Anina Ciuciu rêve d’être la première sénatrice rom de France
Des bidonvilles aux ors de la République ? A seulement 27 ans, l'élève avocate Anina Ciuciu rêve de devenir dimanche la première sénatrice rom...

Anina Ciuciu rêve d’être la première sénatrice rom de France

Des bidonvilles aux ors de la République ? A seulement 27 ans, l'élève avocate Anina Ciuciu rêve de devenir dimanche la première sénatrice rom...
Public Sénat

Par Sarah BRETHES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Des bidonvilles aux ors de la République ? A seulement 27 ans, l'élève avocate Anina Ciuciu rêve de devenir dimanche la première sénatrice rom de France. Pour "ouvrir la voie" et "redonner de la fierté à ceux qui sont obligés de baisser la tête".

"J'ai été mendiante, j'ai été humiliée à jamais. Mon parcours prouve que tout est possible", résume celle qui mène la liste indépendante "Notre avenir" avec la bénédiction de la sénatrice écologiste sortante de Seine-Saint-Denis, Aline Archimbaud.

Elle a 7 ans quand ses parents - père comptable, mère infirmière - fuient la Roumanie post-communiste ravagée par la crise. Avec leurs trois fillettes, les Ciuciu traversent à pied les champs minés de l'ex-Yougoslavie pour gagner Rome, "au péril de leur vie, comme les migrants d'aujourd'hui".

Après six mois de "vie inhumaine" dans un campement géant, la famille part pour la France. "Mon père voulait nous offrir un avenir dans le pays des droits de l'Homme", raconte l'étudiante à la longue chevelure brune.

Mais, en France, déboutés du droit d'asile et sommés de quitter le territoire, ils sont chassés de l'hôtel social et de l'école. "Le directeur en pleurait".

Anina Ciuciu, élève avocate qui rêve de devenir la première sénatrice rom de France, le 20 septembre 2017 à Paris
Anina Ciuciu, élève avocate qui rêve de devenir la première sénatrice rom de France, le 20 septembre 2017 à Paris
AFP

Un jour, alors qu'elle fait la manche à Bourg-en-Bresse, sa mère fait une rencontre qui va changer le cours de leur histoire: Jacqueline de la Fontaine, institutrice.

"Elle était sur la place du marché, avec une fillette dans les bras", se souvient l'enseignante. Elle prend la famille sous son aile et l'accompagne dans ses démarches avec une priorité : la scolarisation des enfants.

A 8 ans, Anina intègre un CP où elle apprend le français. "Douée" et "tenace" selon l'institutrice, elle finit par décrocher un bac S avec mention et choisit le droit, "pour lutter contre les injustices".

- 'Dure bataille' -

Naturalisée en 2013 "grâce" à la publication d'un livre - "Je suis tzigane et je le reste" (City éditions)-, la jeune femme est aujourd'hui la seule de sa famille à être française.

"Nous avons eu la chance de faire la bonne rencontre au bon moment. Pourtant, ce n'est pas le rôle de la chance mais celui des institutions de permettre un tel parcours", s'énerve-t-elle.

Anina Ciuciu, candidate aux sénatoriales, pose devant le Sénat dans les jardins du Luxembourg à Paris, le 20 septembre 2017
Anina Ciuciu, candidate aux sénatoriales, pose devant le Sénat dans les jardins du Luxembourg à Paris, le 20 septembre 2017
AFP

Si elle est élue, la militante associative - au sein de La Voix des Rroms notamment - martèle qu'elle ne sera pas "la Rom de service". Mais accepte d'être un symbole : "Ce serait historique qu'une jeune femme française d'origine rom soit élue. Surtout au Sénat, majoritairement composé d'hommes et où la moyenne d'âge est de 64 ans!"

Ses chances restent néanmoins minces, dans un scrutin où les partis traditionnels pèsent lourd.

"Je la soutiens car elle représente des combats difficiles, pour la justice et l'écologie, et que sa trajectoire a beaucoup de sens du point de vue de la République. Mais la bataille va être dure, car elle est jeune et qu'il y a aussi beaucoup de préjugés sur les Roms", prédit la sénatrice Aline Archimbaud.

Parmi ces combats, Anina Ciuciu cite d'abord l'accès à l'éducation. Mais sa lutte consiste aussi, peut-être même surtout, "à ouvrir la voie". "Après moi il y en aura beaucoup d'autres", parie-t-elle.

"C'est un modèle pour les Roms en général, et les filles en particulier. Elle aide à casser cette barrière de l'estime de soi, très présent dans la communauté", estime Cristian Padure, un trentenaire venu assister mercredi à un meeting organisé à la mairie de l'Ile-Saint-Denis.

"Cette candidature est très tardive mais c'est le début de quelque chose. En Suède ou en Europe centrale, il y a déjà des députés roms", rappelle Pierre Chopinaud, directeur de la Voix des Rroms.

Pourquoi n'y a-t-il pas davantage d'Anina Ciuciu? "Anina a eu un parcours scolaire normal et a pu devenir avocate, répond le militant. C'est malheureusement une exception : en Seine-Saint-Denis, 80% des enfants roms sont déscolarisés".

Partager cet article

Dans la même thématique

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le

Nationwide protests over cost of living – Dijon
6min

Politique

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.

Le

FRA – ASSEMBLEE – 4 COLONNES
8min

Politique

Après la proposition de primaire de Gabriel Attal, rejetée par le camp Philippe et Retailleau, le blocage perdure

En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.

Le