Code du travail: la CGT méfiante devant la manif de La France insoumise
Deux manifestations contre la réforme du travail qui risquent de se faire concurrence: des tensions apparaissent entre La France insoumise, qui...

Code du travail: la CGT méfiante devant la manif de La France insoumise

Deux manifestations contre la réforme du travail qui risquent de se faire concurrence: des tensions apparaissent entre La France insoumise, qui...
Public Sénat

Par Lucile MALANDAIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Deux manifestations contre la réforme du travail qui risquent de se faire concurrence: des tensions apparaissent entre La France insoumise, qui compte occuper seule le terrain de l'opposition politique, et la CGT, méfiante devant toute récupération.

Après pas mal d'allers-retours, la rencontre aura bien lieu mercredi entre les deux responsables: Jean-Luc Mélenchon et son groupe parlementaire recevront à l'Assemblée nationale à 14H30 Philippe Martinez et une délégation de la CGT.

Ces derniers jours, l'atmosphère s'était tendue entre les deux organisations, le syndicat craignant que l'initiative de M. Mélenchon d'organiser sa propre manifestation contre les ordonnances réformant le code du travail, le 23 septembre, agisse comme un "court-circuitage" de sa propre journée d'actions programmée le 12.

"C'est une manif comme une autre, nos luttes ne convergent absolument pas, chacun son rôle", assure officiellement la CGT, qui minimise également l'importance de la rencontre de mercredi.

Mais dans les couloirs du syndicat, ça grince. "La manifestation de LFI se télescope un peu avec la nôtre, Mélenchon est dans un combat de leadership dans son opposition à Emmanuel Macron", position que Philippe Martinez ne lui dispute pas, affirme un responsable.

"En tant que militant progressiste, je suis très dubitatif sur sa stratégie de bouffer tout le monde au moment où la gauche est en morceaux", ajoute-t-il.

Quoiqu'il en soit, alors que LFI appelle ses militants à venir grossir les rangs des salariés le 12, Philippe Martinez a déjà prévenu qu'il ne serait pas présent le 23. Comme le Parti communiste, le syndicat fait partie de 150 organisations qui ont appelé ce jour-là à des marches pour la paix.

Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à Marseille le 27 août 2017
Le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à Marseille le 27 août 2017
AFP/Archives

Mardi, M. Mélenchon a insisté sur le fait que s'il voulait faire du 23 septembre une "déferlante" populaire, il s'agissait de "la manifestation de tous ceux qui veulent". "Il y a onze jours d'écart entre les deux, il n'y a pas de compétition" entre les manifestations, a-t-il assuré.

De fait, la CGT et d'autres syndicats pourraient appeler à une autre journée d'action avant le 23. Et la manifestation syndicale doublée d'un appel à la grève intervient un jour de semaine, traditionnellement privilégié pour la mobilisation des salariés, quand celle de LFI se déroulera un samedi.

- 'Longue tradition de méfiance' -

"Pour nous, c'est complémentaire, pour que le 23 soit réussi, il faut que les journées précédentes soient réussies, qu'il y ait un effet d'entraînement", fait valoir le député LFI Eric Coquerel. "La bataille est tellement importante que chacun doit y contribuer, cette loi concerne aussi l'intérêt général du pays", proteste-t-il.

Il estime que le week-end fait davantage partie du champ d'action politique, lorsque l'on manifeste en famille et sans avoir besoin de se mettre en grève.

Le secrétaire général du syndicat CGT Philippe Martinez quitte l'hôtel Matignon à Paris après une rencontre avec le Premier ministre, le 24 juillet 2017
Le secrétaire général du syndicat CGT Philippe Martinez quitte l'hôtel Matignon à Paris après une rencontre avec le Premier ministre, le 24 juillet 2017
AFP/Archives

Il est vrai, rappelle M. Coquerel, que LFI a conquis pendant la campagne une "capacité de mobilisation de masse" inédite ces dernières années pour un mouvement politique.

"Quand on est un mouvement politique, les objectifs sont différents de quand on est un syndicat", argumentait M. Martinez la semaine dernière, laissant transparaître la "longue tradition de méfiance" des syndicats à l'égard des partis politiques, selon Philippe Braud, professeur de sciences politiques à Science Po.

"Manifestement Mélenchon a envie de canaliser vers lui le mécontentement qui s'exprimera le 12 septembre", observe-t-il, évoquant "une captation de la plate-forme protestataire de la CGT".

L'ancien candidat à la présidentielle théorise en effet son rapport direct "au peuple" dans le cadre d'une "révolution citoyenne" justifiant un radicalisme qui exclut tout compromis. "Dans ce pays, nous avons admis un peu trop facilement que les représentants du peuple soient éliminés des discussions quand les partenaires sociaux ont parlé", avait-il déploré il y a quelques mois.

Mardi, il a assuré que si le 23 septembre était un succès, il rencontrerait les syndicats pour envisager la suite. "Je suis prêt à me mettre derrière les syndicats, s'ils s'accordent entre eux, pour nous proposer un rendez-vous", a-t-il garanti.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Caf Nationale inauguration
8min

Politique

Politique familiale, allocations, crèches : que proposent les candidats à la présidentielle ?

Alors qu’Edouard Philippe met sur la table la création d’une allocation familiale unique de 350 euros, Gabriel Attal se penche sur les familles monoparentales, quand Bruno Retailleau propose un revenu familial de 240 euros par mois dès le premier enfant, et Marine Le Pen la préférence nationale pour les familles françaises candidate à un HLM. L’écologiste Marine Tondelier propose elle un congé d’allaitement choisi et indemnisé. Revue de détails.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
6min

Politique

Le vote du premier tour de la primaire du PS perturbé par une cyberattaque

Alors que quelque 140 000 électeurs sont invités à exprimer leur préférence pour le premier tour de la primaire organisée à gauche, les opérations de vote sont perturbées depuis l’ouverture du scrutin ce vendredi matin. Les organisateurs font état d’une cyberattaque visant à saturer la plateforme de connexion. Les trois partis à l’origine de cette primaire, dont le Parti socialiste et Place publique, ont saisi la justice.

Le

Paris: Marine Le Pen presentation contre budget
5min

Politique

Préférence nationale : la proposition du RN de taxer l’embauche de travailleurs étrangers inquiète les entrepreneurs

Dans le contre-budget du RN présenté cette semaine par Marine Le Pen et Jordan Bardella, figure une mesure passée relativement inaperçue. Elle vise à taxer l’embauche d’un étranger extra-communautaire de 1 000 euros par an. La mesure a suscité un fort rejet de la part des syndicats patronaux qui rappellent au RN le principe de réalité du marché du travail.

Le