« À Mulhouse, c’est une course contre la montre »
Face à la progression de l’épidémie de Covid-19, les sénateurs du Haut-Rhin et du Bas-Rhin décrivent une situation dramatique.

« À Mulhouse, c’est une course contre la montre »

Face à la progression de l’épidémie de Covid-19, les sénateurs du Haut-Rhin et du Bas-Rhin décrivent une situation dramatique.
Public Sénat

Par Fabien Recker

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

165 nouveaux cas sur la seule journée de lundi et 6 nouveaux décès. En avance sur le reste du territoire, la région Grand Est est frappée de plein fouet par l’épidémie du Covid-19. “On a un nombre important de personnes contaminées, qui ne cesse de croître chaque jour, des capacités de réanimation saturées dans le Haut-Rhin, et très largement occupées dans le Bas-Rhin” indiquait mardi matin sur France Inter la préfète du Grand Est et Bas-Rhin Josiane Chevalier.

À Mulhouse, dans le Haut-Rhin, l'hôpital est débordé. La ville est l’un des principaux foyers de contamination, depuis qu’un rassemblement évangélique fin février avait causé l’infection de 10 personnes. La situation se dégrade très vite, tant par le nombre de malades que par la gravité des cas. "Depuis trois jours, nous sommes submergés par un flux incessant de patients avec des critères d'hospitalisation" écrivait lundi 16 mars le docteur Marc Noizet, directeur des urgences de l'hôpital, dans un message adressé à ses confrères. "L'ouverture des lits COVID ne suffit plus, l'établissement est quasi à bout des moyens qu'il peut déployer".

"Le premier souci à Mulhouse, c’est de libérer des lits, le deuxième souci, c’est que les transferts vers Nancy ou Strasbourg se passent dans les meilleures conditions” explique Jean-Marie Bockel. Ancien maire de la ville et membre du conseil de surveillance de l'hôpital, le sénateur du Haut-Rhin suit de près la situation. Il tient à rassurer : si les capacités d'accueil à Mulhouse sont saturées, tout le monde peut encore être soigné, en transférant des malades vers d’autres hôpitaux en Alsace ou dans d’autres régions. “Ce matin même, des hélicoptères du service de Santé des Armées sont en train d’opérer un transfert des malades graves et jeunes” indiquait le ministre de la santé Olivier Véran mardi matin sur France Inter. Une évacuation sanitaire militaire depuis Mulhouse vers Toulon doit avoir lieu mercredi. “Pour le moment ils n’en sont pas encore à faire le tri des personnes que l’on pourra soigner” poursuit Jean-Marie Bockel.  “On n’en est pas là. Mais comme le pic n’est pas atteint, ça fait craindre que dans les prochains jours on y soit. C’est une course contre la montre.”

"Ça tient mais c’est très limite"

Si le Haut-Rhin est saturé, ce n’est pas encore le cas des hôpitaux dans le Bas-Rhin. Le département comptabilisait 354 cas positifs lundi 16 mars. À Strasbourg, le Plan Blanc déclenché lundi soir doit permettre aux hôpitaux de se réorganiser rapidement pour faire face à l’afflux de malades. “Ça tient mais c’est très limite” alerte le sénateur du Bas-Rhin Jacques Bigot. “On a beaucoup de gens de Strasbourg qui sont allés au rassemblement évangélique de Mulhouse et qui ont été contaminés. Strasbourg doit répondre aux demandes de soutien de Mulhouse et de Colmar, où les capacités en réanimation ne pouvaient plus répondre”. Le sénateur espère que l'hôpital militaire de campagne promis lundi par Emmanuel Macron et qui doit se déployer à Mulhouse va soulager l’ensemble des hôpitaux alsaciens. Il devrait permettre d'accueillir une trentaine de malades en réanimation selon le ministre de la santé.

La députée européenne et ancienne sénatrice du Bas-Rhin Fabienne Keller s’inquiète de son côté des personnes en maison de retraite, “un problème moins médiatisé que l’hôpital”. “Il y a des maisons de retraite touchées par le virus, ce qui implique une prise en charge très complexe des personnes. Nous sommes concernés comme tous les départements et les territoires ruraux”. L'ancienne sénatrice observe en revanche que la solidarité se met en place à Strasbourg, où “des restaurateurs ont proposé de donner leurs stocks à des habitants”. Et se félicite de l’attitude responsable de ses concitoyens, “peut-être plus sensibilisés ici que dans le reste du pays parce que nous avons eu l’épidémie avant les autres”. Jacques Bigot est moins élogieux à l’égard des habitants de Strasbourg : “Encore ce matin, les marchés étaient maintenus, et on observait que les gens se comportaient comme si de rien n’était…  C’est ce problème civique qui est l’une des grandes difficultés”.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

« À Mulhouse, c’est une course contre la montre »
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le