Des milliers de policiers à Paris pour une « marche de la colère »
Une mobilisation inédite depuis près de 20 ans : à l'appel d'une large intersyndicale, des milliers de policiers ont défilé mercredi à Paris...

Des milliers de policiers à Paris pour une « marche de la colère »

Une mobilisation inédite depuis près de 20 ans : à l'appel d'une large intersyndicale, des milliers de policiers ont défilé mercredi à Paris...
Public Sénat

Par Grégory DANEL et Alice LEFEBVRE

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Une mobilisation inédite depuis près de 20 ans : à l'appel d'une large intersyndicale, des milliers de policiers ont défilé mercredi à Paris pour une "marche de la colère" sur fond de malaise de l'institution, de hausse des suicides et de réforme des retraites.

Le cortège, parti de Bastille aux alentours de 13H30, a rejoint la place de République aux sons des pétards et des sirènes entrecoupés de "Marseillaise". La démonstration de force des syndicats a réuni 27.000 personnes, selon les organisateurs, soit près de 18% des quelque 150.000 fonctionnaires que compte la Police nationale.

"La manifestation est un succès et un signal fort de la profession. C'est un avertissement sévère au gouvernement et à la présidence. On attend maintenant des réponses et des actes concrets", a déclaré Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance, qui marchait en tête du cortège aux côtés de ses homologues des autres organisations, une image d'unité rare dans un univers syndical marqué par les rivalités.

Marche dela colère policière le 2 octobre 2019 à Paris
Marche dela colère policière le 2 octobre 2019 à Paris
AFP

"Il faut redonner du sens au métier de policier. 52 suicides depuis le début de l'année, c'est dramatique et ça montre tout le malaise dans la profession. Il y en marre de la stigmatisation des policiers", a dit Philippe Capon, secrétaire général d'UNSA police.

De mémoire de syndicalistes policiers, on n'avait pas vu un tel appel unitaire, gardiens de la paix, officiers et commissaires, depuis 2001. A l'époque, la mobilisation avait été provoquée par le meurtre de deux policiers au Plessis-Trévise (Val-de-Marne) par un braqueur récidiviste.

Cette fois, pas d'élément déclencheur, mais une usure opérationnelle liée au mouvement social des "gilets jaunes", où la police a été accusée de violences, et un bond des suicides au sein de la police nationale.

"Nous sommes venus ici pour nous battre pour nos conditions de travail, et surtout pour rendre hommage à nos collègues qui ont mis fin à leurs jours", déclare Damien, 24 ans, policier à la Brigade des réseaux transiliens, à Paris.

"Nous sommes là car c'est un ras-le bol", explique Yves, 54 ans, policier à Montpellier. "On remet en cause la réforme des retraites, les politiques, les médias, le traitement des affaires. Pour nous il n'y a jamais de présomption d'innocence".

Quelques "gilets jaunes", dont Eric Drouet, étaient venus faire "acte de présence" non loin de la place de la Bastille, très encadrés par des gendarmes mobiles pour éviter tout incident avec les manifestants.

"On est venu rappeler qu'il y a aussi eu des violences policières depuis dix mois", a déclaré cette figure du mouvement social né en novembre 2018.

- "Remise à niveau" -

Manifestation de policiers le 2 octobre 2019 à Paris
Manifestation de policiers le 2 octobre 2019 à Paris
AFP

Cinq points sont au cœur des revendications : la qualité de vie au travail, une véritable politique sociale pour les agents du ministère de l'Intérieur, une réponse pénale "réelle, efficace et dissuasive", la future loi d'orientation et de programmation et les retraites.

Les syndicats policiers craignent ainsi une remise en cause de leur avantageux système de bonifications.

Actuellement les policiers bénéficient d'une bonification spéciale dite "du cinquième" ou "quinquennale", qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités et, pour y être éligible, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans.

Les propos du ministre de l'Intérieur n'ont pas dissipé les inquiétudes.

Suicides de policiers
Evolution des suicides au sein de la police nationale, depuis 1995
AFP

"Il y aura une modification de leur régime comme pour tous les Français mais il y aura la prise en compte de la dangerosité de leur métier de policier", a affirmé Christophe Castaner mercredi sur France 2.

"Il faut faire la différence entre ceux qui sont dans un métier dangereux et l'ensemble des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur qui ne sont pas confrontés aux mêmes réalités", a aussi déclaré le ministre.

"Ca ne nous rassure pas", a réagi Yves Lefèbvre, secrétaire général d'Unité SGP. "Il faut qu'il joue cartes sur table. Il doit vouloir ce que nous voulons : la défense du régime particulier des policiers".

Face à cette nouvelle fronde, le ministère de l'Intérieur met en avant les efforts budgétaires depuis l'arrivée du duo Castaner/Nuñez en octobre 2018.

"La police souffre d'un abandon budgétaire depuis de très longues années", a affirmé le ministre mercredi, devant le Sénat, en rappelant les 13.500 suppressions de postes sous le quinquennat Sarkozy.

Mettant en avant la promesse des 10.000 créations chez les forces de l'ordre d'ici 2022, il a aussi souligné l'augmentation du budget de la Police depuis le début du quinquennat, d'un milliard d'euros.

Des discussions autour d'un Livre blanc sur la sécurité intérieure doivent être lancées mi-octobre, prélude à une loi d'orientation et de programmation prévue en 2020.

Partager cet article

Dans la même thématique

Patrouille Police municipale a velo a Cannes
7min

Politique

Propos racistes à Carcassonne : quelles sont les obligations des policiers municipaux mis en cause ?

Le parquet a annoncé, mercredi, la suspension de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d'une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes. L'un d'eux, membre du service d'ordre du RN, a été exclu du parti. Manquement à leur devoir de neutralité et aux conditions d'honorabilité attachées à leurs missions, infraction pénale… que risquent ces agents ?

Le

Des milliers de policiers à Paris pour une « marche de la colère »
3min

Politique

Accès à l’Université : « La place du baccalauréat est une question qui doit être discutée », estime le ministre de l’Enseignement supérieur

Invité de la matinale de Public Sénat, « Bonjour chez vous », le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a estimé que la place du baccalauréat devait « être discutée au moment de la présidentielle ». Mardi, un rapport du Sénat a préconisé, entre autres, de supprimer le droit d'accès automatique aux études supérieures des bacheliers.

Le

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le