Bioéthique : les sénateurs de gauche dénoncent un examen « ubuesque » et « un désordre législatif »
Pour protester contre les conditions d’examen du texte sur la bioéthique, les sénateurs de gauche ont retiré leurs amendements sur l’article 4 sur la filiation. Son examen ne fait plus sens, après le rejet de l’article 1 sur la PMA hier. Il devrait cependant être réintroduit à la fin du texte.

Bioéthique : les sénateurs de gauche dénoncent un examen « ubuesque » et « un désordre législatif »

Pour protester contre les conditions d’examen du texte sur la bioéthique, les sénateurs de gauche ont retiré leurs amendements sur l’article 4 sur la filiation. Son examen ne fait plus sens, après le rejet de l’article 1 sur la PMA hier. Il devrait cependant être réintroduit à la fin du texte.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Rien ne va plus. Faites vos jeux. La première journée d’examen du projet de loi sur la bioéthique s’est terminée mardi dans la confusion. La seconde a repris sur la même lancée. La nuit dernière, les sénateurs ont rejeté l’article 1 ouvrant la PMA à toutes les femmes (lire ici pour plus de détails), pourtant adoptée en première lecture. La faute à un imbroglio qui a mené à l’adoption de la PMA post-mortem, qui a tout chamboulé. Dans ces conditions, la majorité sénatoriale de droite a préféré rejeter l’article 1, tout en annonçant une seconde délibération à venir. La gauche, qui défend la PMA post-mortem, s’est pour sa part abstenue car la majorité a adopté un amendement excluant les femmes seules de la PMA. Autrement dit, personne n’était content (lire ici).

Le pataquès de la veille a laissé des traces

A la reprise des débats, ce mercredi, le pataquès de la veille a visiblement laissé des traces. Surtout, il complique l’examen du texte, arrivé à l’article 4, celui qui porte sur la filiation. La gauche monte au créneau face à une situation qu’elle juge ubuesque. « Le sort de l’article 1 est assez obscur à l’heure où je m’exprime, car il doit faire l’objet d’une seconde délibération dont je n’ai pas compris le contour », souligne la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gontrie. « Se positionner sur un article 4 qui organise le système de la filiation, justifié par un article 1 qui n’existe plus et qui existera peut-être… Tout cela rend les choses complexes », constate la sénatrice de Paris. Elle demande à la commission ou au gouvernement de « réserver » l’article 4, c’est-à-dire de l’examiner après quand on connaîtra « le sort » de l’article 1.

Le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, enchaîne : « Les débats sur la filiation en cas de PMA doivent se dérouler en toute connaissance de cause des choix à venir du Sénat (sur l’article 1), dans un souci de clarté et de sincérité des débats ».

« Ce n’est pas très logique mais c’est ainsi… »

« Je ne nie pas les difficultés qui existent du fait qu’hier l’article 1 ait été supprimé », reconnaît la corapporteure LR Muriel Jourda. Mais, problème : « La seconde délibération ne peut avoir lieu qu’en fin de texte. Et si nous réservons l’article 4, nous ne pourrons en délibérer qu’avant la seconde délibération sur l’article 1, ce qui ne changerait pas grand-chose. Quoi qu’il arrive, nous ne pouvons délibérer sur l’article 4 qu’avant l’article 1. Ce n’est pas très logique mais c’est ainsi… » Les sénateurs se retrouvent donc coincés, tout en étant obligés de continuer. La situation n’est pas loin de faire penser aux Shadoks.

Des explications qui ne suffisent pas à la communiste Laurence Cohen. « Je me trouve devant une situation assez inédite. D’un point de vue purement logique, nous allons nous prononcer sur un article 4, comme ça, en apesanteur. Et défendre des amendements sur quelque chose qui n’existe pas… » Elle ajoute :

Avouez que parler d’un article qui ne sera plus rattaché et qui n’aura plus de sens, avec des amendements qui ne vont pas tenir, c’est ubuesque, sur des sujets extrêmement attendus. […] Ça ne donne pas une image du Sénat sereine et responsable.

Les sénateurs buttent en réalité sur le règlement du Sénat. « Sauf si la commission demande la réserve de l’article 4, l’article sera débattu. C’est la règle », insiste le sénateur LR Roger Karoutchi, qui préside la séance. Or Alain Milon, président LR de la commission spéciale, ne demande pas la réserve.

Pour la majorité présidentielle, c’est l’occasion d’enfoncer le clou. « Je suis inquiète. Depuis le début de l’examen du texte en seconde lecture, le texte a été vidé », regrette la sénatrice LREM Patricia Schillinger, avant d’ajouter :

Il est dommage de voir que par des suppressions qui se suivent et se ressemblent, le texte ne devient qu’un squelette qui ne répond pas aux attentes légitimes des Français.

« On est dans un grand jeu de quilles où il n’y a plus grand-chose qui tient »

Dans ces conditions, les groupes PS et écologistes annoncent qu’ils retirent tous leurs amendements sur l’article 4. « On n’écrira pas un droit putatif. Car l’article 1er n’existe pas. Nous serons cohérents car la commission ne souhaite pas l’être. Nous retirons nos amendements, […] nous ne participerons pas au vote sur une question qui n’existe pas à l’heure actuelle. Vous créez un désordre législatif de premier ordre », attaque le socialiste Bernard Jomier. Regardez :

« C’est un peu compliqué d’avoir de l’ordre dans ce grand désordre. Ça fait quatre mois que je suis au Sénat. Je pensais avoir des choses ordonnées. Et là, on est dans un grand jeu de quilles où il n’y a plus grand-chose qui tient », tranche le sénateur EELV Daniel Salmon. Attaqué, Alain Milon répond que l’abstention de la gauche hier sur l’article 1 « a facilité le vote contre ». « Et en ce qui me concerne, j’ai voté pour » ajoute le président de la commission, favorable à la PMA.

L’examen de l’article 4 a donc eu lieu, malgré tout. Et pour le coup, rapidement. Les sénateurs ont quand même pu adopter l’amendement de la sénatrice LR Martine Berthet, qui rétablit la version du texte adopté par le Sénat en première lecture. Pour la femme « qui n’a pas participé à la procréation » dit l’amendement, « il propose de l’établir par la voie d’une procédure d’adoption rénovée et accélérée, sous le contrôle du juge dans l’intérêt de l’enfant ». Mesure qui « utilise les outils du droit existant sans bouleverser les principes fondamentaux de la filiation ». Après ces nouvelles tensions, les élus de la Haute assemblée ont pu retrouver une certaine sérénité sénatoriale pour la suite de l’examen du projet de loi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Bioéthique : les sénateurs de gauche dénoncent un examen « ubuesque » et « un désordre législatif »
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Bioéthique : les sénateurs de gauche dénoncent un examen « ubuesque » et « un désordre législatif »
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

Bioéthique : les sénateurs de gauche dénoncent un examen « ubuesque » et « un désordre législatif »
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le