Au procès Balkany, les origines de l’aventure offshore
A son procès pour blanchiment et corruption, Patrick Balkany s'est employé mercredi à torpiller le témoignage clé de son ancien...

Au procès Balkany, les origines de l’aventure offshore

A son procès pour blanchiment et corruption, Patrick Balkany s'est employé mercredi à torpiller le témoignage clé de son ancien...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

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A son procès pour blanchiment et corruption, Patrick Balkany s'est employé mercredi à torpiller le témoignage clé de son ancien allié Didier Schuller et à valoriser le legs paternel, à l'origine d'une aventure offshore qui pourrait l'envoyer en prison.

Après une première semaine consacrée à la fraude fiscale, le tribunal correctionnel de Paris a commencé à examiner les accusations de "blanchiment habituel" visant Patrick et Isabelle Balkany, les édiles LR de la commune huppée de l'ouest parisien Levallois-Perret.

Il n'est plus seulement question d'argent caché mais de montages sophistiqués de Suisse au Panama, de comptes bancaires nichés au Liechtenstein ou à Singapour, un domino planétaire de sociétés-écran. Ils encourent dans ce second volet jusqu'à dix ans de prison.

Face au tribunal, Patrick Balkany, 70 ans, guerroie seul contre le "tissu de mensonges éhontés" de son ancien bras droit, Didier Schuller. Son épouse Isabelle, 71 ans, "va mieux" selon son avocat mais est encore hospitalisée après une tentative de suicide début mai.

"M. Schuller est un mythomane de la pire espèce. Il n'a jamais participé à ma campagne (qui verra son élection en 1983 à la mairie de Levallois, ndlr). Je ne lui ai jamais rien demandé. Je ne me suis jamais occupé des finances du RPR (ancêtre du parti de droite LR)", affirme Patrick Balkany à la barre.

Le président de la 32e chambre correctionnelle, Benjamin Blanchet, vient de lire les déclarations aux juges d'instruction de Didier Schuller, directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine de 1986 à 1994, office dont Patrick Balkany était alors président.

"J'ai payé ma dette, je constate aujourd'hui que le président de l'office des HLM de l'époque, M. Balkany, a été relaxé", déclarait aux magistrats M. Schuller, condamné pour trafic d'influence dans l'affaire dite des HLM des Hauts-de-Seine qui visait le financement occulte du RPR.

Après des années d'un loyal silence, l'ancien allié lâchait une bombe: "M. Balkany aurait à sa disposition un palais à Marrakech, une résidence de luxe à Saint-Martin et l'usufruit du Moulin de Giverny (Eure)".

Il ajoutait: "Je suis heureux de voir que ce que je pensais être du financement politique a pu profiter à d'autres fins et sans doute personnelles".

- "Emplacement de rêve" -

Patrick Balkany bouillonne de pouvoir répondre. "M. Schuller m'en veut parce qu'on ne lui a pas donné l'investiture pour les municipales de 2014 à Clichy".

Didier Schuller n'a pas caché son amertume aux juges: oui, il en veut à Patrick Balkany qui ne lui "renvoie pas l'ascenseur" alors qu'il affirme avoir déposé pour lui, de 1987 à 1994, entre 7 et 10 millions de francs sur un compte en Suisse, des fonds "destinés au RPR des Hauts-de-Seine".

Patrick Balkany, qui fut un des fondateurs du RPR, nie avoir trempé de près ou de loin dans un quelconque financement politique occulte et rappelle avoir été relaxé dans le dossier des HLM.

Le puissant maire de Levallois n'a cessé de répéter que sa fortune personnelle lui venait de son père, entre héritage et lingots d'or rapatriés de Suisse. Le président Blanchet veut revenir sur la vente de l'entreprise paternelle, Laine et soie Rety.

Il fut un temps où le magasin de prêt-à-porter de luxe de son père habillait le tout-Paris et les riches touristes du Golfe persique. Mais à la fin des années 80, la société Rety est "structurellement déficitaire" et très endettée. Sa cession pour 31 millions de francs en juillet 1988 est qualifiée de "suspecte" par les juges.

"Mais enfin, la boutique était rue du Faubourg Saint-Honoré. Ce n'est pas une société qu'on achète, c'est un emplacement de rêve près des Champs-Elysées", s'exclame Patrick Balkany.

Il est beaucoup plus vague quand il s'agit d'expliquer le versement en liquide de 200.000 francs en billets de 500 sur son compte à Levallois en 1990 - "Je ne m'en souviens absolument pas" - ou l'encaissement d'un chèque de 16,3 millions en 1989 de la banque helvète UBS, elle-même provisionnée par des fonds venus du Liechtenstein - "Oui, mais c'est encore de l'argent qui vient de Suisse", se borne à dire Patrick Balkany.

L'audience reprendra jeudi avec l'examen des montages pour l'achat d'une première villa aux Antilles.

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