Jordan Bardella ou Marine Le Pen ? Qui sera le candidat RN à la présidentielle ? On croyait la question tranchée cet après-midi, il faudra attendre encore un peu. À l’issue du délibéré, dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d’appel de Paris a revu à la baisse la condamnation de la députée RN. Le parquet avait requis contre Marine Le Pen une peine de 5 ans d’inéligibilité, quatre ans de prison, dont trois ans avec sursis, et l’aménagement de l’année de prison ferme en détention à domicile sous bracelet électronique. La triple candidate à la présidentielle a finalement été condamnée à 45 mois d’inéligibilité dont 30 avec sursis. Elle a déjà purgé une peine d’un an d’inéligibilité depuis le jugement de première instance. Elle sera donc éligible pour le prochain scrutin présidentiel.
Elle a aussi été condamnée à 100 000 euros d’amende et trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme à purger à domicile sous bracelet électronique. Or, la patronne du groupe RN de l’Assemblée avait indiqué qu’elle ne ferait pas campagne dans ces conditions.
« Je pense que la décision des juges la met dans l’embarras »
Pour motiver cette décision, la cour a pointé la réalité de ces détournements de fonds du Parlement européen au profit du parti à la flamme, avec « un mode de fonctionnement s’apparentant à une organisation dont la finalité consistait à s’accaparer des fonds du Parlement européen à des fins autres que ce à quoi ils étaient destinés ».
La Cour a encore souligné des faits « graves » en ce qu’ils se sont déroulés « sur 11 années », ainsi qu’« au regard du montant des sommes détournées, plus de 2,8 millions d’euros ». Les trois magistrates de la cour ont pris soin de souligner dans leur arrêt l’importance de la « liberté des candidatures », en l’espèce à l’élection présidentielle, tout autant que la « liberté du choix des électeurs ».
« Je pense que la décision des juges la met dans l’embarras, car ils ne l’empêchent pas d’y aller et ils vont l’obliger à trancher une stratégie. Dans tous les cas, je pense qu’elle continuera à se victimiser et à faire de la démagogie. Ce que je redoute aujourd’hui, c’est qu’elle annonce qu’elle renvoie sa décision à une consultation interne. Pour elle, ce serait une manière de gagner du temps, de voir comment réagissent ses électeurs et les sondages après la décision de justice », analyse le patron des sénateurs macronistes, François Patriat.
En attendant la décision de Marine Le Pen, à droite comme à gauche, les élus prennent leurs distances avec la dimension juridique de cette décision, pour mettre en avant la dimension morale qu’entraînerait une quatrième candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.
« Ce n’est pas qu’une question de droit, c’est aussi une question d’éthique »
« Marine Le Pen a été condamnée (…) On peut se demander si cela autorise, si ce n’est juridiquement au moins moralement, Marine Le Pen à être candidate », note le sénateur LR, Max Brisson. L’élu en profite pour rappeler les anciennes propositions de la députée qui, en 2004, demandait « l’inéligibilité à vie » pour les élus reconnus coupables, notamment de détournement de fonds publics.
Du côté des écologistes, le président du groupe au Sénat, Guillaume Gontard, retient cette information du délibéré : « Marine Le Pen est bien une délinquante. Après plusieurs procédures, la justice de notre pays a tranché. On savait que le RN était un parti raciste et d’extrême droite, on sait maintenant qu’il est dirigé par des gens qui piochent dans les caisses de l’argent public. Il y aurait quelque chose de fou et d’absurde pour un parti qui, à longueur de journée, essaye de capitaliser sur le respect de l’ordre et de la loi, d’avoir une candidate définitivement condamnée ».
« Ce n’est pas qu’une question de droit, c’est aussi une question d’éthique. On ne peut pas résumer la question de sa candidature sous le simple angle du droit », appuie la présidente du groupe communiste du Sénat, Cécile Cukierman.
« Quand on est candidat à la plus haute fonction présidentielle, on doit pouvoir se montrer exemplaire, ce qui n’est pas le cas », a pour sa part estimé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. « Marine Le Pen, maintenant, est seule devant sa conscience », mais « la seule décision qui serait une décision moralement acceptable, c’est de se retirer d’une course à la présidentielle dont elle n’a plus la légitimité », a-t-il jugé.
« Aux yeux des électeurs RN, Marine Le Pen ou Jordan Bardella, ça ne change pas grand-chose »
Le président du groupe centriste du Sénat, Hervé Marseille, note « une décision assez équilibrée et astucieuse » de la cour d’appel qui « laisse le choix à Marine Le Pen de la suite qu’elle compte apporter à sa carrière politique ». Quant à la dimension éthique d’une éventuelle candidature de Marine Le Pen, le patron de l’UDI rappelle qu’une instruction vise aussi Jean-Luc Mélenchon dans une affaire similaire. Toutefois, l’instruction, clôturée en mai dernier, n’a conduit à aucune mise en examen.
« Aux yeux des électeurs RN, Marine Le Pen ou Jordan Bardella, ça ne change pas grand-chose. Le RN est la seule formation qui, quel que soit son candidat, peut être au second tour », ajoute-t-il.
Depuis un an et la condamnation en première instance de Marine Le Pen, l’idée d’une candidature de Jordan Bardella s’est peu à peu imposée dans le parti comme dans l’opinion. Le trentenaire peut se targuer d’intentions de vote au moins aussi flatteuses que la députée, avec laquelle il s’autorise désormais des divergences programmatiques, notamment sur les retraites.
« Notre but est de débarrasser le pays du RN et de ses candidats par la voie des urnes et la volonté du peuple lui-même. Rien ne change, quelle que soit la candidature (…) Chassons-les tous ! », a estimé mardi Jean-Luc Mélenchon, sur le réseau social X.
« Si elle décide d’y aller, je pense qu’elle sera une adversaire plus difficile à battre que Jordan Bardella, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas un danger réel. C’est d’ailleurs lui qui est en tête dans les sondages. Pour moi, l’enjeu reste le même : combattre le Rassemblement national, sous sa forme féminine ou masculine », conclut également François Patriat.