Didier Guillaume, un fidèle de Valls spécialiste des questions agricoles
Il en rêvait de longue date: le sénateur Didier Guillaume, nommé mardi ministre de l'Agriculture, est un expert des questions agricoles, devenu...

Didier Guillaume, un fidèle de Valls spécialiste des questions agricoles

Il en rêvait de longue date: le sénateur Didier Guillaume, nommé mardi ministre de l'Agriculture, est un expert des questions agricoles, devenu...
Public Sénat

Par Stéphanie LEROUGE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Il en rêvait de longue date: le sénateur Didier Guillaume, nommé mardi ministre de l'Agriculture, est un expert des questions agricoles, devenu un fidèle de Manuel Valls après avoir été celui de François Hollande.

Agé de 59 ans, M. Guillaume a présidé le groupe socialiste au Sénat d'avril 2014 à janvier 2018. Il avait alors annoncé son départ de la vie politique, pour prendre la tête du comité d'organisation chargé de piloter la Coupe du monde 2023 de rugby, avant de renoncer et de revenir au Sénat, au sein du groupe du Rassemblement démocratique et social européen.

"Il a démissionné du groupe et du parti. Cela fait des mois et des mois qu'il donnait des signes à Emmanuel Macron", raconte un sénateur PS.

Conseiller de son lointain prédécesseur Jean Glavany de 1998 à 2002, M. Guillaume est un élu de terrain, qui a longtemps présidé le Conseil général de la Drôme (2004-2015), un département rural. Il a été corapporteur du projet de loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt au Sénat en 2014.

Son nom avait été évoqué à plusieurs reprises lors du précédent quinquennat pour occuper cette fonction.

Fidèle de François Hollande, M. Guillaume est élu sénateur de la Drôme en 2008. Premier vice-président du Sénat à partir de 2011, il fait l'unanimité au sein de ses collègues, avant de prendre la présidence du groupe socialiste en avril 2014.

Courant 2016, ce chantre d'une gauche "réformiste" se rapproche du Premier ministre Manuel Valls, et devient son directeur de campagne pour la primaire socialiste -il est l'un des rares "hollandais" à faire ce choix, dans une période marquée par une grande tension entre les deux têtes de l'exécutif.

- "Opportuniste" -

"Il rêvait d'être ministre. La rupture avec François Hollande vient de là. Il pensait entrer au gouvernement. Il a poussé très fort Manuel Valls, a commencé à dire dans les cercles politiques que François Hollande ne pouvait plus être candidat", raconte un sénateur PS.

Las, Manuel Valls échoue au second tour face à Benoît Hamon, au terme d'une campagne brouillonne marquée notamment par la proposition de supprimer le 49-3, dont l'ancien chef de gouvernement n'avait pas hésité à faire usage.

"Didier Guillaume a dit: +si tu annonces ça en matinale, on gagne la primaire+", se souvient avec amertume un ancien conseiller de M. Valls.

"C'est un opportuniste nul. Il n'a fait faire que des erreurs à Valls", grince un autre. "Son problème est qu'il ne vit que pour être ministre, persuadé que son tour aurait dû venir plus tôt (...) Sur le fond, sincèrement, je ne l'ai jamais entendu formuler des propositions fraîches et innovantes où qu'il soit", déplore un troisième.

Bien avant le premier tour de la présidentielle, Didier Guillaume se prononce clairement pour une participation des socialistes à la majorité derrière M. Macron, ce qui ne l'empêche pas d'être réélu à la tête du groupe des sénateurs PS fin septembre 2017.

Le gouvernement d'Edouard Philippe
Le gouvernement d'Edouard Philippe après le remaniement
AFP

En janvier 2018, M. Guillaume annonce qu'il quitte la vie politique, alors qu'il est fortement pressenti pour prendre la présidence du GIP (Groupement d'intérêt public) de la Coupe du monde de rugby.

Mais il renonce finalement, les statuts du GIP ne prévoyant pas de rémunération pour ce poste, et ne l'autorisant pas à rester sénateur.

L'épisode a laissé des traces localement. "Il s'est abîmé. Des gens se sont dits: il arrête la politique, il était socialiste, et maintenant il veut aller chez Macron ?".

Ami de M. Guillaume même s'il ne partage plus ses orientations politiques, cette source salue un "élu de terrain" qui a une "grande force de travail".

Passionné de rugby, M. Guillaume en a la carrure et le style. "C'est quelqu'un qui a forgé son identité politique sur un côté grande gueule. Il a un mode politique très loyal, parfois un peu brutal. C'est quelqu'un d'entier", décrit ce socialiste.

Dans un tweet, Manuel Valls s'est dit "heureux et fier de (la) nomination de (son) ami". "Je n'oublierai jamais sa solidité politique et sa loyauté", a-t-il assuré.

Partager cet article

Dans la même thématique

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le

Macron Sénat 3 ok
14min

Politique

[Série 3/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : lors du second quinquennat, « le Sénat est un peu le roi du pétrole »

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffements, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après sa réélection historique en 2022, Emmanuel Macron n’a qu’une majorité relative, l’obligeant à composer avec les LR pour obtenir des majorités. Le Sénat y trouvera son intérêt et un pouvoir d’influence. Après la dissolution manquée en 2024, la droite entre au gouvernement et fait partie de la majorité. L’opposant d’hier se retrouve aux côtés des macronistes, tout en gardant ses distances.

Le

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le