Les nuages s’accumulent au-dessus des comptes publics. À mi-parcours de l’année budgétaire, le gouvernement vient d’annoncer une réduction de sa prévision croissance pour 2026, ainsi qu’un nouveau risque de dépassement dans l’exécution du budget, devant le comité d’alerte réuni ce 7 juillet.
Cette instance, présidée par le Premier ministre Lecornu, a réuni tous les acteurs de la dépense publique durant plus de deux heures : plusieurs ministres de premier plan (Économie, Comptes publics, Travail, Santé, Aménagement du territoire), des parlementaires, des représentants des élus locaux et de la Sécurité sociale, ainsi que des organisations patronales et syndicales. Créé l’an dernier, après deux années de dérapage majeur des finances publiques, ce comité a pour objet de faire un état des lieux actualisé de la situation budgétaire en cours d’exercice, afin d’en améliorer le pilotage et de prendre des mesures de « correction », le cas échéant.
Moins de deux semaines après une alerte de la Cour des comptes, qui estimait les objectifs annuels d’ores et déjà « menacés », Bercy a donc ajusté le cadre de référence de l’année budgétaire en cours. Le ministère de l’Économie et des Finances a ramené sa prévision de croissance de 0,9 % à 0,7 %, l’alignant sur celle de l’Insee et du Fonds monétaire international (FMI). « Elle tient compte d’un début d’année moins favorable qu’anticipé liée notamment à la loi spéciale, ainsi que de la situation internationale, notamment du conflit au Moyen-Orient, même si les signaux sur l’inflation et la consommation sont plus encourageants », a expliqué le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure.
Trois milliards d’euros supplémentaires de « refroidissement de la dépense »
Comme en avril, au moment d’une première réunion du comité d’alerte, le gouvernement a identifié des risques de dérapage et prévoit de compenser les surcoûts liés à la guerre au Moyen Orient par des mesures d’économies équivalentes, à hauteur de six milliards d’euros. L’État avait décidé de geler ou d’annuler des crédits pour un volume de quatre milliards d’euros. Deux milliards d’euros ont aussi été économisés au niveau des comptes sociaux, grâce au gel du barème des allègements généraux de cotisations patronales sur les bas salaires, après la hausse du Smic.
Nouveau coup de frein en juillet. Bercy redoute un nouveau dépassement de la trajectoire à hauteur de trois milliards d’euros : deux au niveau de l’État (principalement le contrecoup des mesures de soutien face à la hausse des prix du carburant, estimées à 1,4 milliard d’euros) et un milliard d’euros au niveau de la Sécurité sociale. Cela « nous conduit à prendre trois milliards d’euros de refroidissement de la dépense, d’économies, pour compenser ces risques », a expliqué à l’issue du comité David Amiel, le ministre des Comptes publics. Le détail n’a pas été communiqué. Selon le ministère, ces économies supplémentaires seront « faites d’ici à la fin de l’année » et pourront prendre la forme aussi bien de gels que d’annulations.
Ce nouveau jalon posé dans le pilotage budgétaire laisse sceptique le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Jean-François Husson. « Allô l’Elysée, Matignon, we are dans la mouise », a ironisé le sénateur LR de Meurthe-et-Moselle dans un communiqué. On devine sous ce titre une référence évidente aux propos de Roland Lescure en décembre 2025, prononcés contre les arbitrages de la Haute assemblée : « Houston, we have a problem ! »
La cible de déficit à 5 % « est aujourd’hui difficile à atteindre », selon Roland Lescure
Le parlementaire lorrain, qui milite depuis le printemps pour le dépôt d’un projet de loi de finances rectificative, reste largement sur sa faim au terme de l’exercice ce mardi, qu’il qualifie de « rendez-vous de communication ». « Nous avons surtout assisté à un comité de suivi, ponctué par l’annonce de 3 milliards d’euros supplémentaires de gels de crédits, dont le détail n’a même pas été donné. Voilà qui ressemble à du cabotage budgétaire, davantage qu’à un véritable cap qui nous avait été annoncé. »
Il reproche en particulier au gouvernement de ne pas voir apporté de réponse sur la manière de respecter l’objectif de réduction du déficit en 2027, ou encore du retour sous 3 % du PIB en 2029. Ce mardi, Roland Lescure s’est montré prudent sur l’exécution 2026 des textes financiers adoptés cet hiver au terme d’un examen rocambolesque. « Notre objectif de [déficit à] 5 % est aujourd’hui difficile à atteindre, nous ferons tout pour nous en approcher au maximum », s’est engagé l’ancien président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. La France avait terminé l’année dernière avec un déficit de 5,1 %.
Le taux de croissance sera réévalué en septembre, à l’occasion du bouclage du cadrage macroéconomique du projet de loi de finances. Bercy évoque aussi bien des aléas à la baisse comme à la hausse, le cessez-le-feu et l’accord entre Washington et Téhéran laissant espérer un rebond potentiel de l’activité et de la consommation au second semestre.
Des dépenses de fonctionnement des régions qui dérapent de 4,7 %
Une chose est sûre, cette crise internationale n’a pas seulement alourdi les dépenses de l’État et les taux d’intérêts de la dette, elle a aussi pesé sur les recettes. Hier, on apprenait que les recettes fiscales liées aux carburants avaient diminué de 80 millions d’euros au cours du premier semestre. « Après avoir refusé de taxer les superprofits, le gouvernement paie aujourd’hui la facture de la guerre au Moyen-Orient à tous les niveaux », dénonce le sénateur Thierry Cozic, chef de file des socialistes à la commission des finances.
Si le gouvernement a largement insisté sur les marges de manœuvre à sa disposition, les ministres ont aussi profité du moment pour inviter les collectivités locales à la modération budgétaire. Aucune contrainte directe n’est possible, en raison du principe de libre administration. Mais « il faut que les dépenses des collectivités territoriales soient aussi en ligne avec ce qui avait été prévu au moment de la loi de finances initiale. On a aujourd’hui un risque à hauteur de deux milliards d’euros », a souligné David Amiel. À Bercy, on indique que ce sont essentiellement les dépenses de fonctionnement locales qui progressent plus rapidement que ce qui était anticipé, notamment des niveaux des régions, avec un écart de 4,7 % par rapport à la prévision. Et les communes et leurs groupements, dans une moindre mesure. Le mois dernier, l’Association des maires de France avait mis en garde contre des « conséquences désastreuses » si de « nouvelles ponctions » devaient concerner l’échelon communal.