C’était il y a un an, presque une éternité en politique. Le 9 septembre dernier, Sébastien Lecornu arrivait à Matignon, nommé premier ministre par Emmanuel Macron. Enfin le tour de celui dont le nom était cité à chaque renouvellement. Après François Bayrou, c’est un proche du chef de l’Etat qui a pris la barre d’un gouvernement, non pas à la dérive, mais dans la tempête qu’est devenue la vie parlementaire, depuis la dissolution de 2024.
Une première bougie qui n’avait rien d’évident. Car tout avait mal commencé. Moins de 24 heures après sa nomination, Sébastien Lecornu démissionne, suite à la colère des LR, et surtout de Bruno Retailleau, sur la composition du gouvernement. Aussitôt renommé par Emmanuel Macron, le premier ministre peut alors se pencher sur sa première et principale mission : faire adopter un budget.
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L’adoption du budget dans la douleur
C’est sa principale réussite : avoir réussi à donner à la France un budget, malgré la majorité relative à l’Assemblée, malgré les difficultés dans son propre camp. Pour y parvenir, Sébastien Lecornu négocie, comme son prédécesseur, avec le Parti socialiste, qui obtient quelques avancées, après des semaines d’incertitudes et de tensions.
Après quatre mois de débats parlementaires, trois recours au 49.3 et six motions de censure, le budget 2026 est définitivement adopté, le 2 février, soit en retard. Ce qui a permis à la France de sortir de la loi spéciale. En l’absence de budget adopté au 1er janvier, le Parlement avait adopté ce texte qui assurait la continuité de l’Etat.
Sera-t-il capable de recommencer cette prouesse, vu le contexte, pour le budget 2027 ? Avec la campagne présidentielle, le défi sera plus grand que jamais…
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Les réussites de l’adoption de la loi fin de vie et de l’actualisation de la loi de programmation militaire
Si Sébastien Lecornu n’a pu lancer de grandes réformes, avec l’arrivée de la présidentielle et l’absence de majorité absolue, le gouvernement a cependant pu adopter quelques textes, dont certains importants. Outre le budget, c’est la proposition de loi sur la fin de vie, défendue par Emmanuel Macron, qui a été définitivement adoptée, en terminant un parcours législatif commencé avant l’arrivée de Sébastien Lecornu.
Les parlementaires ont aussi réussi à adopter l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), un sujet cher à l’ancien ministre des Armées qu’est Sébastien Lecornu. La loi ajoute 36 milliards d’euros, aux 413 milliards prévus pour la période 2026-2030.
En février dernier, le gouvernement a aussi enfin fixé la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie par décret. Elle avait été repoussée. Il a aussi pris un nouveau décret sur l’assurance chômage.
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Des difficultés et des échecs
Autre texte adopté : la loi sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, soutenue avec force par Emmanuel Macron. Mais le texte a été censuré par le Conseil constitutionnel.
Difficultés aussi sur le texte de Gérald Darmanin sur la justice criminelle, sur lequel le ministre de la Justice a retiré la mesure polémique du plaider-coupable criminel.
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Agriculture, affaire Lyhanna, canicule, incendies : les crises s’enchaînent
C’est le lot de tout gouvernement. Celui de Sébastien Lecornu n’y a pas échappé. Les crises se sont en effet enchaînées ces derniers mois, entre la dermatose nodulaire pour le monde agricoles, la gestion de l’hantavirus, la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences, la déflagration de l’affaire Lyhanna, les fuites de données fiscales et bien sûr un été de tous les dangers sur le front du réchauffement climatiques, entre canicules à répétitions et historiques, où le gouvernement s’est vu reprocher son impréparation, sans oublier les feux de forêt dévastateurs et là encore historiques.
C’est peut-être parce qu’il avait été tenté par une vie monastique. Mais les Français ont aussi pu découvrir en Sébastien Lecornu le défenseur d’une certaine vertu en politique et dans la pratique du pouvoir. Car plusieurs épisodes dessinent par petites touches cette image du premier ministre : les tests antidrogue imposés dans les cabinets ministériels, la réduction du budget communication du gouvernement. Ou dernièrement le recours à l’article 40, pour signaler à la justice des fuites dans la presse sur la préparation du prochain budget. Ou encore ce mercredi, la tentation de baisser la rémunération des ministres, au moment de demander de nouveaux efforts aux Français.
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Lecornu le recours pour 2027 ?
Dans les dîners politico-parisiens, le sujet avait commencé à émerger dès la fin de l’année 2025. Si Sébastien Lecornu arrivait à faire adopter son budget, et donc à durer, pourrait-il avoir, lui aussi, des ambitions présidentielles dans un bloc central où les candidats se bousculent ? Dès janvier dernier, publicsenat.fr évoquait la question.
Malgré les dénégations, l’attitude de celui qu’on dit volontiers « malin » et très politique a continué à interroger dans son camp. En juillet dernier, malgré les candidatures de son ami Edouard Philippe et de Gabriel Attal, certains affirmaient qu’il voulait « être le dauphin d’Emmanuel Macron ». Pour beaucoup d’anciens premiers ministres passés par Matignon, l’étape naturelle suivante n’est-elle pas de viser l’Elysée ? Si ses deux prédécesseurs se neutralisaient mutuellement, Sébastien Lecornu pourrait imaginer jouer les recours. Mais en cette rentrée, le premier ministre a tenté de clore cette idée. « Je ne sais pas dans quelle langue il faut que je le dise ! », « je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle. Je ne me mêle pas de la campagne présidentielle », a-t-il assuré au Parisien. Promis juré, il ne fait pas de politique. Mais après une année passée à Matignon, Sébastien Lecornu pourrait bien aller au bout du quinquennat, à condition de passer l’écueil du dernier budget.