Dépense publique: le gouvernement en funambule avec Cap 22
Comme si de rien n'était, le gouvernement continue de maintenir un secret de polichinelle sur le rapport Cap 22 et ses pistes d...

Dépense publique: le gouvernement en funambule avec Cap 22

Comme si de rien n'était, le gouvernement continue de maintenir un secret de polichinelle sur le rapport Cap 22 et ses pistes d...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Comme si de rien n'était, le gouvernement continue de maintenir un secret de polichinelle sur le rapport Cap 22 et ses pistes d'économies dans la sphère publique, bien que son contenu, réclamé par les oppositions, ait déjà largement fuité dans la presse.

Défloré dans ses grandes lignes par Le Figaro cette semaine, après avoir percolé au compte-gouttes ces derniers mois, le rapport du Comité action publique 2022, commandé fin septembre, se décline en feuilleton.

Pas vraiment la stratégie idéale de communication imaginée par Matignon autour de ce document promis comme explosif dans ses propositions.

Plutôt que de le dévoiler d'un bloc lors de sa remise, puis de livrer ses arbitrages, le Premier ministre espérait en présenter les seules mesures retenues "au fur et à mesure" des réformes (fiscalité, accès aux soins, audiovisuel public...), de juillet à octobre, avant de le publier. Une manière de ne pas focaliser l'attention sur le chiffre global de 30 milliards d'euros d'amélioration des comptes publics, mais plutôt sur les différents axes de "transformation".

"Il me paraît qu'il est plus intéressant de discuter sur ce que nous allons faire que sur tel ou tel rapport. J'assume ça parfaitement", a souligné Edouard Philippe jeudi devant les sénateurs.

"J'ai le souvenir de beaucoup de rapports - j'ai même dû participer à certains d'entre eux - demandés par beaucoup de gouvernements, dans lesquels on proposait 50, 70, 100 propositions. Et le débat se concentrait alors sur une mesure", a-t-il ajouté pour illustrer la pertinence de sa tactique.

Car à Matignon, on fait valoir que "le rapport n'était pas là pour donner le la", contrairement par exemple à celui qui a guidé l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Lors de l'installation du comité d'une quarantaine d'experts, l'entourage du Premier ministre avait bien précisé qu'il était "consultatif" et non "décisionnel", dans une tentative précoce de désamorçage.

- "Secret défense" -

"Sur Cap 22 on a senti que le rapport n'allait non pas stimuler le débat mais l'amoindrir. Et qu'on allait débattre non pas des décisions du gouvernement mais des décisions du gouvernement au regard du rapport. Ce n'est pas ce qu'on veut faire", ajoute-t-on encore à Matignon.

Le précédent du rapport commandé à Jean-Louis Borloo sur les quartiers a également échaudé l'exécutif. Finalement très peu suivi par Emmanuel Macron, son traitement avait fini par éclipser les annonces du chef de l'Etat.

Malgré les fuites, le gouvernement se cramponne donc à sa méthode, désireux de montrer que "ça n'est pas à un rapport de dicter au fond le calendrier, l'ampleur, le séquençage de la manière dont nous souhaitons transformer le pays", dixit le porte-parole Benjamin Griveaux.

Mercredi, M. Philippe en a donné un exemple en retenant quatre orientations issues de Cap 22 sur le service public de l'emploi, tout en indiquant rejeter la préconisation d'ouverture à la concurrence pour Pôle emploi.

Cependant, le mystère relatif entourant Cap 22 a le don d'agacer, à l'image du patron des Républicains Laurent Wauquiez accusant le gouvernement de "bricoler dans (son) coin un plan secret".

Début juin, un député La République en marche déplorait amèrement "que les parlementaires aient été très éloignés de la réflexion".

"Cap 2022, c'est secret défense", a encore raillé mercredi sur franceinfo Gérard Larcher, président LR du Sénat.

Les présidents des commissions des Finances à l'Assemblée nationale et au Sénat, Eric Woerth (LR) et Vincent Eblé (PS), ont réclamé la publication sans tarder du rapport car "garder ses conclusions secrètes porte atteinte à la clarté du débat public et à l’information des parlementaires", selon le sénateur Vincent Eblé.

Philippe Laurent, membre du Cap 22 et secrétaire général de l'Association des maires de France, a fait savoir son "étonnement pour ne pas dire davantage" concernant le traitement du rapport, se disant "estomaqué par les fuites". Et refuse "d’être complice" de "ce qui s'apparente maintenant à un jeu de dupes".

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le