Il y a exactement une semaine, Lyhanna, 11 ans, disparaissait à la sortie de son collège de Fleurance (Gers). Un corps présentant les mêmes habits que la jeune fille a été retrouvé hier, dans une exploitation agricole située à 15 kilomètres. En attendant la communication du parquet en fin d’après-midi sur l’identification du corps, l’exécutif a fait part de son exaspération sur les ratés du suivi du principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, qui a fait l’objet de multiples signalements et plaintes pour attouchements et viols avant sa mise en examen dans cette affaire.
Sur X, Gérald Darmanin a mentionné des « dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l’Etat ». « Notre devoir est de protéger les enfants en priorité absolue comme je l’ai déjà demandé dès mon arrivée au ministère de la justice », a écrit le ministre de la Justice, au terme d’une réunion à Matignon autour de Sébastien Lecornu.
« Vigilance particulière et traitement prioritaire »
Gérald Darmanin fait ici référence à la circulaire de politique pénale générale adressée aux procureurs et aux présidents de tribunaux le 27 janvier 2025, un peu plus d’un mois après avoir été nommé garde des Sceaux. Le document fixe les grandes lignes et priorités de son ministère, à l’image du discours de politique générale que prononce au Parlement un Premier ministre tout juste nommé.
Sur cinq pages, le garde des Sceaux affiche deux chantiers prioritaires : d’une part, la lutte contre les organisations criminelles et le narcotrafic et, d’autre part, les violences faites aux personnes. C’est dans cette deuxième partie que Gérald Darmanin glisse une incise sur les « faits commis au préjudice des enfants ». Lorsque la victime est mineure, « les violences physiques ou sexuelles doivent faire l’objet d’une vigilance particulière et d’un traitement prioritaire », est-il écrit.
Lenteur et manque de coordination de la chaîne pénale
De quoi poursuivre les « nombreuses actions (qui) ont été menées ces dernières années pour mieux lutter contre les violences, notamment intrafamiliales », insiste le ministre. « Vous devrez veiller, plus que jamais, à la rapidité et l’effectivité des réponses pénales apportées. […] Je suis conscient des efforts que vous avez fournis pour améliorer les taux et les délais de mise à exécution des peines, et je vous demande de les poursuivre et de les intensifier », ajoute-t-il.
Cette attention toute particulière aux enfants victimes n’a, semble-t-il, pas été de mise dans l’affaire Lyhanna. Une source proche du gouvernement a ainsi indiqué à BFMTV que la circulaire n’a pas été appliquée, même si le document n’avance pas de critères précis ou objectifs permettant d’en juger explicitement.
Reste que les révélations de ces derniers jours, mettant au jour plusieurs plaintes recueillies par les services de police contre Jérôme Barella, démontrent une lenteur et un manque de coordination de la chaîne pénale. Pour une plainte déposée en août 2025 par la mère d’une mineure qui a dénoncé plusieurs viols, le suspect n’a même jamais été entendu.
La procureure d’Auch visée
Une personne en particulier est visée : la procureure d’Auch, Clémence Meyer, en charge du dossier de Jérôme Barella. Face à la pression gouvernementale, la Conférence des procureurs généraux et celle des procureurs de la République ont réagi conjointement ce vendredi dans un communiqué en forme de soutien à leur collègue. « À ce stade, dans l’attente des conclusions des inspections, d’éventuelles responsabilités ne peuvent être mentionnées et encore moins de prochaines sanctions », écrivent-elles.
« Les parquets sont eux-mêmes tributaires de la capacité d’investiguer et de rendre compte des services de police et de gendarmerie qui font face à ces stocks de dossiers et à des délais de traitement alarmants malgré tout l’engagement des enquêteurs », se défendent-ils. Sébastien Lecornu s’est quant à lui dit « choqué » et demande que les premières conclusions de l’enquête administrative qu’il a lancée lui soient remises d’ici 15 jours.