Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
Claude Malhuret et Edouard Philippe, en mars 2023. Crédit : Jacques Witt/SIPA

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.
François Vignal

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C’est un groupe assez typique du Sénat : Les Indépendants – République et Territoires. Derrière ce nom, se cache un groupe à majorité Horizons. Mais pas seulement. Sur les 20 sénateurs du groupe présidé par Claude Malhuret, sénateur Horizons de l’Allier, 11 sont membres du parti d’Edouard Philippe. Les autres gravitent dans le centre droit. Ça tombe bien, c’est l’espace politique qu’entend représenter le maire du Havre à la présidentielle.

« Depuis 2017, on a pratiquement doublé, j’espère qu’on continuera dans le même sens », avance Claude Malhuret

Pour les sénatoriales du 27 septembre prochain, 9 des 20 sièges du groupe sont renouvelables, soit un peu moins de la moitié (45 %). Sur les 9 sièges remis en jeu, 2 sénateurs ne se représentent pas : Daniel Chasseing (membre d’Horizons), en Corrèze, et Pierre-Jean Verzelen, dans l’Aisne.

Au sein du groupe, on aborde le scrutin avec une certaine confiance. « Depuis la création du groupe, en 2017, on a toujours gagné des sièges. On est passé de 11 à 20, suite aux scrutins de 2020 et 2023. On a pratiquement doublé. J’espère qu’on continuera dans le même sens », avance Claude Malhuret, qui a bon espoir d’être « au-dessus de 20 membres, qu’on gagnera des sièges ». « On envisage une vraie stabilité pour les sortants. Donc pour le groupe, on devrait être dans la stabilité et on espère une légère progression », confirme Emmanuel Capus, sénateur Horizons du Maine-et-Loire, qui rappelle qu’« au Sénat, les mouvements sont très modérés. Les évolutions sont lentes ».

« Dans différents groupes, des gens continuent de faire des signaux »

Analyse similaire côté parti. « Que ce soit pour Horizons ou pour le groupe Les Indépendants, il devrait y avoir une forme de stabilité, à peu près, même si la poutre continue de travailler… » avance un responsable d’Horizons, qui compte aussi 7 sénateurs dans d’autres groupes, surtout à l’Union centriste. Au point d’avoir de nouveaux ralliements ? « Dans différents groupes, des gens continuent de faire des signaux, ce qui ne veut pas dire qu’ils vont venir au groupe », ajoute le même. Mais Les Indépendants ne sont pas à l’abri de bonnes surprises post sénatoriales, avec un sénateur qui se tournerait vers le groupe, attiré par sa dimension indépendante, la proximité avec Edouard Philippe ou la figure de Claude Malhuret. Ça s’est déjà vu dans le passé.

Des élus du centre droit qui peuvent avoir leur place chez Les Indépendants. « On a une double casquette, avec la moitié du groupe encarté Horizons et l’autre vraiment attachée à son indépendance », explique Emmanuel Capus, qui résume ainsi son groupe : « Les Indépendants, c’est un groupe de centre droit, de philosophie libérale ». Le sénateur du Maine-et-Loire rappelle que « dans le temps, il y avait le groupe des Républicains indépendants au Sénat. Ce n’est pas nouveau, en réalité ».

Des sortants bien placés pour leur réélection

Autre signal positif, que relève Emmanuel Capus : « Les municipales ont été bonnes pour nous ». Essentiel dans ce scrutin où les grands électeurs sont composés à 95 % de conseillers municipaux. Malgré la grosse perte de Nice, qui est passée de Christian Estrosi à Eric Ciotti, allié au RN, Horizons a remporté 17 villes de plus de 30.000 habitants aux élections municipales et revendiquait, au lendemain des municipales, 465 maires encartés au mouvement du maire du Havre.

Dans le détail, les choses devraient bien se passer pour plusieurs sénateurs sortants renouvelables, comme Marc Laménie (Ardennes), Alain Marc (Aveyron) ou Claude Malhuret, lui-même en campagne dans l’Allier. Mais en Corrèze, le siège risque d’être perdu avec la décision de Daniel Chasseing, qui était très implanté, de ne pas se représenter. En revanche, dans l’Aisne, la candidature de Nicolas Fricoteaux, qui a lâché la présidence du département au profit de Pierre-Jean Verzelen, devrait faire les affaires des Indépendants. Un jeu de chaises musicales qui pourrait permettre au groupe de conserver le siège. Le scrutin s’annonce peut-être plus compliqué pour Jean-Pierre Grand, dans l’Hérault, mais rien n’est perdu selon les observateurs. « Et c’était déjà difficile la dernière fois », relève-t-on.

« Sur le terrain, nous n’avons pas de difficulté à travailler avec les LR ou les centristes »

En Haute-Garonne, Pierre Médevielle est à la tête d’une liste d’union, avec les LR. De quoi conserver le siège et peut-être en gagner un second. Même chose en Gironde. Derrière la Radicale Nathalie Delattre, Horizons est à la seconde place, suivi d’un LR. De quoi encore gagner un siège de plus. Des accords locaux qui préfigurent, ou du moins pourraient faciliter des rapprochements nationaux entre les candidats à la présidentielle Edouard Philippe et Bruno Retailleau ? D’autant que dans leurs départements respectifs, c’est l’union. En Seine-Maritime, Horizons est avec LR, tout comme en Vendée, où Bruno Retailleau, candidat à son renouvellement aux sénatoriales, compte sur sa liste la sortante UDI Annick Billon et une suppléante Horizons…

« Sur le terrain, nous n’avons pas de difficulté à travailler avec les LR ou les centristes, quand il le faut, dans l’intérêt des territoires et même au niveau national. Ça nous permettra, j’espère, de travailler main dans la main pour la présidentielle, et si possible d’avoir un candidat unique », avance un responsable national d’Horizons, qui souligne que des accords existent aussi avec Renaissance pour les sénatoriales.

« On est très proches de la majorité, mais pour y entrer, il faut en discuter avec LR et UC. Nous, on est ouverts »

Ce contexte présidentiel pourrait aussi déteindre, ou du moins avoir son influence sur la tectonique de plaques au Sénat. Car le groupe Les Indépendants se trouve dans une forme d’entre deux. Lors de l’élection du président du Sénat, ses membres votent à chaque fois pour Gérard Larcher. Et ça ne changera pas. « Bien sûr, on votera pour Larcher », confie l’un de ses membres. Pour autant, Les Indépendants font-ils partie de la majorité sénatoriale ? Oui et non. « Tout dépend comment on interprète les choses », souligne un sénateur. Au sens institutionnel, la majorité sénatoriale est composée des groupes LR et UC, qui concluent un accord de majorité en se répartissant les postes de présidences de commissions et de délégations. Le groupe Les Indépendants fait lui partie des groupes dit minoritaires, sans faire partie de l’accord (puis il y a les groupes d’opposition, PS, Ecologistes, PCF). Mais certains membres du groupe LIRT considèrent qu’ils font pourtant partie de la majorité…

Les Indépendants pourraient-ils cette fois faire pleinement partie de la majorité sénatoriale, ce qui signifierait faire partie de l’accord qui inclut la répartition des postes à responsabilité ? « Si les rapports au sein de la majorité sont modifiés un tout petit peu, on a vocation à travailler de façon encore plus étroite avec les groupes LR et UC », imagine un sénateur du groupe Les Indépendants. « On est très proches de la majorité, mais pour y entrer, il faut en discuter avec LR et UC. Nous, on est ouverts, mais il n’y a pas encore eu de discussions là-dessus », ajoute un autre. Autrement dit, ils sont prêts à tendre la main au président de la Haute assemblée, Gérard Larcher. Mais un autre attend de voir. « Si LR et UC ont la majorité seuls, à mon avis, ils ne nous proposeront rien. Mais s’ils n’ont plus la majorité, évidemment ils se tourneront vers nous », imagine un membre des Indépendants.

« Ça dépendra du rapport de force et si LR a envie d’élargir son spectre au Sénat ou pas »

Le calcul est simple : aujourd’hui, les LR (131 sièges) et l’UC (59 sièges) ont la majorité avec 15 sièges d’avance. Mais les choses ne se résument pas toujours à l’arithmétique. « Ça dépendra du rapport de force et si LR a envie d’élargir son spectre au Sénat ou pas », imagine un cadre d’Horizons, qui ajoute :

 Peut-être que stratégiquement, Gérard Larcher aura intérêt d’ouvrir sa majorité, si les centristes gagnaient des sénateurs et que LR en perdait. 

Un cadre d'Horizons.

Autrement dit, dans un rapport de force qui tournerait en faveur du groupe UC d’Hervé Marseille, ce qui est une sérieuse possibilité, Gérard Larcher pourrait avoir intérêt à diluer en quelque sorte ce poids des centristes en incorporant Horizons et Les Indépendants.

« Des choses vont pouvoir se poursuivre au-delà des sénatoriales, pour la présidentielle et les législatives, dans la recomposition qui ne manquera pas de venir »

Une hypothèse qui ferait sens, en cas de grand rapprochement, lors de la présidentielle et des législatives. D’autant que Gérard Larcher appelle à avoir un candidat unique de la droite et du centre. Et c’est après les sénatoriales, dans la foulée de 2027, que les choses pourraient bouger, dans un second temps.

« Après les sénatoriales, il y aura forcément petit à petit des évolutions ou des rassemblements », soutient un cacique du parti d’Edouard Philippe, qui ajoute que « des choses vont pouvoir se poursuivre au-delà des sénatoriales, pour la présidentielle et les législatives, dans la recomposition qui ne manquera pas de venir ».

Après un premier comité de campagne mardi soir, on a d’ailleurs appris que le maire du Havre allait « proposer aux familles de la droite et du centre de se réunir à la Toussaint pour parler de la suite, pour parler de l’après », a indiqué à la presse le secrétaire général d’Horizons, Christophe Béchu. Toujours dans cette optique de rassemblement, Edouard Philippe évoquait lui-même, à Tourcoing, fin août, aux côtés de Gérald Darmanin, la création d’un « nouveau parti », qui ressemblerait à une sorte d’UMP 2.0, ou une « confédération de partis » avec des « candidats uniques » sous la même bannière aux législatives. S’il l’emporte, cette nouvelle majorité devrait se traduire au Sénat d’une manière ou d’une autre.

« Un intergroupe, on y a renoncé, c’est un peu comme les pêcheurs à la ligne »

Par un inter-groupe ? L’idée est évoquée par Xavier Iacovelli, sénateur Renaissance des Hauts-de-Seine. « Peut-être » dit-on à Horizons, où on écarte une fusion en revanche. Mais un autre ne semble pas y croire. « On a souvent imaginé un intergroupe, mais on y a renoncé car ça ne sert pas vraiment. C’est un peu comme les pêcheurs à la ligne. Personne ne vous empêche de faire une association de pêcheurs à la ligne, mais ça ne change pas grand chose. C’est plus un petit signal pour dire on est copain, mais on n’est pas dans la même famille ».

Il est encore trop tôt pour savoir comment les choses vont atterrir. Mais une chose est à peu près sûre : il y aura un groupe des Indépendants après le 27 septembre. « On a commencé 11 en 2017. D’ailleurs, on nous avait dit de ne pas le faire, car on serait balayé au premier coup de vent », se souvient un historique du groupe. Mais Les Indépendants ont plutôt tendance à s’enraciner.

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