Arménie/ Azerbaïdjan : « Côté arménien, c’est sa survie qui est en jeu »
Mardi, l’Azerbaïdjan a enclenché une attaque surprise contre son voisin arménien. Alors que la communauté internationale et le Sénat exigeaient un retour au calme, les combats ont pris fin jeudi sous l’égide de la Russie. Retour sur cette nouvelle flambée de violences avec Taline Ter Minassian, historienne, professeure à l’Inalco, spécialiste de la Russie et du Caucase et auteure du livre « Gorbatchev » (PUF).

Arménie/ Azerbaïdjan : « Côté arménien, c’est sa survie qui est en jeu »

Mardi, l’Azerbaïdjan a enclenché une attaque surprise contre son voisin arménien. Alors que la communauté internationale et le Sénat exigeaient un retour au calme, les combats ont pris fin jeudi sous l’égide de la Russie. Retour sur cette nouvelle flambée de violences avec Taline Ter Minassian, historienne, professeure à l’Inalco, spécialiste de la Russie et du Caucase et auteure du livre « Gorbatchev » (PUF).
Public Sénat

Par Steve Jourdin

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mardi, les hostilités ont repris entre lAzerbaïdjan et lArménie. Avec plus de 200 morts dans les deux camps, il s’agit des pires affrontements depuis la guerre de 2020. A quoi est dû ce regain de tensions ?

 

Il faut d’abord noter que les hostilités n’interviennent pas dans la région du Haut-Karabagh, objet d’un lourd contentieux entre les deux pays, mais aux frontières de l’Arménie. Cette attaque surprise de l’armée azerbaïdjanaise survient à la suite d’accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu de novembre 2020. Mais les relations sont si tendues et les modalités d’application du cessez-le-feu si complexes, que nous vivons dans une sorte de continuum de guerre entre les deux pays. Cette nouvelle poussée de violence n’est donc malheureusement pas une surprise, il faut simplement espérer que le calme va durer.

 

Y a-t-il un lien entre ces événements et la situation en Ukraine ?

 

Cette attaque coïncide effectivement avec l’annonce le week-end dernier de la perte de plusieurs milliers de kilomètres de terrain par la Russie face à l’armée ukrainienne. Il y a sans doute une volonté du côté de l’Azerbaïdjan de profiter de l’opportunité, car l’Arménie est alignée sur la Russie. Mais il y a également des raisons strictement locales : il existe toujours de bonnes raisons d’attaquer son ennemi.

 

 

Vladimir Poutine considère que cette région du Caucase relève de la sphère d’influence de la Russie. Moscou peut-il encore jouer le gendarme dans cette zone malgré ses difficultés en Ukraine ?

 

C’est une région très stratégique. Tous les pays limitrophes surveillent ce qu’il s’y passe. L’Iran observe de près la situation à sa frontière septentrionale, d’autant plus qu’elle compte une importante communauté azérie en son sein. La Turquie, qui fait partie de l’Otan, est quant à elle l’alliée de l’Azerbaïdjan. Elle a également ses intérêts propres.

C’est une zone géopolitiquement très chaude, dans laquelle la Russie joue traditionnellement le rôle de médiateur. Moscou a déployé des forces de maintien de la paix dans le Haut-Karabagh, mais son contingent est relativement limité. En fait, Vladimir Poutine se pose plutôt comme un arbitre entre les deux belligérants. En a-t-il encore les moyens malgré les lourdes pertes subies en Ukraine ? C’est difficile à dire, la situation est extrêmement confuse et instable.

 

Quels rôles peuvent jouer la France et l’Europe dans ce conflit ?

 

La France a des moyens de pression. Emmanuel Macron est d’ailleurs le premier chef d’Etat à avoir demandé un retour au calme. On peut difficilement en attendre moins car il y a une communauté arménienne importante en France. Il est en revanche peu probable que l’Union européenne prenne de grandes initiatives collectives, pour la bonne et simple raison qu’elle a signé à la mi-juillet un accord exceptionnel avec l’Azerbaïdjan afin de sapprovisionner en gaz et ainsi anticiper la fin du gaz russe sur le continent.

 

 

Est-ce qu’une véritable paix est possible entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à moyen terme ?

 

Il faut l’espérer, mais aucun rapprochement n’est actuellement perceptible. Le conflit entre ces deux pays est loin d’être terminé. La chose la plus réaliste aujourd’hui est d’envisager une forme de stabilisation. Côté arménien, c’est la survie existentielle qui est en jeu. Le pays vit sous la menace d’une annexion de la partie sud de son territoire, annexion qui pourrait aboutir à une jonction entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. Toute la zone est très instable, avec une logique de blocs au niveau régional et international qui met les petits pays du Caucase en porte-à-faux.

Partager cet article

Dans la même thématique

Arménie/ Azerbaïdjan : « Côté arménien, c’est sa survie qui est en jeu »
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le