Audition de Mathieu Gallet : « Le CSA est juge et partie », selon André Gattolin
Mathieu Gallet a été auditionné par les sages du Conseil de l’audiovisuel public lundi, ces derniers décideront de son maintien à la tête de Radio France. Une affaire qui fait écho à la réforme de l’audiovisuel public et à la fin de la nomination des dirigeants par le CSA.

Audition de Mathieu Gallet : « Le CSA est juge et partie », selon André Gattolin

Mathieu Gallet a été auditionné par les sages du Conseil de l’audiovisuel public lundi, ces derniers décideront de son maintien à la tête de Radio France. Une affaire qui fait écho à la réforme de l’audiovisuel public et à la fin de la nomination des dirigeants par le CSA.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le PDG de Radio France, Mathieu Gallet pourrait être prestement remercié à cause d’une récente condamnation pour favoritisme. Une affaire qui date de l’époque où il dirigeait l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Condamné en première instance à un de prison avec sursis et à 200.000 euros d’amende, Mathieu Gallet a interjeté appel, refusant par là même de remettre sa démission. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a fait savoir que le maintien de Mathieu Gallet à la tête de Radio France était « inacceptable » à ses yeux. Mais la décision finale revient aux sept membres du collège du CSA qui se prononceront mercredi.  

Le cas de Mathieu Gallet « a un peu accéléré les choses » confie le sénateur LREM André Gattolin. Il suit cette affaire comme le lait sur le feu. Et pour cause, en décembre dernier il déposait une proposition de loi pour réformer le mode de désignation des dirigeants de l’audiovisuel public. Le sénateur souhaite que la nomination des dirigeants soit confiée à un conseil d’administration et non plus au CSA. Une proposition cohérente avec les aspirations gouvernementales en vue de la réforme de l’audiovisuel public. Logique, puisqu’André Gattolin explique que « beaucoup de ces propositions émanent de (son) rapport sur l’audiovisuel public », réalisé en 2014 avec le sénateur Jean-Pierre Leleux.  

« C’est compliqué d’avoir un président avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête », juge André Gattolin. 

« C’est une honte en ce que j’ai pu voir ces dernières semaines de l’attitude des dirigeants », clamait Emmanuel Macron devant des parlementaires, selon les informations de Télérama. Un coup de semonce qui s’accompagne de la volonté de voir une « révolution culturelle de la télévision » et la création d’une « super holding » (société de portefeuille regroupant des participations dans diverses sociétés et en assure la direction). Informations ébruitées dans les colonnes du JDD. Dans son programme, Emmanuel Macron promouvait déjà le rapprochement des sociétés audiovisuelles publiques et le renforcement des conseils d’administrations « plus indépendants et plus ouverts dans leurs compositions » et surtout qui auraient en charge la désignation des dirigeants, « après appel public à candidatures. »  

« Je ne suis pas en service commandé comme ça a pu être dit », insiste en préambule André Gattolin qui précise que ses travaux sur l’audiovisuel public sont antérieurs à la candidature d’Emmanuel Macron. Le sénateur s’est fait remarquer lors d’un passage radio (Europe 1) où il tirait tous azimuts sur l’audiovisuel public. Financièrement exsangues, pressés par les exigences de réductions budgétaires, les médias publics sont sous tensions, à France télévision notamment (lire notre article). Fin connaisseur du dossier, André Gattolin plaide pour une forme de big bang tant sur le plan statutaire que sur la définition des programmes.  

Vers une révolution culturelle et statutaire de l'audiovisuel public 

« C’est compliqué d’avoir un président avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête », juge le sénateur de LREM qui refuse de jeter la pierre sur Mathieu Gallet. Pour autant, cette affaire souligne le fait que « le CSA est juge et partie », « Monsieur Gallet a été nommé à l’unanimité (par le CSA NDLR) à l’époque », rappelle André Gattolin. Le conseil d’administration - en charge de nommer et démettre les dirigeants – qu’il appelle de ses vœux, ne connaîtrait pas cet écueil, selon lui. Il s’agirait d’une assemblée composée pour partie de représentants de l’État et de la société civile. Des personnalités qualifiées qui seraient suggérées au Premier ministre et dont la nomination serait soumise au vote de la majorité des 3/5e des parlementaires des commissions des affaires culturelles du Sénat et de l’Assemblée nationale (lire notre article). Un procédé un peu technique qui garantirait une « impartialité », selon le sénateur.

Autre point technique : la création d’une super holding du service public. « Un organisme de ce type permettrait d’avoir une vue d’ensemble et de s’assurer qu’il y a des coopérations entre les différents médias », plaide André Gattolin. Regardant outre-Manche, il prend régulièrement en exemple la BBC, la société de production et de diffusion de programmes de radio et de télévision britannique.

Prochaine étape : la réforme de l'Action publique CAP22

Côté programme, son constat est sans appel. « Il faut réfléchir la télévision au regard du service public », lance-t-il visiblement insatisfait. Et d’énumérer toutes les absurdités actuelles : les captations d’Opéras et autres évènements jamais diffusés, le fait que les droits audiovisuels deviennent la propriété du producteur privé même quand sa participation financière est moindre, la vente de la chaîne Histoire au groupe TF1, etc.

Les six dirigeants des médias publics rencontrent de nouveau la ministre de la Culture, le 2 février, ils discuteront des évolutions à venir. Parallèlement, un groupe de travail informel planche sur le dossier à l’Assemblée nationale, selon le JDD, dans le cadre des 5 chantiers de Françoise Nyssen pour la refonte de l’audiovisuel public. Les orientations seront arrêtées et présentées à l’issue de la grande réforme de l’action publique CAP22, en mars prochain.

Partager cet article

Dans la même thématique

Audition de Mathieu Gallet : « Le CSA est juge et partie », selon André Gattolin
8min

Politique

François-Xavier Bellamy : "Rétablir [des relations normales] avec le régime de Poutine serait une forme de trahison"

Au sortir d'un été marqué notamment par une intensification du conflit entre la Russie et l'Ukraine, et une crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et du groupe du PPE au Parlement européen, est l'invité de Caroline de Camaret dans Ici l’Europe sur France24, LCP et Public Sénat.

Le

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le