La Russie est accusée par l’Allemagne d’avoir piloté des drones pour organiser un attentat sur un aéroport à Leipzig. Néanmoins, elle était cette semaine présente au G20 et les Européens n’en sont pas très contents puisqu’ils considèrent que c’est très prématuré. Qu’est-ce que vous pensez ?
Il y a aujourd’hui la confirmation à travers ce qui s’est passé à Leipzig de ce que nous savons, que nous voyons sur d’autres terrains, de ce que nous avons vu dans d’autres pays européens : la Russie cherche à tester l’Europe. Elle cherche à tester l’OTAN. Et c’est une situation qu’il faut prendre très au sérieux, parce que je crois qu’il y a là le signal de l’urgence pour l’Europe d’être plus forte. Non pas pour aller à la guerre bien sûr, mais pour empêcher la guerre. Parce qu’on n’empêche pas la guerre, la menace et le conflit dans la faiblesse et la vulnérabilité. C’est la raison pour laquelle nous avons le devoir de renforcer nos armées nationales et de le faire ensemble au plan européen. C’est pour cette raison que j’ai porté par exemple le projet européen pour l’industrie de défense, EDIP, qui est rentré maintenant en application, qui permet que notre industrie de défense soit consolidée un peu partout en Europe, et en France en particulier. C’est un des grands atouts, et c’est aussi l’une des grandes responsabilités de la France, de faire en sorte que demain l’Europe soit mieux défendue, mieux protégée, et qu’ainsi elle dissuade de manière beaucoup plus forte toute perspective d’agression.
Mais faut-il reparler aux Russes, et en particulier quand les Américains les invitent à un G20, à la surprise de tous ?
Je pense qu’on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé, comme si rien ne se passait. La Russie aujourd’hui encore, avec la décision de Vladimir Poutine d’attaquer l’Ukraine de manière unilatérale, est en train de mener une guerre contre le peuple ukrainien, contre les civils ukrainiens. Et je voudrais dire que, dans les moments dramatiques que nous aurons vécus cet été, il y a ces nouvelles atroces qui nous parviennent d’Ukraine, de manière répétée, ces nouvelles de bombardements contre des populations civiles, contre des enfants, des familles, dans des lieux où il n’y a pas d’infrastructures militaires, pas d’objectifs militaires. Cette situation-là, elle est intolérable. Et d’une certaine manière, rétablir la Russie – bien sûr qu’à moyen et long terme nous ne pouvons qu’espérer renouer avec le peuple russe et retrouver des relations d’amitié avec le peuple russe – mais aujourd’hui, remettre le régime de Vladimir Poutine au rang des pays avec lesquels nous aurions des relations normales, ce serait en fait une forme de trahison de ce qui constitue je crois l’âme, l’esprit, l’intérêt, la sécurité de l’Europe. Et aussi les engagements qu’elle doit tenir pour pouvoir se faire respecter.
La Commission européenne a décidé de suspendre temporairement les importations de viande bovine en provenance du Brésil, et ce quelques mois seulement après l’entrée en vigueur de l’accord contesté de libre-échange avec les pays du Mercosur. La Commission européenne estime que le Brésil n’a pas donné de garanties suffisantes sur l’utilisation abusive d’antibiotiques dans l’élevage. Est-ce qu’on fait bien ?
La Commission européenne, d’une certaine manière, finit par reconnaitre la légitimité du combat que nous avons mené pendant des années contre cet accord avec le Mercosur. Non pas que nous soyons contre le commerce international, mais nous avons la certitude que n’avons pas le droit – après avoir imposé des règles toujours plus contraignantes aux agriculteurs qui produisent chez nous – d’accepter d’importer ensuite des produits du monde entier qui ne respectent aucune de nos règles et de supprimer les droits de douanes pour que ces pays puissent inonder nos marchés. C’est de la santé des Européens que l’on parle, c’est de la vie de nos concitoyens, mais c’est aussi, bien sûr, de la possibilité pour notre agriculture de continuer de produire sur notre sol. Nous avons besoin de cette sécurité alimentaire et, d’une certaine manière, en montrant si rapidement après la mise en œuvre provisoire du Mercosur, que le Brésil n’est pas conforme – l’un des plus grands pays du Mercosur, le plus grand pays agricole de ce bloc n’est pas capable de simplement garantie la fiabilité de ses productions sur le plan sanitaire- et bien la commission européenne, même si cette mesure est probablement temporaire, montre que nous avions raisons de tirer la sonnette d’alarme.
Autre crise : Ceuta, l’enclave espagnole en Afrique du Nord a plongé l’Espagne dans la crise avec 80 000 migrants en situation irrégulière fin juillet, dont 10 000 qui sont toujours sur place, bloqués. Les Européens, au lieu de faire preuve de solidarité comme ils l’avaient fait par le passé dans de grandes crises migratoires, ont pointé du doigt cette Espagne. Est-ce parce qu’elle est dirigée par le social-démocrate Pedro Sanchez ? Est-il responsable et coupable plus que les autres ?
Il est parfaitement responsable. Ce n’est pas Ceuta qui a plongé dans la crise, c’est le gouvernement socialiste espagnol. Quand Pédro Sanchez dit, il y a quelques mois, qu’il va régulariser un million d’étrangers en situation irrégulière sur son sol, quand il dit publiquement qu’il veut faire en sorte que ceux qui sont rentrés ou restés illégalement en Espagne, donc en Europe, puissent recevoir des papiers, qu’est-ce qu’il fait en réalité ? Il envoie un message au monde entier. Et moi je comprends que ce message soit reçu. Et je comprends tous ceux qui, sur le continent africain, se disent je veux arriver en Europe, je veux pouvoir tenter ma chance, je vais utiliser cette voie d’accès qui m’est offerte par un gouvernement qui décide de récompenser l’illégalité, et donc de se faire le complice de tous les réseaux de passeurs qui bénéficient de cette illégalité.
Vous avez justement porté au Parlement européen le règlement « Retours », et à cette occasion, mis en place une alliance alternative entre le Parti populaire européen – donc votre parti, les Républicains – et les groupes plus à l’extrême droite, les Patriotes – donc le Rassemblement national. Jusqu’où cette alliance est-elle souhaitable ?
Vous savez, la question, il faut la poser à nos collègues macronistes, il faut la poser à nos collègues socialistes. Moi, j’aurais rêvé que le règlement retour soit voté par tout le Parlement européen. Parce que je pense que le sujet de la lutte contre l’immigration illégale, c’est un sujet qui devrait nous réunir. Parce que je pense qu’on peut débattre autant qu’on voudra de : est-ce qu’il faut plus ou moins d’immigrations illégales ? Moi, je pense qu’il en faut beaucoup moins, mais je comprends que cette question puisse animer la discussion dans le pluralisme démocratique. En revanche, tous les gens qui défendent en permanence l’État de droit, je pense à nos collègues macronistes ou à la gauche, qui s’indignent dès qu’ils détectent une atteinte à l’État de droit – et à raison – : mais comment se peut-il alors qu’ils aient choisi de protéger l’État de non-droit que nous connaissons aujourd’hui en matière d’immigration ?
Est-ce qu’au niveau national vous pensez que les Républicains doivent faire alliance avec le Rassemblement National ?
Je défends la candidature de Bruno Rotailleau en France. Je continue de me battre pour son élection. Aujourd’hui, Marine Le Pen est candidate. Je ne me reconnais pas dans sa candidature pour de nombreuses raisons. Quand elle lance sa campagne en disant qu’elle renouvelle sa promesse de garantir la retraite à 60 ou 62 ans pour les Français, c’est une folie. On a appris au moment, où je vous parle, que la France emprunte à des taux d’intérêt qui sont records depuis la crise financière de 2008. Dans cette situation-là, promettre que nous allons continuer d’endetter le pays pour payer les retraites – ce qui est surtout le sujet sur lequel nous devrions éviter de piller nos petits enfants – et bien cette promesse-là, elle me paraît être incroyablement dangereuse pour l’avenir de la France, mais aussi pour la stabilité de l’Europe dans son ensemble.
Retrouvez l’intégralité de l’interview de François-Xavier Bellamy, suivie d’un débat au Parlement de Bruxelles consacré la réforme de la diplomatie européenne ici