France Missing Girl
Police inspect vehicles during the search for evidence in the case of missing 11-year-old Lyhanna in Fleurance, southwestern France, Friday June 5, 2026. (AP Photo/Frederic Lancelot)/MEU106/26156484940253//2606051537

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.
Stephane Duguet

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Une semaine exactement s’est écoulée depuis la disparition à Fleurance (Gers) de Lyhanna, 11 ans, le 29 mai. Sept jours au terme desquels un corps identifié comme étant probablement celui de l’adolescente a été retrouvé par les gendarmes et où le suspect Jérôme Barella, 41 ans, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration. Le profil de ce père de deux petites filles amies avec la victime, dévoilé au fil des jours a fini par embraser le débat politique. L’homme est visé depuis 2017 par plusieurs signalements et par trois plaintes pour viols sur mineurs déposées en 2022, en août 2025 et plus récemment ce mercredi, sans avoir été inquiété par la justice jusqu’à la disparition de Lyhanna.

Emmanuel Macron dénonce des dysfonctionnements « inacceptables »

Dans le cadre de la procédure ouverte en août 2025, Jérôme Barella n’a jamais été entendu même si son placement en garde à vue avait fini par être demandé pour une audition. Le dossier déposé en Haute-Garonne avait mis cinq mois avant d’arriver à la gendarmerie de Fleurance dans le Gers où réside le suspect. Ces longueurs de procédures ont été fermement dénoncées par toute la classe politique jusqu’au président de la République.

En déplacement au Monténégro, Emmanuel Macron a assuré qu’il est « clair qu’il y a un dysfonctionnement, ajoutant que « c’est inacceptable ». La tonalité est la même du côté du gouvernement. Après une réunion à Matignon ce matin avec les ministres de l’Intérieur, de la Justice et de l’Action et des Comptes publics, Sébastien Lecornu a réagi à la disparition de Lyhanna, se disant « particulièrement choqué ». Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a également pointé « des dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’Etat ». Des réactions unanimes de l’exécutif qui devront être étayées par l’enquête administrative confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale. Le Premier ministre a demandé que les conclusions « lui soient remises sous 15 jours ».

Archaïsme de certaines procédures

Les services du ministère de l’Intérieur et de la Justice devront comprendre comment un homme visé par deux plaintes et plusieurs signalements avant la disparition de Lyhanna n’a jamais été entendu dans par les gendarmes. « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, les plaintes et les signalements n’ont pas été pris en compte. C’est assez accablant », souligne Isabelle Florennes, vice-présidente de la commission des Lois du Sénat. La sénatrice centriste relève une « responsabilité collective », pointant à la fois la justice, la gendarmerie et l’Education nationale, car Jérôme Barella avait été licencié du lycée où il travaillait en 2020 après des « comportements inappropriés » avec une lycéenne. « Il était connu des services sans que rien ne se soit enchaîné, ça prouve qu’il y a une faillite des services judiciaires et d’enquête », abonde Agnès Canayer, sénatrice rattachée au groupe Les Républicains.

L’une des raisons avancées pour expliquer la longueur du traitement de la plainte pour viol sur une mineure de 10 ans déposée en août 2025 tient à l’archaïsme de certaines procédures. Pour être transférée du parquet de Toulouse (Haute-Garonne) à celui d’Auch (Gers), la plainte a dû être envoyée par courrier car les dossiers ne sont pas numérisés. Agnès Canayer qui siège à la commission des Lois le déplore : « On voit bien que la procédure pénale numérique qui permettrait de croiser les différentes procédures n’est pas mise en place partout. Nous sommes dans l’ère du numérique, de l’intelligence artificielle mais quand les services de la justice et de la police vont s’emparer de ces moyens-là ? »

Priorité aux violences sur mineurs

La colère est d’autant plus forte que le garde des Sceaux avait adressé au procureur une circulaire en janvier 2025 pour demander que « les faits commis au préjudice des enfants : les violences physiques ou sexuelles [fassent] l’objet d’une vigilance particulière et d’un traitement prioritaire ». Auprès de nos confrères de l’Agence France Presse, une source gouvernementale met en cause directement la procureure d’Auch, Clémence Meyer, accusée de ne pas avoir appliqué la circulaire en question. Réponse de la Conférence des procureurs généraux et de celle des procureurs de la République : aucune responsabilité ne peut être « mentionnée » ni aucune sanction « prononcée » dans l’attente des résultats de l’enquête administrative.

 C’est parce qu’on est sous l’eau qu’on commet des erreurs 

Audrey Linkenheld, sénatrice PS du Nord

Les procureurs généraux devront tout de même entendre les remontrances du ministre de la Justice qui les convoque lundi matin à la Chancellerie pour évoquer les failles judiciaires dans la disparition de Lyhanna. « Symboliquement, il est obligé d’avoir une parole forte et c’est nécessaire d’en avoir une pour remobiliser la chaîne collective, appuie Isabelle Florennes. Je pense qu’on dispose de l’arsenal politique et juridique suffisant, il faut qu’on l’actionne avant que des drames ne surviennent. »

D’autres sénatrices de la commission des Lois font un constat similaire et n’estiment pas nécessaire de déposer un nouveau texte de loi. A l’inverse, leur collègue socialiste Audrey Linkenheld aimerait que le gouvernement aille plus loin en s’engageant sur une loi globale qui intègre la protection de l’enfance et des femmes comme une priorité dans nos politiques publiques. « Ça doit être assorti de moyens car c’est parce qu’on est sous l’eau qu’on commet des erreurs », ajoute l’élue du Nord qui reconnaît les efforts faits ces dernières années en matière de recrutement d’effectifs dans la justice, la gendarmerie et la police mais qu’elle juge « insuffisants ».

Les sénateurs veulent entendre le gouvernement à l’issue de l’enquête

En attendant les conclusions de l’enquête administrative, les sénateurs de la commission des Lois ne devraient pas décider de constituer une commission d’enquête ou une mission d’information sur le sujet. « Une commission d’enquête, c’est six mois de plus à attendre », explique Audrey Linkenheld. « L’enquête administrative permettra d’une part de sanctionner mais aussi de tirer des leçons. Je ne suis pas certaine qu’une commission d’enquête de plus nous permette d’en savoir davantage », ajoute Isabelle Florennes.

Les sénateurs ont en revanche bien en tête le délai de 15 jours fixé par le Premier ministre pour se voir délivrer les conclusions de cette enquête. « Une fois que nous aurons ces retours-là, il y aura besoin que le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux s’expliquent devant le Sénat », affirme Agnès Canayer. Sa collègue du groupe Les Républicains Lauriane Josende insiste : « C’est indispensable que des comptes soient rendus à la représentation nationale, il faut pouvoir qualifier la faute et l’enquête permettra de le déterminer ». Et les sénatrices interrogées d’espérer que cela évitera de nouveaux drames comme celui de la disparition de Lyhanna.

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