Emmanuel Macron face au soupçon d’un pouvoir trop sûr de lui
La Macronie manque-t-elle d'"humilité"? Relancé par Gérard Collomb, l'un des piliers du président, le soupçon d'un pouvoir trop sûr de lui - et...

Emmanuel Macron face au soupçon d’un pouvoir trop sûr de lui

La Macronie manque-t-elle d'"humilité"? Relancé par Gérard Collomb, l'un des piliers du président, le soupçon d'un pouvoir trop sûr de lui - et...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La Macronie manque-t-elle d'"humilité"? Relancé par Gérard Collomb, l'un des piliers du président, le soupçon d'un pouvoir trop sûr de lui - et trop peu à l'écoute des Français - est avivé par l'été difficile de l'exécutif, mais aussi par l'absence de premiers résultats probants.

"Peut-être, les uns et les autres, nous avons manqué d'humilité": c'est ainsi que le ministre de l'Intérieur a expliqué, jeudi sur RMC/BFMTV, la forte baisse d'Emmanuel Macron et du gouvernement dans les sondages, pointant un risque de "cécité".

Après avoir réussi l'impensable - ravir l'Elysée, à moins de 40 ans, avec un parti à peine créé - le président et ses soutiens auraient-ils rebuté l'opinion en se montrant trop sûrs de leur triomphe, sur les ruines de +l'ancien monde+?

"Quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, vous pensez que vous allez tout emporter", a pointé M. Collomb.

Interrogé sur les propos de son ministre, le chef de l'Etat a dit croire aux vertus du "doute sain". Mais ce dernier ne doit en "rien entraver" son "mandat(...) qui est de transformer la France en profondeur", a-t-il nuancé.

Gérard Collomb le 5 septembre 2018
Gérard Collomb le 5 septembre 2018
AFP

Affrontant désormais l'impopularité, qui pousse à voir en défaut ce qui était il y a peu une qualité, Emmanuel Macron ne bénéficie plus de la même mansuétude pour les sorties provocatrices qui avaient marqué ses débuts, à Bercy, durant la campagne et même à ses débuts à l'Elysée.

"Au début du quinquennat, on aimait chez Emmanuel Macron son audace, sa détermination sans failles, sa capacité à ne pas céder. Au fur et à mesure que les doutes et les déceptions se font jour, il est normal que s'opère un glissement de l'autorité à l'autoritarisme, qu'on voie de l'arrogance là où on voyait de l'audace, ou qu'on lui reproche de ne pas suffisamment écouter et dialoguer là où louait l'homme fort qui ne tergiverse pas", estime la spécialiste de l'opinion Chloé Morin (Ipsos).

Si le ministre puis le candidat avait réussi à éteindre les polémiques sur ses sorties provocatrices, le président fait désormais grincer les dents quand il parle des "fainéants", du "pognon de dingue" des aides sociales, ou des "Gaulois réfractaires".

Fin novembre 2017, le terme "arrogant" figurait déjà avec "riche" et "jeune" dans les mots les plus cités par les Français pour qualifier Emmanuel Macron, selon une enquête d'opinion menée par Harris Interactive. Depuis, le terme a fleuri dans les compte-rendus des sondeurs.

"C'est une critique qui est forte, mais elle n'est pas autonome: les gens ne nous disent pas +il est arrogant, point+. C'est d'abord lié à la manière d'exercer la fonction, le côté un peu monarque, ce que Mitterrand et Sarkozy avaient connu. Et c'est très fortement lié au sentiment qu'il méconnaît les préoccupations des Français", souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

François Hollande, s'il avait échappé à cette critique, avait bien mesuré l'immense risque d'être jugé méprisant lorsqu'il avait été accusé par son ex-compagne Valérie Trierweiler d'appeler les pauvres les "sans-dents".

Pancarte comparant Macron à un monarque méprisant lors de la manifestation baptisée la
Pancarte comparant Macron à un monarque méprisant lors de la manifestation baptisée la "Fête à Macron", le 26 mai 2018 à Paris
AFP/Archives

"C'est un trait d'image qui pourra rester très longtemps accroché à Macron, comme le côté +bling bling+ de Nicolas Sarkozy. Mais il s'en sortira s'il obtient des résultats", pense M. Dabi.

Laurent Wauquiez (Les Républicains) estime d'ailleurs que "le problème majeur" de M. Macron, "c'est les résultats", et pas telle ou telle attitude publique.

Raillé en "roi Macron" par les Insoumis, l'actuel chef de l'Etat avait déjà introduit au début de l'été une dose de modestie dans son discours devant le Congrès ("je ne réussis pas tout").

Le contexte de décélération économique, qui ampute les fameuses "marges de manœuvre", et les accidents politiques de l'été (Benalla, Hulot...) ont achevé de ramener la Macronie à la réalité, pensent certains.

"Je crois que la page de l'hypercommunication, des effets d'annonces et d'un exercice assez seul du pouvoir se tourne", a jugé le président LR du Sénat Gérard Larcher jeudi.

Emmanuel Macron n'est d'ailleurs pas le seul dans son camp à pouvoir se sentir visé par l'(auto)critique de M. Collomb.

Au groupe parlementaire LREM à l'Assemblée, "il y a peut-être parfois cette tentation hégémonique et on l'a dit d'ailleurs, on l'a reconnu en disant qu'il fallait peut-être arriver à travailler de manière plus collégiale, plus collective", a reconnu jeudi la députée marcheuse Aurore Bergé.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Simone Veil
9min

Politique

Bernadette Chirac, l’ancienne Première dame, est morte à 93 ans 

L’épouse du président Jacques Chirac, lui-même disparu en 2019, est morte vendredi 5 juin dans la soirée à 93 ans, annonce sa fille Claude à l’AFP. L’ancienne Première dame qui a progressivement pris la lumière durant les années passées à l’Elysée, a aussi mené une longue carrière d’élue locale, d’abord dans l’ombre de son mari, puis de manière indépendante.

Le

France Missing Girl
7min

Politique

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.

Le

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le