Plan hôpital: le gouvernement injecte des moyens sans faire retomber la fièvre
Après 8 mois de crise dans les hôpitaux publics, le gouvernement a annoncé mercredi une rallonge budgétaire et une reprise de dette étalées sur...

Plan hôpital: le gouvernement injecte des moyens sans faire retomber la fièvre

Après 8 mois de crise dans les hôpitaux publics, le gouvernement a annoncé mercredi une rallonge budgétaire et une reprise de dette étalées sur...
Public Sénat

Par Gabriel BOUROVITCH, Jérémy MAROT

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Après 8 mois de crise dans les hôpitaux publics, le gouvernement a annoncé mercredi une rallonge budgétaire et une reprise de dette étalées sur trois ans, ainsi que des primes pour les personnels, pourtant pas convaincus par ce "plan d'urgence" et qui prévoient de nouvelles journées d'action.

"L'idée de ce plan, c'est de redonner de l'oxygène" aux soignants, qui "n'en peuvent plus" et le gouvernement est "prêt à y consacrer des moyens considérables", a affirmé Edouard Philippe lors d'une conférence de presse.

Le Premier ministre s'est ainsi engagé à "débloquer dans les prochains jours" les 400 millions d'euros de crédits gelés en début d'année, mais aussi à augmenter le budget des établissements de santé de 1,5 milliard d'euros sur trois ans "en plus de la trajectoire budgétaire prévue".

Une première rallonge de "300 millions dès 2020" sera "votée dès la semaine prochaine" à l'Assemblée nationale, a-t-il indiqué. Des hausses de 500 puis 700 millions suivront en 2021 et 2022, a par la suite précisé Bercy.

Plan hôpital
Les principales annonces concernant le plan hôpital présenté par le Premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la Santé Agnès Buzyn mercredi
AFP

S'y ajouteront "150 millions par an" pris sur le budget du ministère de la Santé pour le "soutien à l'investissement courant" (achat de petit matériel, rénovation légère), a ajouté M. Philippe.

Les hôpitaux bénéficieront par ailleurs d'un "programme massif de reprise de dettes de 10 milliards d'euros sur trois ans", via "une loi (qui) sera présentée au premier semestre 2020". Ce "geste fort" doit permettre aux hôpitaux "de réduire leur déficit et de retrouver rapidement les moyens d'investir", selon le Premier ministre.

Cela ne se fera toutefois pas sans contreparties: "Il y aura des accords pour que cette reprise s'accompagne de transformations", a prévenu Bercy.

- "Problèmes d'attractivité" -

Pour les personnels soignants, cette manne se traduira par davantage de primes, en particulier en début de carrière, et pour les aides-soignants.

Une indemnité spécifique de 800 euros net par an sera également attribuée "de façon pérenne" aux quelque 40.000 infirmiers et aides-soignants de la région parisienne gagnant "moins de 1.900 euros mensuels", pour faire face notamment à des "coûts de logement très élevés".

Des mesures ciblées, censées "répondre aux problèmes d'attractivité de l'hôpital", a expliqué Agnès Buzyn, qui entend aussi "renforcer la place du médecin" dans la gouvernance des établissements.

La ministre de la Santé a en revanche promis de "mettre fin au mercenariat" de l'intérim médical, avec "des campagnes de contrôle dans les prochaines semaines" pour faire respecter les tarifs plafonds instaurés en 2018.

Manifestation pour un
Manifestation pour un "plan d'urgence de l'hôpital public", le 14 novembre à Paris
AFP/Archives

Ce plan massif doit répondre à une crise "encore plus grave que celle que nous avions analysée", avait reconnu Emmanuel Macron jeudi dernier, alors que plusieurs milliers de personnels hospitaliers défilaient partout en France et qu'un quart des médecins hospitaliers et plus d'un paramédical sur dix étaient en grève.

De précédentes annonces d'Agnès Buzyn en juin puis en septembre, chiffrées à 750 millions d'euros sur trois ans, n'avaient pas suffi à contenir cette fronde partie en mars de services d'urgences parisiens avant de s'étendre à tout le pays.

- "Déception massive" -

Ce nouveau plan n'a pas davantage convaincu les principaux intéressés. "Il n'y a pas de réponse aux revendications qu'on porte depuis neuf mois, rien en termes d'effectifs et d'ouvertures de lits d'hospitalisation", a déploré Orianne Plumet, infirmière et membre du collectif Inter-Urgences.

"On nous avait annoncé un effort massif, c'est la déception qui est massive", a réagi Antoine Pelissolo, psychiatre et membre du collectif Inter-Hôpitaux.

Ces collectifs et l'ensemble des syndicats de la fonction publique hospitalière, dont la CGT, FO et la CFDT, estiment dans un communiqué commun que le gouvernement "ne répond pas à la gravité de la situation" et fixent deux nouvelles dates de mobilisation: le samedi 30 novembre pour des "actions de sensibilisation" et surtout le mardi 17 décembre pour une "journée nationale de grève et de manifestations".

Même déconvenue chez les syndicats de praticiens hospitaliers, d'internes et de jeunes médecins pour qui "la montagne a accouché d'une souris" et qui menacent d'"une nouvelle mobilisation dans les jours à venir".

Face à ce front uni, les soutiens de l'exécutif se font rares. Seule la fédération des établissements publics (FHF) s'est félicitée que son "appel (ait) été entendu" et considère que cette "bouée de sauvetage" va "permettre à l'hôpital public de sortir la tête de l'eau".

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