Suppression de l’ENA : « Une mesure gadget » ?
L’option fait partie de l’éventail de mesures post-grand débat qui devrait être annoncé par le président de la République dans les jours à venir. Une mesure démagogique pour le Sénat qui, à l’issue de ses travaux sur cette institution, plaide pour une refonte de l’ENA. ​

Suppression de l’ENA : « Une mesure gadget » ?

L’option fait partie de l’éventail de mesures post-grand débat qui devrait être annoncé par le président de la République dans les jours à venir. Une mesure démagogique pour le Sénat qui, à l’issue de ses travaux sur cette institution, plaide pour une refonte de l’ENA. ​
Public Sénat

Par Helena Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Initialement créée pour démocratiser l’accès à la haute fonction publique en 1945, l’école nationale d’administration (ENA) est devenue un symbole d’une élite française jugée technocratique et déconnectée. Il serait aujourd’hui question de supprimer l’ENA, à en croire les fuites des annonces d’Emmanuel Macron dans la presse. Des annonces qui font suite au grand débat national initié en réaction au mouvement des gilets jaunes. Après le grand débat, « rien ne sera comme avant », prévient la porte-parole du gouvernement, Sybeth Ndiaye. Si l’officialisation de ce big bang a été reportée à cause de l’incendie de Notre-Dame de Paris, les annonces officieuses font déjà débat et posent de nombreuses questions.

Au Sénat, où des préconisations pour une réforme de la haute fonction publique ont été rendues en octobre 2018, la rumeur est accueillie froidement. « C’est une mesure toute symbolique, elle ne changera rien et on peut même se demander si au bout du compte ça n’aggravera pas ce système de caste. C’est purement démagogique et personne ne demandait ça », s’agace le vice-président du Sénat, Philippe Dallier, sur le plateau de Sénat 360. Et le premier adjoint à la Mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, d’ajouter que l’ENA « est aussi une école de la méritocratie républicaine, gaullienne avec ses bons et ses mauvais côtés » (voir la vidéo ci-dessous).

« Ce n’est pas la suppression de l’ENA qui réglera les problèmes de la haute fonction publique »

Les mauvais côtés de l’ENA, le Sénat s’y est penché plus d’une fois. Une commission d’enquête a récemment été menée à la demande du groupe communiste (CRCE) sur les mutations de la haute fonction publique. La commission s’est notamment arrêtée sur un phénomène polémique : « le pantouflage ». Une pratique consistant, pour les hauts fonctionnaires, à naviguer entre des structures publiques et privées avec des risques évidents de conflits d’intérêts. Auditionné par cette commission d’enquête, Jean-Pierre Chevènement chargeait l’institution qui, selon lui, encourage « un phénomène de porosité, extrêmement grave à (ses) yeux, entre les élites administratives et les élites économiques » (lire notre article).

Pour le président de cette commission, Vincent Delahaye, la suppression de l’ENA serait « une mesure gadget qui ne répond pas aux demandes formulées par les Français durant le grand débat ». Le sénateur centriste de l’Essonne plaide pour une refonte de l’institution passant par une modification de la scolarité et du classement de sortie pour les adapter aux besoins des administrations. Ces préconisations visent aussi à une réorganisation de la haute fonction publique en vue d’y apporter plus de transparence et de cohérence (voir l’ensemble des préconisations). « Ce n’est pas la suppression de l’ENA qui réglera les problèmes de la haute fonction publique », souligne Vincent Delahaye.

Emmanuel Macron ne serait pas le premier à vouloir supprimer l’ENA. Deux de ses proches, François Bayrou et Bruno Le Maire proposaient également cela dans leurs programmes respectifs. Interrogé par Public Sénat, l’ancien camarade de promotion à l’ENA d’Emmanuel Macron et candidat à la mairie de Paris, Gaspard Gantzer, estime que « la suppression de l’ENA n’est ni un totem ni un tabou ». Toutefois, la question devrait se poser autrement, selon lui : « Pourquoi pas supprimer l’ENA, mais la question c’est pourquoi faire ? Ceux qui font semblant de croire que la suppression de l’ENA va régler tous les problèmes des Français ne sont pas sérieux », nuance-t-il. Le big bang institutionnel que dévoilera Emmanuel Macron dans les prochains jours infirmera ou confirmera cette annonce.   

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le

Suppression de l’ENA : « Une mesure gadget » ?
6min

Politique

Elections sénatoriales en Gironde : la droite favorite, le RN veut créer la surprise 

En Gironde, la droite et le centre abordent les élections sénatoriales en position de force, après plusieurs victoires aux dernières municipales. À gauche, cinq listes se disputent les voix des grands électeurs, tandis que le Rassemblement national espère profiter de la dispersion pour décrocher, pour la première fois, un siège dans le département.

Le

Election 2026 Republicans
7min

Politique

« Ça s’appelle de la corruption civile » : Donald Trump tente-t-il d’acheter ses électeurs en promettant des « dividendes » de 5000 dollars ?

À Dallas, ce mercredi 9 septembre, Donald Trump, le président américain promet 5 000 dollars à chaque adulte si son parti conserve la Chambre des représentants et le Sénat à l’issu des élections de mi-mandat. Une annonce spectaculaire, dont le financement reste flou et qui soulève des questions sur les limites entre promesse politique, incitation électorale et intégrité du scrutin.

Le