Coup de chaud dans les Bouches-du-Rhône. La préparation des listes pour l’élection sénatoriale du 27 septembre prochain n’est pas un long fleuve tranquille dans le département. Car la sénatrice LR sortante Valérie Boyer a finalement décidé de faire bande à part. Elle ne sera pas sur la liste du président (Renaissance, ex-LR) de la région PACA, Renaud Muselier, a révélé Le Figaro. Un nouvel épisode, qui n’est pas le premier autour de cette liste : la ministre Renaissance Sabrina Roubache avait menacé de monter sa propre liste, avant de finalement jeter l’éponge.
La décision de Valérie Boyer peut surprendre au premier abord. L’ancienne adjointe de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille s’était dit en mai dernier, sur publicsenat.fr, « candidate à (sa) réélection aux sénatoriales », jugeant alors « tout à fait imaginable » de faire liste commune avec le président de la région PACA.
Renaud Muselier avait accepté la seconde place pour débloquer la situation
Jusqu’ici, le plan prévu était le suivant : une liste d’union LR-Renaissance, avec la sénatrice UDI sortante, Brigitte Devésa en tête, suivie de Renaud Muselier, puis Valérie Boyer, et Michel Pécout (LR), les listes devant alterner homme/femme pour la parité. Cette composition avait reçu l’investiture officielle de la commission nationale d’investiture de LR, présidée par le sénateur Roger Karoutchi.
Si l’on pouvait imaginer dans un premier temps Renaud Muselier mener la liste, ce dernier a proposé cette solution pour débloquer les choses, et ainsi permettre, sur le papier, aux deux sénatrices sortantes, tout comme au président de région, d’être élus. De quoi satisfaire les chapeaux à plume de la droite et du centre.
« Les maires ont envie d’une droite affirmée »
Mais Valérie Boyer se serait bien vue mener la liste. « J’étais plutôt d’accord pour une liste commune. Mais c’est la tête de liste qui colore la liste, surtout aux sénatoriales. Et moi, je ne suis pas une macroniste. Ma collègue est UDI, ex-Modem, et avec Renaud Muselier qui est Renaissance, ça ne correspondait ni à mes engagements, ni à ce qu’il se passe dans le département, où les maires ont envie d’une droite affirmée », explique ce vendredi Valérie Boyer, qui réclamait « un accord mieux équilibré », avec elle comme tête de liste. « Ça aurait été logique. J’étais deuxième la fois précédente, et eu égard au travail et mon engagement, et surtout pour la représentation des LR », soutient Valérie Boyer.
Mais la demande n’a pu être entendue, notamment en raison d’équilibres politiques locaux : « Brigitte Devésa représente tout le Pays d’Aix, elle est soutenue par la maire d’Aix-en-Provence, qui a été brillamment réélue. Et Hervé Marseille, le président de l’UDI, la soutient. Valérie Boyer est soutenue par LR, mais elle est de Marseille, où les LR ont tout perdu. Donc en nombre de voix, de grands électeurs, ça ne pèse pas », décrypte un connaisseur des rapports de force locaux, qui ajoute que « le national, avec Gérard Larcher et Hervé Marseille, avait tranché ».
« Mon différend n’est pas de personne, mais profondément politique »
Localement, certains évoquent aussi une inimitié « personnelle » entre les deux femmes. Ce que dément Valérie Boyer, insistant sur de trop grands désaccords de fond. « Je me suis sentie en décalage politique. Mon différend n’est pas de personne, mais profondément politique », soutient la sénatrice.
Reste que si elle se lance de son côté, la sénatrice LR assure que ce n’était pas évident. « Cette décision n’a pas été simple à prendre, à vivre. Mais il faut assumer », affirme Valérie Boyer.
Face à cette mauvaise surprise pour sa liste, la sénatrice LR a vite été remplacée sur la liste de Renaud Muselier par Véronique Miquelly, maire d’Auriol. Aujourd’hui, le président de région ne peut que « prendre acte » de la décision de Valérie Boyer. « Je regrette qu’elle ait cassé l’accord passé entre toutes les formations politiques de la majorité sénatoriale, sous l’autorité de Gérard Larcher et du président de la CNI des LR, après qu’elle m’a remercié d’avoir reculé sur la liste », réagit auprès de publicsenat.fr Renaud Muselier.
« Elle avait peur d’être battue »
Le risque de voir le siège lui échapper a peut-être aussi motivé la sénatrice LR. Si la liste UDI-Renaissance-LR vise 4 des 8 sièges du département, la troisième place promise à Valérie Boyer n’était peut-être plus gage de sa réélection, même si sur le papier, la liste peut compter sur au moins 3 sièges. « Elle avait peur d’être battue », soutient un élu de droite. L’annonce, début juillet, de la liste dissidente de Stéphane Le Ruduelier, l’autre sortant LR, pris dans plusieurs affaires judiciaires et qui n’a pas obtenu l’investiture, a peut-être aussi fait réfléchir à deux fois Valérie Boyer. Cette liste concurrente de droite prendra des voix à la liste d’union.
Pour compliquer l’équation, les RN sont allés débaucher une ancienne vice-présidente LR de Martine Vassale au département, Marie-Pierre Callet, pour être tête de liste. De quoi grappiller encore des voix à la droite. Dans cette optique, mener sa propre liste avait aussi du sens pour Valérie Boyer, alors que le département est bien ancré à droite.
« Les dissidents se disent, c’est à moi de prendre le 8e siège »
Reste que dans l’affaire, Valérie Boyer perd l’investiture LR, qui reste sur la liste d’union. « Qui peut contester que je suis LR ? Qui est plus LR que moi dans le département ? » rétorque l’intéressée.
La bataille est maintenant ouverte. Avec 3695 grands électeurs dans les Bouches-du-Rhône, le quotient est à 462 voix pour avoir un siège, donnant près de 4 sièges à la droite et au centre (qui compte 1670 grands électeurs), à condition d’être unis… Mais en fonction du nombre de listes et des résultats, moins de voix peuvent être nécessaires. Or on sait qu’aux sénatoriales, ce sont souvent les dissidences, qui font perdre des sièges.
L’incertitude sera en réalité sur le 8e siège, sur lequel miroitent plusieurs listes. « Il y a le 8e siège qui flotte, à chaque fois. Il est flottant. Et les dissidents se disent, c’est à moi de prendre le 8e siège », décrypte-t-on dans l’une des équipes de campagne.
Le Sud, ton univers impitoyable
Autre élément à prendre en compte : il faudra voir si l’enquête qui a été ouverte pour prise illégale d’intérêt, visant Renaud Muselier, concernant un supposé gardiennage de son chalet, aura un effet sur le scrutin. Selon un élu local, les révélations de Nice Matin, la veille de la présentation de la liste de Renaud Muselier, n’ont rien d’un hasard. « C’est lié aux sénatoriales, si ça sort maintenant », avance cet élu, qui y voit une attaque « très ciblée » qui viendrait d’un adversaire politique de la région, qui serait à couteaux tirés avec le président de l’exécutif. Le Sud, ton univers impitoyable…