Tempête Alex : le TER Nice-Tende, « la ligne de vie » de la Roya
Six semaines après le passage de la tempête Alex, les travaux pour remettre la ligne TER Nice-Tende se poursuivent. Alors que la route départementale s’est effondrée, cette ligne a assuré des liaisons quotidiennes entre la côte et les sinistrés de l’arrière-pays niçois.

Tempête Alex : le TER Nice-Tende, « la ligne de vie » de la Roya

Six semaines après le passage de la tempête Alex, les travaux pour remettre la ligne TER Nice-Tende se poursuivent. Alors que la route départementale s’est effondrée, cette ligne a assuré des liaisons quotidiennes entre la côte et les sinistrés de l’arrière-pays niçois.
Public Sénat

Par Jonathan Dupriez

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Accroché à flanc de falaise, le village de Tende, 2300 habitants, était un joyau connu du Parc national du Mercantour. Un joyau désormais méconnaissable.  « C’était la plus belle commune de France » lance dans un cri du cœur, Jean-Pierre Vassollo, maire (sans étiquette) de Tende, sillonnant les décombres au volant de son pick-up municipal. La commune, la plus étendue des Alpes-Maritimes a payé un lourd tribut à la tempête Alex : un mort, onze maisons emportées, des ponts détruits et certains hameaux qui lui sont rattachés quasi rasés, comme Vievola, qui jouxte la frontière italienne. « On n’aurait pas pu imaginer cela » souffle l’édile devant un tronçon de départementale en miettes. « Il y a des pans entiers de montagne qui se sont décrochés », ajoute-t-il sans vraiment croire lui-même, au paysage qui s’offre à lui. Selon lui, « la montagne s’est déshabillée » au niveau du Col de Tende, toujours impraticable.

 

« On est vraiment coupés du monde »

 

En l’absence de 50km de route départementale emportés par les flots, le village de Tende était presque coupé du monde, sans électricité pendant 48h, et sans eau courante pendant un mois et demi. « On est vraiment coupés du monde, parce qu’on n’a plus de routes, ni vers l’Italie, ni vers la France » relève Patricia Alunno, bénévole au Secours populaire et conseillère municipale (PCF) à Tende.


Nombreux sont ceux qui ont préféré quitter le village, en attendant qu’il redevienne « vivable ». Tende, s’est vidé d’un quart de ses habitants, près de 500 sont partis dans les jours suivant la tempête. « Provisoirement espérons » tente de se convaincre Jean-Pierre Vassallo. Pour accéder au village, habitants et secours n’ont eu d’autre choix que d’emprunter les hélicoptères ou le « Train des Merveilles » depuis Nice, en passant par Breil-sur-Roya. Si la ligne TER a pu continuer à fonctionner, elle n’est toujours en mesure d’amener les passagers jusqu’à la gare de Tende. A cause de dégâts importants sur les voies, le TER a pour terminus le quai provisoire de Saint-Dalmas de Tende, 4 km plus bas. Pour rejoindre Tende, il faut emprunter des portions de routes accidentées, des gués de fortune, et des pistes en terre. SNCF réseau, en charge des travaux sur la ligne, prévoit un retour à la normale au 18 janvier. « Ça a été un peu dur à démarrer, mais la SNCF s’est mise en marche » reconnaît le maire de Tende, confiant en l’action de la compagnie et des pouvoirs publics pour désenclaver au plus vite son village.

 

« J’avais peur qu’on nous oublie »

 

Cette date, les habitants de la Haute-Roya la trouvent tardive à l’heure où ils continuent à manquer de tout et que l’hiver approche. D’autant que le sentiment d’abandon est grand depuis le début des événements et malgré la venue d’Emmanuel Macron. « J’avais peur qu’on nous oublie, parce qu’on est au bout du bout » confie Jean-Pierre Vassallo. Le maire, comme nombre de ses administrés, a le sentiment que la Tinée, et la Vésubie, deux autres vallées sinistrées, ont bénéficié d’une aide plus rapide et de plus de moyens que ceux alloués à la Roya.

 

« On adore notre vallée et notre village, on va tenir, mais c’est très compliqué »

 

Seul lien entre les habitants avec l’extérieur jusqu’à présent, la ligne TER Nice-Tende représente surtout le seul espoir de relever la commune. Notamment pour les commerçants, à l’approche de Noël et de la saison de sports d’hiver. Luc Fioretti, commerçant et directeur de l’ESF de Tende/Castérino – la station la plus proche, ndlr – attend le retour de la liaison ferroviaire comme le messie. « On adore notre vallée et notre village, on va tenir, mais c’est très compliqué » se désole ce montagnard de 55 ans, qui a investi 18 ans de sa vie et ses économies dans sa boutique d’accessoires techniques de montagne. « Je crois que si l’on n’a pas le train avant Noël, je crois que le tissu économique va avoir vraiment du mal à tenir, on a besoin du train, il faut que le train arrive très vite » ajoute-t-il, désespéré. Pour l’heure, quasi aucuns commerces ne fonctionnent à Tende, hormis le boulanger, et deux bouchers et la pizzeria où, grâce à une tolérance du préfet face aux mesures sanitaires, les clients peuvent y manger « comme si de rien n’était. »

 

La ligne Nice-Tende « est sauvée »

 

Paradoxe de la crise, la ligne TER menacée de mort semble avoir sauvé son existence. Le sénateur (LR) des Alpes-Maritimes, Philippe Tabarot, assure même sans retenue sur Public Sénat, que « la ligne est sauvée. » « Nous, ça fait dix ans qu’on se bagarre pour cette ligne » relève Patricia Alunno, également présidente du Comité de défense de la ligne Nice-Tende-Cunéo. « On a demandé au préfet que les horaires de la ligne soient adaptés pour les employés » ajoute-t-elle, en faisant référence à la réouverture du 18 janvier. Jusqu’à présent, le premier train vers Nice partait à 9 h de Tende, faisant arriver les usagers vers 11 h 30 à Nice. Impossible donc de se rendre sur la côte en train, pour travailler. Idem pour aller faire des courses, ou consulter un médecin, il faut la journée pour faire l’aller-retour de la Riviera, à la vallée de la Roya.

 

La « ligne de vie »

 

La liaison Nice-Tende avait pourtant été étrillée par la Chambre régionale des comptes en 2019 pour le faible taux de remplissage de ses rames, à peine 15 % et son coût exorbitant, 38,80 euros au kilomètre pour la Région Sud. La Chambre régionale taclait ainsi « la pertinence de consacrer des financements publics conséquents à certaines lignes de TER peu fréquentées alors même que les conditions de transport des usagers de lignes très fréquentées sont loin de pouvoir être qualifiées d’optimales. » La tempête Alex semble toutefois avoir rebattu les cartes, montrant plus que jamais, l’utilité de cette liaison, décrite par les habitants comme la « ligne de vie » de la Roya.

Partager cet article

Dans la même thématique

Tempête Alex : le TER Nice-Tende, « la ligne de vie » de la Roya
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le