Affaire Benalla: Philippe Bas, la révélation tardive d’un talent politique
Opiniâtreté, précision et un soupçon de facétie: Philippe Bas, grand commis de l'État venu sur le tard en politique, s'est révélé...

Affaire Benalla: Philippe Bas, la révélation tardive d’un talent politique

Opiniâtreté, précision et un soupçon de facétie: Philippe Bas, grand commis de l'État venu sur le tard en politique, s'est révélé...
Public Sénat

Par Jean-Louis PREVOST

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Opiniâtreté, précision et un soupçon de facétie: Philippe Bas, grand commis de l'État venu sur le tard en politique, s'est révélé à l'opinion dans son rôle de président de la commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla.

Dans cette affaire qui revient sur le devant de la scène mercredi avec l'audition d'Alexandre Benalla, le sénateur (LR) de 60 ans n'est pas épargné par l'exécutif et ses proches.

Alexandre Benalla l'a traité de "petit marquis". Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a fustigé son "ambition politique personnelle" et Christophe Castaner, secrétaire d'État aux Relations avec le Parlement, l'a indirectement accusé de penser qu'il peut "s'arroger un pouvoir de destitution du président de la République".

De tout cela, M. Bas n'en a cure et il poursuit imperturbablement l'objectif de la commission d'enquête qu'il a fixé: "Lever les incohérences qui demeurent". Les sénateurs voient déjà plus loin, en prévoyant de faire des préconisations sur l'organisation de la sécurité du chef de l'État.

C'est l'ancien président Jacques Chirac qui a incité cet énarque à abandonner la carrière confortable qu'il menait dans les cabinets ministériels et au Conseil d'État pour se lancer dans la politique active.

Il le rencontre pour la première fois en 1997, devenant son conseiller social, puis secrétaire général adjoint de l'Elysée. Il succède ensuite à Dominique de Villepin au poste de secrétaire général de la présidence de la République après la présidentielle de 2002. Il est alors l'homme de confiance de Chirac.

Philippe Bas entre une première fois au gouvernement en 2005, comme ministre délégué à la Sécurité sociale, puis en 2007 comme ministre de la Santé.

Après l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, il décide d'affronter le scrutin universel et, ayant des attaches normandes, se présente aux législatives dans la Manche. Il y est battu par un candidat dissident de son parti.

- "Ma Corrèze en Normandie" -

Il repart à zéro et, après une campagne de terrain, est élu en 2008 conseiller général du canton de Saint-Pois, au sein du bocage. "Ma Corrèze en Normandie", se plait-il à dire en référence à son mentor Jacques Chirac. Il devient président du conseil départemental de la Manche en 2015, poste qu'il abandonne lorsque la loi sur le non-cumul des mandats entre en vigueur.

Entre-temps, Philippe Bas est élu en 2011 sénateur de la Manche. C'est après les élections sénatoriales de 2014, qui voient le Sénat rebasculer à droite, qu'il prend la présidence de sa commission des lois.

Jouant de son esprit analytique dans un rôle qui paraît fait pour lui, il devient la bête noire des différents ministres de la Justice et de l'Intérieur qui se succèdent, même si certains lui reprochent un côté "maître d'école".

Parmi les dizaines de propositions de loi qu'il a déposées, l'une qui vise à "redresser la justice" lui tient plus particulièrement à cœur. Elle prévoit une progression des crédits de la justice de 5% par an sur la période de 2018 à 2022, pour atteindre près de 11 milliards d'euros. Adopté au Sénat, ce texte n'a jamais été inscrit à l'agenda de l'Assemblée.

A la primaire présidentielle des Républicains de 2016, il a soutenu François Fillon. Certains le voyaient déjà Garde des Sceaux.

Après le krach de la campagne du candidat de droite, il a repris sa place au Sénat, adoptant la posture de gardien sourcilleux de la Constitution face aux ambitions de réforme du "nouveau monde" incarné par Emmanuel Macron. Et dans ce rôle, il ne laisse passer aucune occasion d'administrer une leçon de droit constitutionnel à l'exécutif, comme lorsqu'il a souligné, récemment, que "le président de la République et le gouvernement proposent, mais c'est le Parlement qui décide".

Partager cet article

Dans la même thématique

Affaire Benalla: Philippe Bas, la révélation tardive d’un talent politique
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Affaire Benalla: Philippe Bas, la révélation tardive d’un talent politique
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le