« Des citoyens peuvent prendre part à ce suffrage » : les villes	moyennes et les grands centres urbains ont élu leurs grands électeurs en vue des sénatoriales de septembre

« Des citoyens peuvent prendre part à ce suffrage » : les communes ont élu leurs grands électeurs en vue des sénatoriales de septembre

Les communes de plus de 30 000 habitants ont élu ce 5 vendredi juin leurs délégués dits supplémentaires qui se déplaceront pour les élections sénatoriales de septembre. Reportage à Rouen sur un petit scrutin méconnu, mais déterminant pour le renouvellement de la chambre haute du Parlement.
Guillaume Jacquot

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Ordre du jour un peu particulier ce vendredi en fin d’après-midi à l’Hôtel de ville de Rouen. À un couple marié sur la place attenante, dominée par la statue de Bonaparte, se sont succédé les conseillers municipaux, dépêchés pour un seul événement. Comme dans près de 200 autres villes du pays de plus de 30 000 habitants dans les départements concernés par les élections sénatoriales du 27 septembre, la cité normande réunissait son conseil municipal pour procéder à l’élection de délégués supplémentaires. Aux côtés de la totalité des élus de la ville, ces personnalités élues ce vendredi se rendront dans les urnes fin septembre pour le renouvellement de la moitié de la chambre haute du Parlement. Ce type d’électeur constitue l’essentiel des 162 000 grands électeurs convoqués pour les sénatoriales, un vote qui est obligatoire, rappelons-le. Parlementaires, conseillers régionaux et départementaux seront aussi du déplacement.

L’enjeu de cette désignation de grands électeurs supplémentaires est de rééquilibrer le poids des moyennes et grandes villes dans le corps électoral des sénatoriales. Dans les communes de moins de 9 000 habitants, les conseillers municipaux doivent choisir leurs délégués, car tous les membres du conseil ne sont pas délégués de droit, contrairement à ce qui est en vigueur dans les communes de plus de 9 000 habitants. Dans les villes de plus de 30 000 habitants, les conseils municipaux procèdent à l’élection de délégués supplémentaires, à raison d’un par tranche complète de 800 habitants à partir du seuil de 30 000 habitants.

Dans le cas de la ville aux cent clochers, avec près de 118 000 habitants, les 55 membres du conseil municipal ont procédé à l’élection de 109 délégués supplémentaires (et 35 suppléants). Le seuil était officiellement fixé par arrêté préfectoral, pour chaque commune.

Une arithmétique sans grande surprise

Il est 17 heures passées de trois minutes lorsque le maire (PS) de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol ouvre la séance. Le scrutin par liste à la proportionnelle doit se faire à bulletin secret, à l’urne, disposée au centre de la salle du conseil municipal, réaménagée dans les années 1960 dans un style moderniste. Le vote se fait sous la supervision de quatre conseillers, les deux benjamins et les deux aînés de l’assemblée. L’opération est en réalité sans grand suspens. « De fait, chaque membre appartient à un groupe politique et évidemment le suffrage se porte sur la liste qui est portée par son groupe », nous explique Adrien Naizet, adjoint (PS) au maire, membre du groupe majoritaire « Fiers de Rouen ».

Autrement dit, il ne s’agit que d’arithmétique ce vendredi. Sauf improbable mobilisation insuffisante dans un groupe. Le conseil est quasiment au complet, quelques rares absents ont pu bénéficier d’un vote par procuration par l’un de leurs collègues. « Si vous votez trois fois, vous irez en prison », sourit le maire.

Six listes de délégués supplémentaires s’affrontent. Au sein de la majorité, la liste de Fiers de Rouen, à majorité socialiste (27 sièges au conseil), celle des écologistes (11 sièges), et celle des communistes (3 sièges). Dans l’opposition, on comptait également autant de listes que de groupes : celle de Réussir Rouen (7 sièges), l’opposition droite-centre-indépendants, celle de Rouen insoumise (3 sièges) et celle de Rouen Conquérante (3 sièges), où siègent les conseillers du Rassemblement national.

Élection des délégués aux élections sénatoriales, à Rouen, le 5 juin 2026

« Je ne démarre pas le vote tant que tout le monde n’a pas les six bulletins », prévient le premier édile, du haut de l’estrade. Et c’est ce qu’il se produit. Les opérations de vote sont retardées, en raison de l’absence du bulletin du RN. « Certains pensent que c’est la mairie qui l’a oublié, ce n’est pas ça ! Il a été transmis tardivement. Tout ça n’est pas sérieux », s’impatiente le maire socialiste.

Le sixième bulletin est ensuite mis à la disposition à l’ensemble des membres du conseil municipal, en respectant les formes attendues. Les opérations commencent après ce petit contretemps. Un peu plus de vingt minutes sont nécessaires pour que l’ensemble du conseil se rende à l’urne, et pour que les quatre membres du bureau électoral dépouillent.

« Et les futurs délégués, ils sont choisis comment ? »

La séance est un conseil municipal bien particulier. Dans le public qui assiste à la séance, une Rouennaise retraitée s’enquiert auprès d’une collaboratrice d’un élu : « Et les futurs délégués, ils sont choisis comment ? » Même pour les observateurs les plus assidus de la vie politique locale, ce type de scrutin, qui précède chaque sénatoriale organisée tous les six ans dans le département, peut être parfois un peu abscons.

« Ce sont soit des personnes qui étaient présentes sur la liste aux municipales – l’élection était relativement proche – soit évidemment des soutiens, des militants et puis aussi des sympathisants », nous détaille Adrien Naizet, l’un des adjoints au maire.

« L’élection sénatoriale est une élection au suffrage indirect, donc elle est moins connue, mais pour autant, des citoyens peuvent prendre part à ce suffrage », insiste également Marine Caron (Horizons), présidente du groupe d’opposition « Réussir Rouen ».

Laudrel Ilan, Rouennais de 20 ans, fait partie des grands électeurs élus sur la liste proposée par le tout nouveau groupe de la France insoumise, constitué en mars. Le groupe était plus tôt sur la place Charles de Gaulle, face à l’Hôtel de Ville, en train d’enregistrer une vidéo à destination des réseaux sociaux pour expliquer les enjeux de la journée. « C’est bien qu’il y ait des jeunes de 20 ans qui puissent voter aux sénatoriales. Je suis fier de représenter des gens de mon âge […] Le fait d’avoir des grands électeurs en plus pour les sénatoriales, cela permet un peu plus de représentativité », souligne cet étudiant.

Élection des délégués aux élections sénatoriales, à Rouen, le 5 juin 2026

Trois quarts d’heure après l’ouverture de la séance, les résultats sont proclamés par le maire : 54 délégués supplémentaires pour « Fiers de Rouen » (majorité PS), 22 pour les écologistes, 6 pour les communistes, 14 pour « Réussir Rouen » (droite, centre et indépendants), 8 pour les insoumis, et 5 pour le Rassemblement national. Sans surprise, ce sont les équilibres exacts du conseil municipal.

Un siège au Sénat perdu par la gauche il y a six ans

Prochaine étape désormais pour les délégués désignés ce vendredi : élire les sénateurs du département le 27 septembre. En Seine-Maritime, on en compte six. La majorité sénatoriale de droite et du centre détient quatre des sièges remis en jeu : Agnès Canayer, rattachée au groupe LR, et les trois centristes Patrick Chauvet, Pascal Martin et Catherine Morin-Desailly. La gauche en compte deux : le socialiste Didier Martin et la communiste Céline Brulin, le parti à la rose ayant perdu son deuxième siège à quelques voix près.

Dans ce département où les municipales n’ont pas provoqué de séisme majeur, l’enjeu pour la gauche sera de reprendre ce siège perdu il y a six ans. « On a consolidé pas mal de positions de métropole », note le socialiste Adrien Naizet. Mais la gauche a aussi essuyé quelques revers, comme à Yvetot, 11 000 habitants, la capitale du pays de Caux. « Les grands équilibres sont maintenus », assure le conseiller rouennais. Reste aussi à voir quelles seront les listes en présence. « On a proposé une offre fédérative à l’échelle nationale, en dehors du PS. S’il n’y a pas d’accord national, il y aura des listes insoumises partout », prévient Maxime Da Silva, conseiller municipal LFI. Réponse au cours de cet été de campagne.

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