Cyberattaques russes contre Macron ? «Le Kremlin a d’autres chats à fouetter» répond Vladimir Fedorovski
Depuis quelques jours, les membres de l’équipe d’Emmanuel Macron dénoncent des tentatives de déstabilisation de la part de la Russie. Pour l’ancien diplomate russe, Vladimir Fedorovski, le président d’En Marche devrait apporter des preuves.

Cyberattaques russes contre Macron ? «Le Kremlin a d’autres chats à fouetter» répond Vladimir Fedorovski

Depuis quelques jours, les membres de l’équipe d’Emmanuel Macron dénoncent des tentatives de déstabilisation de la part de la Russie. Pour l’ancien diplomate russe, Vladimir Fedorovski, le président d’En Marche devrait apporter des preuves.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Après Hillary Clinton, le Kremlin aurait donc décidé de s’attaquer à Emmanuel Macron dont les positions en matière de politique internationale seraient peu susceptibles de s’accorder avec celles de Vladimir Poutine. Cette thèse est développée par l’équipe du candidat à la présidentielle depuis plusieurs jours. La première salve est donnée par Richard Ferrand, député PS secrétaire général du mouvement « En Marche ! »dans une tribune publiée par le journal le Monde. Il  y accuse Russia Today et SputnikNews, deux médias financés par le Kremlin, de « s’acharner à répandre sur Emmanuel Macron les rumeurs les plus diffamatoires ». Voilà pour la face émergée de l’iceberg. Mais les équipes du candidat à la présidentielle dévoilent également que « le site internet du mouvement (…) et ses infrastructures font l’objet de plusieurs milliers d’attaques mensuelles sous diverses formes ». « Depuis trente jours, nous avons subi quatre mille attaques » précise sur le site du journal Le Monde, Mounir Mahjoubi, responsable numérique de la campagne d’Emmanuel Macron. Selon cet ancien président du Conseil National du numérique, « la moitié des quatre mille attaques provient d’Ukraine ». « On a un doute sur l’origine des cyberattaques, mais nous n’avons aucun doute que la Russie est très active, sur les fake news et sur les réseaux sociaux » ajoute-il.

Des accusations jugées « absurdes » par le Kremlin

Les Français ont en effet pu apprendre « les rumeurs » sur la vie privée d’Emmanuel Macron. Dans une interview donnée à l’agence russe Sputnic, le député LR français Nicolas Dhuicq l’accuse carrément d’être soutenu par un « lobby gay ». Toutefois, les milliers de cyberattaques visant le site Internet d’En Marche étaient jusqu’ici inconnues. De là, est-il crédible d’y voir une tentative de déstabilisation à peine couverte de la part du Kremlin à l’encontre d’un des favoris de la présidentielle a priori pas vraiment russo-compatible ? Des accusations d'ingérence jugées « absurdes » par la présidence russe. « Nous n'avons pas et nous n'avons jamais eu l'intention de gêner les affaires intérieures d'un pays, encore moins son processus électoral », a assuré le Kremlin ce mercredi.

« Tous les candidats de toutes les élections du monde sont susceptibles d’être visés »

Pour Daniel Martin, ancien responsable du département système d’information de la DST, « ce genre d’attaques font désormais partie du jeu ». « Toutes les nations possèdent des cyber-bataillons qui pratiquent ce genre de choses. Le principe est que le lien hiérarchique entre ces groupements de hackers et les Etats Nations est impossible à déterminer.  Si vraiment Emmanuel Macron est attaqué par la Russie, vous pouvez être sûr qu’ils ne laisseront pas de traces derrière eux ».

 François-Bernard Huyghe, chercheur à l’IRIS  et spécialiste de la stratégie de l’information abonde dans ce sens. « Des cyberattaques  qui proviennent de l’intérieur des frontières russes ne prouvent pas qu’elles soient commanditées par l’Etat. De la même manière, les attaques de hackers français ne se font pas forcement sur ordre de François Hollande.  Tous les candidats de toutes les élections du monde sont susceptibles d’être visés. On parle de plusieurs choses. D’abord le sabotage, je ne pense pas qu’un virus particulièrement vicieux ou sophistiqué puissent faire perdre une élection. Ensuite, il y a l’espionnage, ce qui est arrivé à Hilary Clinton avec ses emails (piratés par des hackers basés en Russie et diffusée sur Wikileaks ndlr). Il faut ici se poser la question : qu’est ce qui est le plus ravageur pour le candidat, le fait d’avoir été espionné ou le contenu des informations dévoilées ?

« Macron est en train de faire une mise en scène destinée à faire oublier qu’il n’a pas de programme précis »

Autre question essentielle à 60 jours de l’élection présidentielle : la Russie cache-t-elle sa volonté d’ingérence dans le scrutin ? A en croire l’ancien diplomate russe et écrivain, Vladimir Fedorovski, le Kremlin a d’autres chats à fouetter ». « La Russie se désintéresse de l’Europe et de la France en particulier depuis l’affaire des Mistrals (dont la vente a été annulée en 2015 par la France en réponse à l’annexion russe de l’Ukraine ndlr) assure l’auteur de « Poutine de A à Z » (ed. Stock). « Emmanuel Macron devrait apporter des preuves car historiquement, l’espionnage concerne la Russie comme le monde occidental. J’ai travaillé avec Mikhaïl Gorbatchev et je peux vous dire que son téléphone a été écouté jusqu’au bout par la CIA. Emmanuel Macron est en train de faire une mise en scène destinée à faire oublier qu’il n’a pas de programme précis. Le niveau du débat politique est assez bas. Je n’ai jamais vu ça, c’est une honte » se désole-t-il.

 Des propos qui tranchent avec une tribune publiée dans le Huffington Post, ce mercredi, cosignée notamment par le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, Bruno Tertrais. « Ne nous y trompons pas, les objectifs de Moscou vont au-delà de l'élection de candidats favorables. La Russie cherche à affaiblir l'Occident de l'intérieur en érodant nos institutions, en créant un climat de doute, de mensonge, en insinuant que nos dirigeants ne valent pas mieux que les kleptocrates qui gouvernent le Kremlin et en propageant un système de valeurs antinomiques de nos principes fondamentaux » s’alarment les auteurs.

Alors que de nouvelles révélations sur des contacts répétés entre des proches de Donald Trump et le renseignement russe l'an dernier éclaboussent la Maison Blanche, François Hollande réclame, aujourd’hui, un rapport circonstancié sur les menaces de cyberattaques pesant sur la présidentielle. Sans citer la Russie, l’Elysée souhaite que les partis politiques engagés dans la campagne de la présidentielle mettent en place des « mesures spécifiques de protection et de vigilance ». Le Front national, selon Stéphane le Foll, porte parole du gouvernement, « n'a pas souhaité avoir ce type d'informations ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Olivier Faure convention municipales 2026
10min

Politique

Municipales : le PS fait du scrutin un « enjeu majeur » dans la bataille du leadership face à LFI

Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».

Le

Rachida Dati, at the Mutualite, 2026 municipal elections. Paris.
9min

Politique

Municipales 2026 : les LR visent la stabilité, tout en rêvant d’un exploit à Paris

En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.

Le

BORDEAUX : second round of mayoral elections
17min

Politique

Municipales : les enjeux détaillés, parti par parti

Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.

Le

« Le gouvernement est à l’action », tient à rassurer Sébastien Martin.
4min

Politique

Prix des carburants : « Il n’y a pas de risque de pénurie », déclare Sébastien Martin

En réaction aux bombardements israélo-américains, l’Iran a bloqué le détroit très stratégique d'Ormuz. Plus de 20 % des stocks de pétrole mondiaux y transitent par bateaux, entraînant une flambée du prix des carburants à travers le monde. Invité dans l’émission Bonjour chez vous, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à balayer les inquiétudes des particuliers et des professionnels.

Le