Nouvelle loi antiterroriste: le Conseil constitutionnel valide les mesures les plus contestées
Le Conseil constitutionnel a validé jeudi les principales mesures de la nouvelle loi antiterroriste, en vigueur depuis le 1er...

Nouvelle loi antiterroriste: le Conseil constitutionnel valide les mesures les plus contestées

Le Conseil constitutionnel a validé jeudi les principales mesures de la nouvelle loi antiterroriste, en vigueur depuis le 1er...
Public Sénat

Par Caroline TAIX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Conseil constitutionnel a validé jeudi les principales mesures de la nouvelle loi antiterroriste, en vigueur depuis le 1er novembre, au grand dam de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) qui a dénoncé "un recul des libertés fondamentales".

"C'est une décision très décevante", a réagi auprès de l'AFP l'avocat de la LDH, Patrice Spinosi. "On passe d'un régime d'exception à un régime pérenne: le Conseil constitutionnel valide l'introduction dans le droit commun de toutes les mesures les plus significatives de l'état d'urgence. Cela marque un net recul des libertés fondamentales", a-t-il critiqué.

L'état d'urgence avait été instauré dans une France sous le choc, au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. La loi antiterroriste, qui lui a succédé, a été adoptée à une large majorité au Parlement. Le président Emmanuel Macron n'a pas demandé au Conseil constitutionnel de contrôler le texte et c'est par le biais de questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), déposées par des citoyens et des associations, que cet examen s'est effectué.

Les recours, déposés par la LDH et un Français assigné à résidence à Grenoble, visaient les premiers articles de la loi, les "mesures les plus saillantes", selon Me Spinosi. Le Conseil constitutionnel a validé dans leur ensemble les textes attaqués, avec une seule censure visant une disposition concernant les perquisitions, et quelques "réserves".

Cette décision intervient alors que la droite et l'extrême droite viennent de critiquer le gouvernement pour avoir mis fin à l'état d'urgence, après la double attaque jihadiste dans l'Aude qui a fait quatre morts.

La première QPC visait les "périmètres de protection", qui visent à "assurer la sécurité d'événements ou de lieux particulièrement exposés". Dans ces zones, le préfet peut autoriser des inspections des bagages, des fouilles de véhicules et des palpations de sécurité par des agents de sécurité privés.

Sur ce point, le Conseil constitutionnel a émis trois "réserves d'interprétation". Les Sages expliquent que cette mesure ne doit pas aboutir à des pratiques discriminatoires. "Mais la réalité pratique montre que vous avez un risque six fois plus important lorsque vous êtes noir et huit fois plus important lorsque vous êtes typé arabe de vous faire contrôler que lorsque vous êtes typé caucasien", selon l'avocat de la LDH.

- "Un arsenal répressif" -

A l'audience, le 20 mars, Me Spinosi avait critiqué la possibilité de renouveler "sans limite" les périmètres de protection, citant l'exemple de la gare Lille-Europe, où c'est en vigueur depuis le 1er novembre. Pour les Sages, le renouvellement du périmètre de protection "ne saurait être décidé par le préfet sans que celui-ci établisse la persistance du risque".

Le Conseil constitutionnel valide la disposition permettant au préfet de "fermer provisoirement des lieux de culte pour prévenir la commission d'acte de terrorisme". La loi assure un équilibre "entre d'une part l'objectif de prévention des atteintes à l'ordre public et d'autre part la liberté de conscience et le libre exercice des cultes", jugent les Sages, qui mettent en avant "l'existence de plusieurs garanties".

Un recours visait également "les visites et saisies", qui étaient appelées "perquisitions administratives" sous l'état d'urgence. Le Conseil constitutionnel valide la disposition mais censure les saisies de "documents" et d'"objets", jugeant que "le législateur n'a fixé aucune règle encadrant l'exploitation, la conservation et la restitution des documents et objets saisis au cours de la visite".

Cela ne concerne pas en revanche les saisies numériques, qui ont été encadrées et pourront se poursuivre. Mais selon Me Spinosi, les "visites et saisies" n'ont été utilisées que quatre fois depuis l'entrée en vigueur de la loi.

Enfin, une QPC concernait les "mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance", qui ont succédé aux assignations à résidence en vigueur sous l'état d'urgence. Mais cet article avait déjà fait l'objet d'un recours en février. La disposition avait été recadrée, avec un renforcement du contrôle des juges administratifs sur les assignations à résidence.

"Les lois qui viennent d'être validées resteront et un gouvernement qui serait moins soucieux des libertés individuelles que celui qui est au pouvoir, trouvera un arsenal répressif", a déploré Me Spinosi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le