Des députés demandent « la reconnaissance officielle » de l’assassinat par l’Etat de Maurice Audin
Deux députés, Cédric Villani (LREM) et Sébastien Jumel (PCF) ont demandé à Emmanuel Macron "la reconnaissance officielle de l...

Des députés demandent « la reconnaissance officielle » de l’assassinat par l’Etat de Maurice Audin

Deux députés, Cédric Villani (LREM) et Sébastien Jumel (PCF) ont demandé à Emmanuel Macron "la reconnaissance officielle de l...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

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Deux députés, Cédric Villani (LREM) et Sébastien Jumel (PCF) ont demandé à Emmanuel Macron "la reconnaissance officielle de l'assassinat de Maurice Audin par l'armée française" à l'occasion du 86e anniversaire mercredi de la naissance du mathématicien communiste, disparu à Alger en juin 1957.

"L'initiative que nous organisons vise à obtenir une reconnaissance officielle devant l’opinion et, je me permets de le dire, l'engagement de la responsabilité de l’Etat dans la disparition et l'assassinat de Maurice Audin", a déclaré l'élu communiste de Seine-Maritime, lors d'une conférence presse à laquelle participaient également la veuve du mathématicien, Josette Audin, et son fils Pierre.

M. Villani, mathématicien engagé de longue date dans ce combat, a fait part "de l'intime conviction" du président de la République, qui s'est déjà entretenu avec la famille après son élection, "que Maurice Audin a été assassiné par l’armée française, ce dont je suis convaincu".

Le député de l'Essonne a demandé "davantage d’expression officielle à ce sujet". "C'est le devoir de l'Etat de mettre tout en œuvre pour ce travail de vérité", a jugé ce lauréat de la médaille Fields (le "Nobel" des mathématiques", ndlr), pour qui "une expression au plus haut niveau doit s'engager à ce sujet" et "accompagner humainement la famille qui souffre depuis 60 ans".

Devant l'Association de la presse ministérielle mardi soir, Emmanuel Macron a souhaité qu'il y ait "toutes les expertises historiques pour établir le maximum de vérité et procéder aux reconnaissances qui sont dues".

"Toutes les pièces seront ouvertes, y compris celles qui ne l'ont pas été" depuis l'ouverture des archives en 2014, a assuré le chef de l'Etat. Il ne serait "pas raisonnable de reconnaître un crime d'Etat sans avoir les preuves" formelles, a-t-il estimé, mais "nous allons mettre tous les moyens en notre pouvoir pour l'établir".

- "Conscience à libérer" -

Arrêté à son domicile à Alger le 11 juin 1957 en présence de sa femme par des parachutistes, Maurice Audin, 25 ans, est soupçonné d'héberger des membres de la cellule armée du Parti communiste algérien. Il est torturé à plusieurs reprises dans une villa d'El Biar, un des quartiers d'Alger, en compagnie d'Henri Alleg, futur auteur de "La Question", livre dénonçant la torture.

Dix jours plus tard, Josette Audin apprend officiellement que son mari s'est évadé lors d'un transfert. En dépit de son invraisemblance, cela restera la version officielle jusqu'à ce que François Hollande affirme en 2014 que "M. Audin ne s'(était) pas évadé" mais était "mort durant sa détention".

Dans "La vérité sur la mort de Maurice Audin" (Equateurs), paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Massu, patron de la 10e division parachutiste (DP) pendant la bataille d'Alger. Un ordre répercuté par Paul Aussaresses, alors officier de renseignements dans l'un des quatre régiments de la 10e DP.

Cette conférence de presse est intervenue le jour où L'Humanité publie un nouveau témoignage, celui d'un appelé du contingent qui pense "avoir enterré Maurice Audin".

Ce témoin dit avoir enterré, près de la ville de Fondouk, deux corps, à la demande d'un parachutiste qui lui précise alors que l'un est "une saloperie de communiste". Ces deux corps, "passés à la lampe à souder pour qu'on ne puisse pas les identifier", "c'est une grosse prise" et "il ne faut jamais que leurs corps soient retrouvés", a expliqué ce parachutiste à l'appelé.

Pour Pierre Audin, ce nouveau témoin montre la nécessité "d'une déclaration du président de la République pour que les gens qui ont une conscience à libérer le fassent" avant de mourir.

"Ce témoignage a l’intérêt de montrer les horreurs des exécutions sommaires et de la torture", a-t-il ajouté. "Est-ce qu’on pourra prouver qu’il s'agit de Maurice Audin on d’un autre?", s'est-il interrogé, en rappelant que "3.000 personnes ont disparu" pendant la bataille d'Alger en 1957.

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