Eric Ciotti’s meeting in Marseille, France – 24 Nov 2021
Alexandra Borchio-Fontimp, an incumbent senator seen in the front row during Eric Ciotti's speech at PACA ( an administrative region in southeast France). Eric Ciotti is running as an official candidate under a conservative party in the coming French presidential elections in 2022. He will represent the right-wing of the Les Republicans. - Laurent Coust / SOPA Images//SOPAIMAGES_SOPA0142526/2111260939/Credit:SOPA Images/SIPA/2111260951

Sénatoriales 2026 : LR partira divisé face au parti d’Éric Ciotti après l’annonce de la candidature d’Alexandra Borchio Fontimp dans les Alpes-Maritimes

Après l’annonce de candidature de la sénatrice Alexandra Borchio Fontimp, sans attendre l’investiture LR, la droite multiplie les listes pour les élections sénatoriales dans le département. En face l’UDR/RN pourrait gagner deux à trois sièges.
Stephane Duguet

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Lorsque l’on parle de la politique dans les Alpes-Maritimes, il n’est pas rare que les élus lèvent les yeux au ciel. En témoigne ce membre de la commission nationale d’investiture des Républicains qui lance : « Vous croyez vraiment que j’ai envie de vous parler de ce département ? ». D’autres n’osent même pas se risquer à décrypter les dynamiques locales. « Dans les Alpes-Maritimes, leur arithmétique n’est pas forcément la même qu’ailleurs », ironise une sénatrice Les Républicains élue dans le nord de la France.

Et il faut croire que les élections sénatoriales qui se tiendront le 27 septembre n’échapperont pas à la règle. Avant même que Les Républicains n’investissent ses candidats dans le département, la sénatrice sortante Alexandra Borchio Fontimp a décidé hier de se lancer seule dans la course. Dans un entretien à Nice Matin, celle qui est aussi conseillère départementale des Alpes-Maritimes dans la majorité de Charles Ange Ginésy a annoncé vouloir rassembler derrière sa candidature. Auprès de Public Sénat, la sénatrice assume son choix : « Que j’ai l’investiture ou pas, je serai candidate. Ce n’était un secret pour personne ».

Le choix d’Alexandra Borchio Fontimp est soutenu localement par le maire d’Antibes Jean Leonetti et le député des Alpes-Maritimes Éric Pauget. « Elle va être une candidature de rassemblement pour la droite traditionnelle, elle a bossé et elle incarne un nouveau souffle en politique au sein de la droite », vante le député dont elle avait été la suppléante en 2017.

Double investiture de LR dans les Alpes-Maritimes

Mais cette candidature s’inscrit dans un contexte très épineux. Dans les Alpes-Maritimes où les cinq sièges sont remis en jeu, Éric Ciotti et son parti l’Union des Droites pour la République (UDR) allié avec le Rassemblement National (RN) peut espérer gagner deux à trois sièges. Aux élections municipales, l’UDR a en effet récupéré la ville de Nice ainsi que la Métropole Nice Côte d’Azur quand le RN l’a emporté dans les communes de Menton et Cagnes-sur-Mer. De quoi venir détrôner Les Républicains qui avaient obtenu tous les sièges du département en 2020 avec la liste menée par Dominique Estrosi Sassone sur laquelle figurait Alexandra Borchio Fontimp.

C’est pour cette raison que Les Républicains avaient classé les Alpes-Maritimes dans les « départements compliqués » pour les prochaines élections sénatoriales. Selon nos informations, la commission nationale d’investiture (CNI) chargée de trancher ces cas délicats se tiendra mardi 23 juin à 13h30. D’ici là, les réunions se multiplient entre le président du Sénat Gérard Larcher, le président des Républicains Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat Mathieu Darnaud ainsi que le sénateur LR Roger Karoutchi. « Rien n’est encore tranché », explique une source au fait des négociations.

L’hypothèse qui tient la corde est la suivante : Alexandra Borchio Fontimp comme Dominique Estrosi Sassone pourraient être investies toutes les deux par le parti mardi prochain. Dans d’autres départements où il y avait plusieurs sortants, Les Républicains ont déjà décidé d’investir tous les sortants qu’ils fassent liste commune ou non. Se pose alors la question du troisième sénateur sortant Philippe Tabarot qui occupe actuellement le poste de ministre des Transports du gouvernement Lecornu. « Il ne vous a pas échappé que les ministres ont été suspendus par LR », glisse la source citée plus haut.

Borchio Fontimp, « en bons termes avec tout le monde »

Les élections sénatoriales dans les Alpes-Maritimes pourraient donc être celles de la division de la droite. Même dans le cas où Dominique Estrosi Sassone et Alexandra Borchio Fontimp avaient fait liste commune, règles de parité oblige, l’une aurait été première de la liste et l’autre troisième, hypothéquant ainsi leurs chances d’être élues toutes les deux vu l’importance des grands électeurs UDR/RN. Il n’en reste pas moins que l’actuelle présidente de la commission des affaires économiques du Sénat accueille froidement l’annonce de la liste d’Alexandra Borchio Fontimp. « C’est une liste de division, il y a six ans la liste d’union était celle que je conduisais », explique celle qui sera à nouveau tête de liste en septembre. « J’y vais pour être réélue avec mon travail sur le terrain et à Paris et pour que tout n’aille pas entre les mains de l’UDR/RN », ajoute-t-elle.

Au moins deux listes estampillées LR seront donc sur la ligne de départ mais avec des chances variables de succès à en croire les élus maralpins interrogés. Alexandra Borchio Fontimp n’aurait pas de mal, selon ses soutiens, à obtenir les voix de grands électeurs « du bassin ouest : Cannes, Grasse et Antibes » tout en y ajoutant certaines de la métropole de Nice Côte d’Azur pourtant aux mains d’Éric Ciotti. « Elle n’est pas black listée de la métropole et elle est en bons termes avec tout le monde », veut croire un élu du département. Ce même élu estime qu’à l’inverse la situation est plus compliquée pour Dominique Estrosi Sassone : « Le nom Estrosi est cramé dans les Alpes-Maritimes », depuis la défaite de son ex-mari Christian Estrosi aux municipales à Nice. « A part pour l’UDR/RN, c’est difficile de mettre les grands électeurs dans des cases et d’être sûr du compte de voix avant la fin du dépouillement en septembre », rétorque la sénatrice également conseillère municipale d’opposition à Nice.

Porosité avec l’UDR/RN

Si Alexandra Borchio Fontimp peut espérer obtenir les voix de grands électeurs de la métropole de Nice, ce serait notamment, à en croire un connaisseur de la politique niçoise, grâce à un accord entre Éric Ciotti et Charles Ange Ginésy, président du département des Alpes-Maritimes. Cet accord viserait à répartir les voix des grands électeurs de la métropole et de la majorité du conseil départemental.  Le président du département, à la tête d’une majorité qui compte des élus LR, UDR et Nouvelle Energie (le parti de David Lisnard, ndlr) avait soutenu Éric Ciotti dans sa campagne municipale à Nice et avait en conséquence était mis en retrait de LR.

« Elle est très porosité compatible avec l’extrême droite (sic)», pointe Dominique Estrosi Sassone en écho à des critiques formulées ces dernières semaines à l’encontre d’Alexandra Borchio Fontimp. Des critiques balayées par l’intéressée pour qui, au contraire, sa candidature clarifie son positionnement : « Je suis une femme de droite. Je n’aurai pas sur ma liste d’Horizons, de Renaissance comme je n’aurai pas d’UDR et de RN. Et je siégerai dans le groupe Les Républicains au sein de la majorité sénatoriale ». Manière de répondre à ceux qui voyaient l’ancienne porte-parole d’Éric Ciotti chez Les Républicains mener une liste étiquetée par le parti de son ancien mentor.

« Philippe Tabarot détient la clé »

En face, la sénatrice Dominique Estrosi Sassone ne devrait pas compter sur sa liste Philippe Tabarot. Le ministre des Transports ambitionnait de mener la sienne et d’en proposer la deuxième place sa collègue du groupe LR. « On a eu une discussion et j’ai dit que je n’entendais pas me mettre derrière sa candidature », répond Dominique Estrosi Sassone. Pourtant sans Philippe Tabarot, un élu local estime qu’elle pourrait ne pas réussir à conserver son siège. « Philippe [Tabarot] détient la clé. Ils ont tout intérêt à trouver un accord entre eux », avance-t-il.

Mais le ministre des Transports fait l’objet d’un signalement au procureur de la République transmis aujourd’hui par Éric Ciotti. Il vise des propos tenus par Philippe Tabarot à l’encontre du maire de Nice. L’ex-sénateur LR aurait traité le maire de Nice de « nabot » et l’aurait menacé de le « faire disparaître » en lui « envoyant des Géorgiens ». Réponse d’Éric Ciotti : « C’est surtout toi qui vas disparaître du Sénat », en référence aux prochaines élections sénatoriales. A trois mois du scrutin, le ton est donné.

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