Emmanuel Macron entre bains de foule et critiques sur Ouvéa
"Hip hip hip Macron" : cerné par une nuée d'enfants, assailli par des demandes de selfies et d'embrassades, Emmanuel Macron a été accueilli avec...

Emmanuel Macron entre bains de foule et critiques sur Ouvéa

"Hip hip hip Macron" : cerné par une nuée d'enfants, assailli par des demandes de selfies et d'embrassades, Emmanuel Macron a été accueilli avec...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO et Claudine WERY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"Hip hip hip Macron" : cerné par une nuée d'enfants, assailli par des demandes de selfies et d'embrassades, Emmanuel Macron a été accueilli avec enthousiame dans un quartier populaire de Nouméa vendredi, malgré quelques échanges vifs, notamment sur son déplacement controversé à Ouvéa.

Le chef de l'Etat a passé plus de deux heures à Montravel, cité du nord de la capitale calédonienne, presqu'exclusivement peuplée de familles kanak modestes logeant dans des immeubles HLM. Il était venu constater la mise en oeuvre du dispositif de Police de sécurité du quotidien (PSQ), expérimenté dans cette cité, où l'on vote majoritairement indépendantiste.

Massés derrière des barrières, plusieurs centaines d'habitants et de nombreux enfants étaient "venus voir Macron", autour d'une esplanade qui fait face au commissariat du quartier. "Merci d'être venu", crient certains.

Avec une quinzaine d'enfants en permanence accrochés à ses basques, le président a tenté de s'entretenir avec les responsables de la gendarmerie, régulièrement interrompu par le chahut des bambins, souvent pieds nus.

"Emmanuel Macron, Emmanuel Macron", l'ont interpellé ses jeunes fans, en quête de selfies.

"Ecoute ce que dit le général (de gendarmerie), ça t'évitera de faire des bêtises plus tard", les a gentiment chapitrés le président, tandis qu'à ses côtés la ministre des Outre-mer Annick Girardin notait "une pagaille chaleureuse".

L'objectif du dispositif PSQ est de "renforcer la présence sur le terrain", a expliqué la maire de Nouméa Sonia Lagarde, dans cette zone qui concentre 14.000 habitants, 35% des cambriolages d'établissements industriels et commerciaux et un quart des violences familiales ou entre personnes.

"On espère que vous allez nous aider", dit un responsable d'association du quartier, dont le local a connu "8 casses et vols en un an".

"C'est la première fois qu'un président vient dans le quartier", salue une habitante. "C'est un quartier délinquant. Il y a beaucoup de jeunes qui foutent le +bordel+".

La Nouvelle-Calédonie est confrontée à une importante délinquance des mineurs, à l'origine de plus du quart des infractions.

"Qui aurait cru qu'un président de la République serait accueilli comme ça à Montravel il y a quelques années?", a confié un élu local.

Mais les échanges n'ont pas toujours été faciles.

-"Provocation"-

Un homme qui tentait de dérouler une banderole dénonçant la colonisation a crié "assassin" en direction du président, avant d'être rapidement ceinturé par des policiers.

Des habitants ont aussi reproché au chef de l'Etat son déplacement samedi à Ouvéa, trente ans après l'assaut sanglant de la grotte, qui fit 21 morts, 2 militaires et 19 Kanak dont certains sommairement exécutés.

"Les blessures ne sont pas cicatrisées, les gens d'Ouvéa vont à nouveau se diviser à cause de cette visite. C'est une provocation", déclare une jeune femme.

Le président Emmanuel Macron rencontre des habitants d'un quartier de nouméa, le 4 mai 2018
Le président Emmanuel Macron rencontre des habitants d'un quartier de nouméa, le 4 mai 2018
AFP

Mais une autre, originaire d'Ouvéa, lui souhaite "bon courage". "Il fait le premier pas, dans son coeur il y a la couleur de la Nouvelle-Calédonie", explique-t-elle.

"Je trouve un peu gonflé de votre part (de venir)", l'interpelle un autre habitant d'Ouvéa. "Si vous aviez pu trouver une autre date au moins, mais là vous arrivez le 5 mai", jour de l'assaut.

"Je respecte ces parts de passé, d'autres ont une autre histoire, ce sont ces histoires croisées qui font aussi notre richesse", tente d'apaiser le président.

Une autre femme renchérit: "Je vous demande de ne pas aller à Ouvéa, surtout pour respecter la décision des familles qui ne sont pas prêtes à vous recevoir".

"Il y a une très grande majorité de familles qui veulent que je vienne....Il y a une quasi unanimité", répond Emmanuel Macron.

"Et s'il y a un débordement, vous porterez cette responsabilité sur le dos?" demande-t-elle, tandis que le président ne cesse de lui tenir les mains.

"Vous avez dit +la colonisation est un crime contre l'humanité+, aujourd'hui dans ce pays, il y a des crimes et des crimes", poursuit-elle, estimant qu'il n'y avait pas "eu de vérité encore", ni "de justice".

"La justice, c'est qu'on vive chez nous. On nous a enlevé notre épanouissement, notre bien-être, on nous a enlevés de ce pays. (..) Aujourd'hui donnez-nous notre indépendance!".

"Le choix il sera fait en novembre", répond le chef de l'Etat.

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