font entendre jusque dans la majorité: "Nouveau mensonge et faute de Benalla qui aurait dû rendre son passeport diplomatique, mais aussi faute de l’État de ne pas avoir exigé que cela soit promptement fait", a tweeté le député LREM de Maine-et-Loire Matthieu Orphelin. "Oui, il faudra que la justice s'occupe de ce nouvel épisode et détermine les responsabilités de ces manquements".
"Ce qu'il s'est passé depuis le 1er mai jusqu'à maintenant est inadmissible", a abondé le député Modem des Yvelines Bruno Millienne sur LCI.
- "Complaisance?" -
Au Sénat, dominé par l'opposition de droite, la commission d'enquête qui a entendu Alexandre Benalla sur les conditions dans lesquelles il a participé à une interpellation musclée le 1er mai, va examiner "tous les éléments parus dans les médias ces jours-ci et relèvera toute contradiction entre ces informations et les éléments recueillis sous serment pendant ces auditions", a déclaré jeudi une source proche de la commission à l'AFP.
L'un des vice-présidents de la commission, Alain Marc (Les Indépendants), s'est interrogé auprès de l'AFP: les passeports non-rendus "traduisent soit la faiblesse de l'exécutif, soit une complaisance pour M. Benalla: en sait-il trop sur d'autres affaires?"
Les nouvelles révélations semblent confirmer que "Benalla était dans un rôle de conseiller spécial du président, qui ouvre des portes grâce à son entregent", avance un autre membre de la commission.
Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.
Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.
Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.
Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…