Pris dans la tourmente, Rugy démissionne et dénonce un « lynchage »
Après une semaine de polémiques autour de repas fastueux lorsqu'il présidait l'Assemblée, François de Rugy a annoncé mardi sa démission du...

Pris dans la tourmente, Rugy démissionne et dénonce un « lynchage »

Après une semaine de polémiques autour de repas fastueux lorsqu'il présidait l'Assemblée, François de Rugy a annoncé mardi sa démission du...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT, Véronique MARTINACHE et Jérémy MAROT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Après une semaine de polémiques autour de repas fastueux lorsqu'il présidait l'Assemblée, François de Rugy a annoncé mardi sa démission du ministère de l'Ecologie, dénonçant un "lynchage médiatique" alors qu'il s'apprêtait à défendre le projet de loi énergie et climat.

Sur Twitter, le ministre démissionnaire a confié qu'il pensait "aux mots" de François Mitterrand à l'égard de Pierre Bérégovoy, qui s'était suicidé le 1er mai 1993. L'ancien président avait alors déclaré que son Premier ministre avait été "livré aux chiens".

Emmanuel Macron a dit respecter la "décision personnelle" du ministre, englué dans une série de révélations, "pour qu'il puisse se défendre pleinement et librement", a affirmé l'Elysée à l'AFP.

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a affirmé n'avoir "aucune indication tendant à démontrer que François de Rugy a commis des actes qui sont contraires à la justice", alors que Matignon a lancé une enquête sur des faits reprochés.

Selon son entourage, le ministre a pris sa décision durant la nuit et avait en tête sa démission en se rendant mardi matin à Matignon, où il était attendu pour une réunion de travail "classique" avec Edouard Philippe.

"C'est une décision personnelle. La seule force extérieure c'est l'acharnement de Mediapart", souligne cette source.

Trente minutes avant de se présenter à l'Assemblée pour les questions au gouvernement où, contre toute attente, la démission n'a pas été abordée, M. de Rugy a fait savoir par communiqué qu'il se retirait, "trop attaché à l'écologie pour accepter que (notre) action écologique soit affaiblie par des mises en cause personnelles incessantes".

- Plainte -

"La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le président de la République et le Premier ministre", a encore mis en avant M. de Rugy.

M. de Rugy, âgé de 45 ans, s'est aussi indigné contre "la volonté de nuire, de salir, de démolir" de Mediapart qui a en premier dévoilé mardi dernier des agapes dispendieuses lorsqu'il était président de l'Assemblée entre juin 2017 et septembre 2018. En ce sens, le député de Loire-Atlantique a affirmé avoir "déposé ce matin (mardi) une plainte pénale en diffamation" contre le site d'investigation.

François de Rugy et  son épouse Séverine de Rugy au défilé du 14 juillet 2017 à Paris
François de Rugy et son épouse Séverine de Rugy au défilé du 14 juillet 2017 à Paris
AFP/Archives

Dénonçant des attaques sur la base de "photos volées, de ragots", M. de Rugy s'est aussi dit "soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques".

"Ce n'est pas parce que des médias le disent, qu'il faut le croire forcément", a renchéri Sibeth Ndiaye.

Edwy Plenel cofondateur et dirigeant de Mediapart a dit avoir envoyé lundi des questions au ministre sur une nouvelle enquête, mise en ligne mardi, à propos de l'utilisation de ses frais professionnels en tant que député. Il attendait ses réponses pour 14h00, au lieu desquelles il a reçu l'annonce de sa démission.

"L'information a été plus forte que la communication", s'est félicité le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi, auteur de ces enquêtes.

- Elus "inquiets" -

Une source gouvernementale indique que "c'est une décision à laquelle on ne s'attendait pas" et l'explique par le fait que "la pression médiatique se tasse mais ne retombe pas" et que des élus se disent "inquiets" de ce qu'ils entendent dans leurs circonscriptions.

Outre la dizaine de repas organisés à l'hôtel de Lassay, M. de Rugy est également soumis à une "inspection" du secrétaire général du gouvernement pour des travaux dans son logement de fonction.

D'autres révélations embarrassantes se sont succédé, concernant notamment le logement HLM de sa directrice de cabinet qu'il a limogée illico, ou la participation à un dîner "hors agenda" avec des lobbyistes du monde de l'énergie.

La démission de M. de Rugy ouvre une nouvelle période de vacance au ministère de l'Ecologie, 11 mois après la démission fracassante de Nicolas Hulot, plaçant dans l'embarras Emmanuel Macron qui a fait de la préservation de l'environnement l'un des marqueurs forts de la suite de son quinquennat.

François de Rugy au perchoir, le 12 juin 2018
François de Rugy au perchoir, le 12 juin 2018
AFP/Archives

Sa secrétaire d'Etat Emmanuelle Wargon a défendu à sa place mardi au Sénat le projet de loi énergie et climat, indiquant qu'elle "assurerai(t) la continuité de l'Etat" pour que les débats puissent se dérouler "dans les meilleures conditions possibles".

Pour son autre secrétaire d'Etat Brune Poirson, "plus que jamais au travail", M. de Rugy "souhaite continuer à se défendre, et par là-même il protège le gouvernement, il protège le ministère", a-t-elle dit à BFMTV.

- "Légèrete" -

Le chef des députés LREM Gilles Le Gendre a aussi salué une démission qui vise à "protéger (la) majorité". Son homologue au Sénat François Patriat l'a qualifiée "de bon sens, même s'il y a une forme d'injustice". Il s'agit de la décision d'un homme "à bout", selon la députée Olivia Grégoire.

Barbara Pompili, députée LREM et proche de François de Rugy, a cependant déploré sa "légèreté dans la gestion des moyens publics".

Les responsables politiques ont tous stigmatisé le "décalage" entre le discours du ministre "chantre de la vertu" et la réalité, à l'instar de la vice-présidente de l'Assemblée LR Annie Genevard, "en colère" parce que "cette affaire réduit un peu plus le crédit qu'ont les hommes politiques auprès des Français".

Partager cet article

Dans la même thématique

Pris dans la tourmente, Rugy démissionne et dénonce un « lynchage »
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le