Le mouvement lycéen, qui a pris racine le 21 septembre à Créteil, en banlieue parisienne, et qui s’est étendu dans l’ensemble de la France, se poursuit pour la troisième semaine consécutive. A Lyon, Villeurbanne, Paris, Montpellier ou encore à Lille, les lycéens, mais aussi certains étudiants, bloquent leur établissement dans l’espoir d’obtenir des réponses satisfaisantes du gouvernement.
Des revendications qui se précisent
Rejoint par les syndicats d’enseignants, les parents d’élèves et les étudiants, le mouvement lycéen formule des exigences de plus en plus précises. Le 5 octobre, le syndicat l’Union Etudiante lançait une pétition intitulée « 10 mesures d’urgences pour la jeunesse ». Parmi ces mesures figurent un plan d’urgence pour rénover les établissements scolaires et universitaires, l’embauche massive de personnels éducatifs, de santé, d’accompagnement et d’orientation, la fin de la sélection via Parcoursup et mon Master, la revalorisation des bourses, le gel des loyers Crous ou encore la « fin de la répression et des violences policières contre le mouvement ». A ce jour, la pétition a recueilli 73 164 signatures.
Des annonces insatisfaisantes selon les syndicats
Les annonces d’Édouard Geffray, invité du 20 heures de TF1 hier, ne semblent pas avoir provoqué une véritable accalmie. L’arrivée de « 3 000 enseignants remplaçants » « entre vendredi et mardi » et l’augmentation du recrutement des enseignants contractuels annoncées par le ministre de l’Education nationale ne sont qu’une réponse partielle à un problème de fond, selon les manifestants. Malgré la réforme de la formation inaugurée en 2026 qui a permis une augmentation du taux de postes pourvus, le non-remplacement est un problème systémique dans l’éducation nationale.
Comme l’indiquaient nos confrères du journal Le Monde, le volume des absences de longue durée non remplacées a doublé entre 2018 et 2024 en raison du manque de personnels disponibles. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU déplore une « copie bâclée d’Édouard Geffray » et une absence de vision sur le moyen terme. Pierre Sourzat, président de l’association Les lycéens !, ne se satisfait pas non plus de ces annonces qui ne permettront pas d’atteindre l’objectif principal « d’un prof devant chaque élève », selon lui. Du côté de la CFDT, Marylise Léon a jugé elle aussi la réponse « largement en deçà de ce qui est attendu ».
Ce plan d’urgence représenterait plusieurs dizaines de milliers d’euros, un montant bien loin des attentes lycéennes. Le syndicat Union Etudiante réclame en effet 10 milliards d’euros, sans quoi « on continuera à se mobiliser » a déclaré la porte-parole du syndicat Sarine Kharbach au micro de Franceinfo.
Un mouvement marqué par la violence
Le mouvement, qui a réuni à son pic 256 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur et 450 000 selon les organisateurs lors de l’Acte III, le 6 octobre, a par ailleurs été émaillé de heurts violents avec la police. Amnesty International, la Ligue des droits de l’Homme la Commission nationale consultative des droits de l’homme et l’ONU, s’inquiètent d’un usage disproportionné de la force par les policiers. « Le droit de réunion pacifique doit être respecté » a en effet rappelé le porte-parole du Haut-Commissariat de l’Onu aux droits de l’homme ce vendredi 9 octobre, invitant chacun à veiller « à ce qu’il n’y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l’ordre ». Perte de l’usage d’un œil à la suite d’un tir de LBD pour un lycéen, main arrachée par une grenade policière, tir de lacrymogène en plein visage, coups de matraques : les exemples se sont accumulés ces dernières semaines, déclenchant dix-huit enquêtes judiciaires par l’inspection générale de la police nationale. Selon le décompte de Matignon en date du 5 octobre, 215 élèves, 715 membres des forces de l’ordre et 85 personnels éducatifs ont été blessés depuis le début des mobilisations lycéennes.
Après son audition par l’Assemblée nationale le 7 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sera auditionné par le Sénat mardi 13 octobre pour répondre de sa gestion du maintien de l’ordre au cours des mobilisations.
La voie du dialogue ?
Après avoir reçu les associations lycéennes le 2 octobre et proposé une « demi-journée de cours banalisée » pour « organiser un temps de démocratie interne au sein de lycée », Édouard Geffray, ministre de l’Education nationale, tente de renouer avec le terrain. Il se trouvait en effet ce matin dans un lycée du Val-de-Marne, à Cachan, pour échanger avec le personnel et le préfet du département Stanislas Bourron. Il devrait par ailleurs convier les syndicats d’enseignants à une rencontre en visioconférence cet après-midi, à 16h30.