Xavier Emmanuelli : Réfugiés « mettre des murs ne sert à rien »
Du camp de Dadaab au Kenya à ceux de Jordanie qui accueillent les Syriens fuyant la guerre, aujourd’hui le haut-commissariat aux réfugiés a de plus en plus recours au privé. Dans un contexte de baisse des aides internationales, et une augmentation du nombre de migrants, comment les accueillir ? Les camps tels qu’on les connaît sont ils la seule possibilité… Rebecca Fitoussi recevait cette semaine dans « Un monde en docs » humanitaires et hommes politiques pour en débattre.

Xavier Emmanuelli : Réfugiés « mettre des murs ne sert à rien »

Du camp de Dadaab au Kenya à ceux de Jordanie qui accueillent les Syriens fuyant la guerre, aujourd’hui le haut-commissariat aux réfugiés a de plus en plus recours au privé. Dans un contexte de baisse des aides internationales, et une augmentation du nombre de migrants, comment les accueillir ? Les camps tels qu’on les connaît sont ils la seule possibilité… Rebecca Fitoussi recevait cette semaine dans « Un monde en docs » humanitaires et hommes politiques pour en débattre.
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Par Pierre Bonte-Joseph

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Dans le camp kenyan de Dadaab plus de 300 000 migrants s‘entassent depuis plus de vingt-cinq ans. Insalubrité, vétusté des installations, pauvreté… la vie dans ces camps ressemble pour la jeunesse qui y est née à une impasse. Faute de moyens et pour répondre à l’immense tâche, le HCR qui gère les camps a fait appel à une G4S une société britannique spécialisée dans le gardiennage… une société que certains militants accusent de dérapages, brimades, non-respect de certains droits élémentaires humains. Et puis est il acceptable que l’humanitaire devienne un marché, où les entreprises privées viennent faire des bénéfices. Pour Michel Agier, anthropologue et fin connaisseur de la réalité des camps de réfugiés : « Ce n’est pas le secteur privé en soi qui est une question. Mais qui a le contrôle de tout ça ? (…) le projet d’Ikea qui a donné de l’argent au HCR pour s’intégrer dans le marché de l’humanitaire, et qui va ensuite fabriquer un certain nombre d’abris pourra aussi dire : là c’est moins intéressant que là. Là, on va le faire, là on ne va pas le faire, parce qu’on ne va pas avoir de retour sur investissements, on fait du réfugié un client ».

 

De plus en plus de réfugiés dans les camps

Mais comment faire face ? Cette année le HCR a dénombré pas loin de 60 millions de déracinés, dont près de la moitié sont réfugiés dans des pays étrangers… un record et cela risque de s’aggraver encore « on est dans une situation où les crises qu’elles soient climatiques, écologiques, politiques ou sociales, trouvent comme issue la mobilité. D’abord on va dans le village d’à côté, puis on va dans le pays d’à côté et après on peut aller plus loin » une situation sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale comme le rappelle Xavier Emmanuelli, co-fondateur de Médecins sans frontière.

Camps de réfugiés, pour le sénateur Christian Cambon, le recours à des sociétés privées de gestion est nécessaire
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Pour Christian Cambon, sénateur « Les Républicains » du Val-de-Marne, et président de la commission des affaires étrangères du Sénat : « On a l’air d’oublier comment les réfugiés étaient accueillis il y a trente ans, les camps de toiles, les gens qui se battaient au cul des camions pour avoir une ration. Je trouve que vilipender le recours au secteur privé est assez critiquable, je ne vois pas comment le HCR pourrait faire autrement, que d’avoir recours à ses sociétés privées qui par leur efficacité, leur innovation présentent plus d’avantages que le recours à des bénévoles… et d’ailleurs est ce qu’on aurait les bénévoles nécessaires ? » Pour le docteur Xavier Emmanuelli « bien sûr qu’il y a un business, là où il y a une demande il y a une offre, bien sûr il faut une grande rigueur et une évaluation » des entreprises qui interviennent au nom du HCR «  mais comment faire autrement (…) des réfugiés il y en a et il va y en avoir…

Christian Cambon, sénateur Les Républicains : Camps de réfugiés, " je ne vois comment le HCR pourrait faire sans le privé "
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Penser un autre modèle

Pour faire face à cet afflux, Ralf Gruenert, responsable du HCR en France, les camps ne doivent pas être la seule solution envisagée : « On favorise un autre modèle, un modèle où les réfugiés ont accès à la communauté du pays d’accueil : les réfugiés ne sont pas dans les camps ils sont intégrés dans la communauté des pays d’accueil. Mais c’est vrai que souvent les pays en voie de développement n’ont pas les moyens de les accueillir c’est pour ça qu’une assistance est prévue. Dans la mesure du possible le HCR veut éviter les camps ». Intégrer les populations, les opinions publiques européennes n’y sont pas prêtes, c’est pour ça que la solution est d’abord politique pour le sénateur. « On a laissé l’Italie pendant 10 ans s’occuper du sujet, moyennant quoi on a une situation politique qui pose des problèmes. Vouloir intégrer les populations c’est bien dans l’absolu mais ce n’est pas la réalité des choses (…) c’est pour ça qu’il y a des camps » et le sénateur de se lancer dans un plaidoyer pour la hausse de la contribution de la France au financement de l’aide internationale pilotée par l’Onu : « Oui, la France doit augmenter sa contribution à l’agence de l’Onu qui gère les camps palestiniens » une aide récemment amputée de la contribution américaine.

Donald Trump a annoncé la semaine dernière que dorénavant les États-Unis ne verseraient plus les 200 millions d’euros annuels d’aide aux Palestiniens réfugiés dans les camps depuis 1949, pour les plus anciens.

Retrouvez Un monde en docs, samedi 8 septembre à 21h et dimanche 9 septembre à 10h sur Public Sénat.

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