Bellamy sous les 10%, « séisme pour la droite », haro sur Wauquiez
"Un séisme pour la droite": quatrième derrière les écologistes, sous la barre des 10% aux européennes, la liste de François-Xavier Bellamy a...

Bellamy sous les 10%, « séisme pour la droite », haro sur Wauquiez

"Un séisme pour la droite": quatrième derrière les écologistes, sous la barre des 10% aux européennes, la liste de François-Xavier Bellamy a...
Public Sénat

Par Baptiste PACE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Un séisme pour la droite": quatrième derrière les écologistes, sous la barre des 10% aux européennes, la liste de François-Xavier Bellamy a réalisé le pire résultat national de l'histoire des Républicains (LR), une gifle pour Laurent Wauquiez dont la stratégie va être vivement contestée.

"C'est un résultat catastrophique", s'alarme un haut dirigeant de LR en quittant le siège du parti où l'atmosphère s'est peu à peu alourdie à mesure qu'approchait 20h00. Selon les estimations, la liste Bellamy recueille entre 8 et 9%, loin des 11 à 14% que lui prêtaient les ultimes sondages.

"Nous n'avons pas pu faire entendre notre voix. Et ce résultat n'est évidemment pas à la hauteur des espoirs soulevés pendant la campagne", a concédé M. Wauquiez, le visage serré, lors d'une brève déclaration.

Le patron de LR s'est donné "trois ans" pour bâtir "une nouvelle voie" pour la présidentielle de 2022, accusant Emmanuel Macron d'avoir été "l'artisan de la progression" du Rassemblement national.

Après ce premier scrutin intermédiaire du quinquennat, LR voulait se présenter en "première alternative crédible" à Emmanuel Macron. Immense déception: le parti gaulliste est quatrième derrière Europe Écologie-Les Verts. Une humiliation pour un parti déjà traumatisé de la troisième place de François Fillon au premier tour de la présidentielle de 2017.

"C'est un séisme pour la droite, son plus mauvais score en France, alors que la droite européenne progresse", a réagi un proche de la présidente de l'Île-de-France Valérie Pécresse, rivale de Laurent Wauquiez.

Francois-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes, le 26 mai 2019 à Paris
Francois-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes, le 26 mai 2019 à Paris
AFP

Enseignant en philosophie et élu local de Versailles, choisi dans le scepticisme général par M. Wauquiez avant de séduire les militants LR durant la campagne, François-Xavier Bellamy ne réalise donc pas la moitié du résultat obtenu en 2014 (20,81%) et le nombre d'eurodéputés LR à Strasbourg devrait être divisé par deux.

"La droite traverse une crise profonde, tout est à reconstruire", a réagi M. Bellamy.

Sa liste arrive également en deçà du score (15,77%) totalisé par le candidats LR lors des élections législatives de 2017, quand une partie des cadres avaient déjà rejoint Emmanuel Macron au gouvernement.

Elle se classe en dessous du pire score (12,82%) réalisé lors d'élections européennes par Nicolas Sarkozy en 1999.

- Pression sur Wauquiez -

En privé, l'ex-chef de l'État a souligné qu'il avait alors cédé la direction du parti. Une manière de mettre la pression sur les épaules de Laurent Wauquiez, contesté depuis son élection à la tête du parti fin 2017.

"C'est un désaveu pour Laurent Wauquiez et la ligne choisie depuis janvier 2018", juge un proche de Mme Pécresse, qui a fondé son propre mouvement, Libres!, associé à LR.

La semaine promet donc d'être agitée au sein du parti de droite, sur un paradoxe: au fur et à mesure de la campagne, les voix les plus sceptiques sur le choix de M. Bellamy, dont celle du président du Sénat Gérard Larcher, avaient fini par se rétracter, au vu du succès remporté dans les meetings.

Le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez (G) et le président du sénat Gérard Larcher, le 15 mai 2019 à Paris
Le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez (G) et le président du sénat Gérard Larcher, le 15 mai 2019 à Paris
AFP

Mais les critiques momentanément mises en sourdine devraient rapidement resurgir au sujet de la ligne prônée par M. Wauquiez, du profil "conservateur" de la tête de liste comme de sa gouvernance jugée "solitaire" au sommet du parti.

"Disons la vérité, c'est un échec", a réagi M. Larcher dimanche soir. Pour le président du Sénat, LR "devra repenser sa ligne politique", "rassembler plus largement" et "exprimer plus clairement la diversité qui le compose".

"Notre stratégie n'a pas été la bonne", a jugé l'ancienne ministre Rachida Dati.

Le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau a "lancé un appel à toutes les personnalités des Républicains et des centristes pour, enfin, refonder".

"La droite doit désormais refonder son projet autour de questions économiques, sociales et environnementales. Nous devons tous prendre conscience que le conservatisme sociétal et les questions identitaires seules ne nous permettront jamais de gagner l'élection présidentielle", a averti, auprès de l'AFP, le 2e vice-président du parti et député de l'Ain Damien Abad.

Du côté de Matignon, on juge que LR est devenu "une micro-niche partisane". Ce "crash", "ça veut dire que le pari stratégique et politique du président fonctionne", juge un proche d'Edouard Philippe, qui a quitté LR en rejoignant Emmanuel Macron.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le