Après celle des juges, sa décision était attendue. Condamnée en appel pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN, Marine Le Pen a décidé malgré tout d’être candidate à l’élection présidentielle. Mais pour rendre cette ambition réalisable, la responsable du RN a décidé de se pourvoir en cassation.
« Un binôme complémentaire, équilibré et solide » avec Jordan Bardella
C’est d’un ton plus posé que celui qu’on lui connaît, presque fébrile, avec moins d’assurance qu’à l’habitude, que Marine Le Pen a fait part de sa décision, essentielle pour la présidentielle de 2027.
« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle annoncé lors du 20 heures de TF1, assurant qu’elle ne « changerait pas d’avis ». La candidate compte se lancer dans la bataille aux côtés de Jordan Bardella, que la décision de Marine Le Pen empêche de se présenter. « Jordan Bardella et moi-même, nous allons très rapidement commencer cette campagne », prévient-elle, y voyant « un binôme complémentaire, équilibré, solide ». Elle ajoute :
Si elle est élue, le président du RN, qui a « beaucoup de volonté et d’énergie », sera « bien sûr » son premier ministre. « Ce couple politique que nous formons peut vraiment changer les choses et représenter un nouveau souffle pour notre pays », insiste Marine Le Pen, écartant toute dissension. « Bien sûr que nous serons ensemble, comme nous l’avons été depuis des années », assure celle qui a déjà été plusieurs fois candidate.
« Ce qui s’est passé là est une épreuve. […] Ces épreuves nous ont renforcés, y compris dans notre volonté, et la qualité du travail commun que nous faisons », assure la fille de Jean-Marie Le Pen.
« Je vais soumettre ce sujet de droit à la Cour de cassation »
Suite à sa condamnation, « je vais soumettre ce sujet de droit à la Cour de cassation », prévient Marine Le Pen, assurant vouloir « aller au bout des voies de recours ». « Le pourvoi en cassation suspend la peine prononcée par la Cour », souligne la candidate, ajoutant qu’elle « fera donc campagne sans bracelet électronique ».
Continuant à clamer son « innocence » sur le fond de l’affaire, elle considère que « deux juridictions peuvent commettre une erreur ». Elle dit n’avoir « aucun doute » sur le risque que le port du bracelet ne soit à nouveau décidé. Si elle conteste le jugement, elle se réjouit cependant que la décision des juges « rende aux Français leur liberté de voter », son inéligibilité posant « un énorme problème démocratique ».
Décision à double tranchant
Pour comprendre le choix de Marine Le Pen, il faut avoir en tête ce qu’implique le jugement de la Cour d’appel. En réduisant sa peine d’inéligibilité de 5 ans à 45 mois, dont 30 avec sursis, et une peine de trois ans de prison, dont un an ferme, aménageable par le port d’un bracelet électronique à domicile, les juges ont pris une décision à double tranchant.
Juridiquement, la leader du parti d’extrême droite peut ainsi se présenter. Mais si la condamnation à 15 mois ferme d’inéligibilité lui permet de se lancer, ayant déjà purgé une peine d’un an sur ce point, le port du bracelet rend toute candidature irréaliste. Par ailleurs, Marine Le Pen avait elle-même exclu de mener campagne dans ces conditions. C’est pourquoi elle se pourvoit en cassation, ce qui permet de rendre la décision suspensive (lire notre article sur le sujet). Le temps de cette nouvelle procédure, la peine de prison, et donc le port du bracelet électronique, est suspendue.
Sort judiciaire encore incertain
Mais Marine Le Pen ne voit pas encore totalement ses ennuis judiciaires écartés, alors que la Cour de cassation juge la bonne application du droit, pas le fond. Car si le pourvoi est rejeté, ce qui semble envisageable au vu du dossier, ce serait alors au juge d’application des peines (JAP) de statuer sur une demande de suspension de la peine de prison que Marine Le Pen formulerait. Le Code de procédure pénale lui permet de suspendre une peine égale ou inférieure à 2 ans « pour motif d’ordre médical, familial, professionnel ou social ». Marine Le Pen n’est-elle pas une professionnelle de la politique ? Le juge pourrait toujours décider de poser le bracelet à Marine Le Pen. Mais début 2027, en pleine campagne présidentielle, il pourrait être difficile au juge de prendre une telle décision. Reste que son sort politique dépendra encore de l’institution judiciaire…