« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle » : malgré sa condamnation, Marine Le Pen se lance et se pourvoit en cassation

En dépit de sa condamnation pour détournement de fonds publics, la leader du RN annonce sa candidature à la présidentielle. Elle a décidé de se pourvoir en cassation, ce qui rend suspensif la décision de la Cour d’appel, lui permettant de faire campagne sans bracelet électronique. Assurant former un « couple politique » avec Jordan Bardella, ils mèneront campagne « en binôme ».
François Vignal

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après celle des juges, sa décision était attendue. Condamnée en appel pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN, Marine Le Pen a décidé malgré tout d’être candidate à l’élection présidentielle. Mais pour rendre cette ambition réalisable, la responsable du RN a décidé de se pourvoir en cassation.

« Un binôme complémentaire, équilibré et solide » avec Jordan Bardella

C’est d’un ton plus posé que celui qu’on lui connaît, presque fébrile, avec moins d’assurance qu’à l’habitude, que Marine Le Pen a fait part de sa décision, essentielle pour la présidentielle de 2027.

« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle annoncé lors du 20 heures de TF1, assurant qu’elle ne « changerait pas d’avis ». La candidate compte se lancer dans la bataille aux côtés de Jordan Bardella, que la décision de Marine Le Pen empêche de se présenter. « Jordan Bardella et moi-même, nous allons très rapidement commencer cette campagne », prévient-elle, y voyant « un binôme complémentaire, équilibré, solide ». Elle ajoute :

 C’est ensemble (avec Jordan Bardella) que nous irons convaincre les Français. 

Marine Le Pen, députée RN et candidate à l'élection présidentielle.

Si elle est élue, le président du RN, qui a « beaucoup de volonté et d’énergie », sera « bien sûr » son premier ministre. « Ce couple politique que nous formons peut vraiment changer les choses et représenter un nouveau souffle pour notre pays », insiste Marine Le Pen, écartant toute dissension. « Bien sûr que nous serons ensemble, comme nous l’avons été depuis des années », assure celle qui a déjà été plusieurs fois candidate.

« Ce qui s’est passé là est une épreuve. […] Ces épreuves nous ont renforcés, y compris dans notre volonté, et la qualité du travail commun que nous faisons », assure la fille de Jean-Marie Le Pen.

« Je vais soumettre ce sujet de droit à la Cour de cassation »

Suite à sa condamnation, « je vais soumettre ce sujet de droit à la Cour de cassation », prévient Marine Le Pen, assurant vouloir « aller au bout des voies de recours ». « Le pourvoi en cassation suspend la peine prononcée par la Cour », souligne la candidate, ajoutant qu’elle « fera donc campagne sans bracelet électronique ».

Continuant à clamer son « innocence » sur le fond de l’affaire, elle considère que « deux juridictions peuvent commettre une erreur ». Elle dit n’avoir « aucun doute » sur le risque que le port du bracelet ne soit à nouveau décidé. Si elle conteste le jugement, elle se réjouit cependant que la décision des juges « rende aux Français leur liberté de voter », son inéligibilité posant « un énorme problème démocratique ».

Décision à double tranchant

Pour comprendre le choix de Marine Le Pen, il faut avoir en tête ce qu’implique le jugement de la Cour d’appel. En réduisant sa peine d’inéligibilité de 5 ans à 45 mois, dont 30 avec sursis, et une peine de trois ans de prison, dont un an ferme, aménageable par le port d’un bracelet électronique à domicile, les juges ont pris une décision à double tranchant.

Juridiquement, la leader du parti d’extrême droite peut ainsi se présenter. Mais si la condamnation à 15 mois ferme d’inéligibilité lui permet de se lancer, ayant déjà purgé une peine d’un an sur ce point, le port du bracelet rend toute candidature irréaliste. Par ailleurs, Marine Le Pen avait elle-même exclu de mener campagne dans ces conditions. C’est pourquoi elle se pourvoit en cassation, ce qui permet de rendre la décision suspensive (lire notre article sur le sujet). Le temps de cette nouvelle procédure, la peine de prison, et donc le port du bracelet électronique, est suspendue.

Sort judiciaire encore incertain

Mais Marine Le Pen ne voit pas encore totalement ses ennuis judiciaires écartés, alors que la Cour de cassation juge la bonne application du droit, pas le fond. Car si le pourvoi est rejeté, ce qui semble envisageable au vu du dossier, ce serait alors au juge d’application des peines (JAP) de statuer sur une demande de suspension de la peine de prison que Marine Le Pen formulerait. Le Code de procédure pénale lui permet de suspendre une peine égale ou inférieure à 2 ans « pour motif d’ordre médical, familial, professionnel ou social ». Marine Le Pen n’est-elle pas une professionnelle de la politique ? Le juge pourrait toujours décider de poser le bracelet à Marine Le Pen. Mais début 2027, en pleine campagne présidentielle, il pourrait être difficile au juge de prendre une telle décision. Reste que son sort politique dépendra encore de l’institution judiciaire…

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
7min

Politique

Condamnation de Marine Le Pen : une éventuelle candidature à la présidentielle attaquée sous l'angle de l'éthique, à gauche comme à droite

Le délibéré de la Cour d'appel dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN laisse le personnel politique dans l'expectative. Condamnée mais éligible, Marine Le Pen peut, en théorie, être candidate à l'élection présidentielle. À droite comme à gauche, on met en avant la dimension éthique et morale d'une potentielle candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le

LIEVIN : fete champetre du RN – RN party event « La fete champetre » in Lievin
2min

Politique

Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet, mais éligible en 2027, elle pourrait être candidate à la présidentielle

Coup de théâtre dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la Cour d’appel n’a pas suivi les réquisitions du parquet et a réduit la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen de 5 ans à 45 mois dont 30 mois avec sursis et à une peine de trois ans de prison dont un an sous bracelet électronique. Elle pourrait donc être candidate à l’élection présidentielle.

Le