Emmanuel Macron et François Patriat, lors de la campagne présidentielle de 2022.
Emmanuel Macron et François Patriat, lors de la campagne présidentielle de 2022.

Emmanuel Macron rend hommage à François Patriat, l’un de ses derniers fidèles

Emmanuel Macron a prononcé ce mardi l’éloge funèbre de François Patriat, sénateur de Côte d’Or et président du groupe RDPI au Sénat. Le président de la République a salué la mémoire de son ami qui lui est resté fidèle politiquement depuis plus d’une décennie.
Alexandre Poussart

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Mardi matin, les cors de chasse se sont joints aux cloches de la Collégiale de Semur-en-Auxois, joyau médiéval de la Bourgogne, lors de la cérémonie d’obsèques de François Patriat, sénateur de la Côte d’Or, président du groupe RDPI (camp présidentiel) au Sénat, disparu à l’âge de 83 ans. Au milieu de ses proches, c’est en ami que le président de la République Emmanuel Macron a accompagné le cortège funéraire dans l’église, avant de prononcer un éloge funèbre.

« Il fut de tous les combats » d’Emmanuel Macron

Le chef de l’Etat a salué la mémoire de l’un de ses fidèles soutiens. François Patriat est l’un des premiers responsables politiques à avoir rejoint Emmanuel Macron, il y a plus d’une décennie, au tout début de son aventure présidentielle. « Depuis 12 ans, nous ne nous sommes jamais quittés. Il fut de tous les combats. Le 6 avril 2016, quand le mouvement En Marche se crée à Amiens, il était là. François raconta même qu’il était allé déposer un cierge à la cathédrale juste avant. »

Alors que les critiques fusent de son propre camp depuis la dissolution de 2024 et à mesure que l’élection présidentielle approche, Emmanuel Macron n’a pas hésité à rappeler la loyauté de François Patriat : « Dans des temps où beaucoup pensent que l’inventaire valait mieux qu’assumer bravement, il assumait bravement. Là où beaucoup pensent que l’esprit de défaite a déjà gagné, lui, il se battait. C’était ça Fanfan », a-t-il expliqué devant l’essentiel du gouvernement et de la Macronie, présents à la cérémonie.

L’engagement de François Patriat auprès d’Emmanuel Macron ponctue une carrière politique de plus d’un demi-siècle. C’est en 1974 que le jeune vétérinaire prend sa carte au Parti socialiste, avant d’être élu conseiller général de Côte d’Or en 1976 puis député en 1981.

« Votez Fanfan » sur le flanc des vaches

Un engagement socialiste qu’il marie avec son activité de vétérinaire. « Pendant la campagne de 1981, lorsqu’il réalisait le matin des césariennes chez des éleveurs, il inscrivait ensuite sur le flanc des vaches « Votez Fanfan ». Il avait transformé les Charolaises en panneaux électoraux ! », se souvient son ami Dominique Chambrette, ancien président de la Chambre d’agriculture de Côte d’Or.

Loyal à Michel Rocard et en même temps à François Mitterrand

Lors de ses premières législatives, François Patriat décida de partir comme dissident face au candidat officiel du PS : « Ce n’était pas un homme d’appareil. Les décisions du parti ce n’était pas ta tasse de Bourgogne », lui dit son frère, le politologue Claude Patriat, dans son discours d’adieu. « La dissidence est le meilleur moyen de garder sa fidélité. » A l’époque, l’élu bourguignon resta loyal au président Mitterrand et à son rival Michel Rocard dont il partageait les idées de modernisation de la gauche. « Dans les forêts de Bourgogne, François Patriat emmenait le président Mitterrand dans des endroits propices à la cueillette des champignons et écoutait patiemment ses critiques contre Michel Rocard », raconte Dominique Chambrette.

Un élu de terrain proche des gens

L’ancien président de la région Bourgogne entre 2004 et 2015, qui honora 95 ans de mandats cumulés, était motivé par une passion de la politique et de son territoire bourguignon. « Nous n’avons pas eu une enfance comme les autres », a expliqué son fils Grégory devant l’assemblée. « Le week-end, nous le suivions dans les réunions publiques, les fêtes agricoles et les ball-trap. A 14 ans, j’étais déjà son chauffeur officieux sur les routes de Côte d’Or pendant qu’il se reposait sur le siège passager » avant de continuer à arpenter le moindre kilomètre carré de son département.

« C’était un élu de terrain, proche des gens, très abordable, qui reconnaissait n’importe quel habitant de Bourgogne qu’il avait rencontré une ou deux fois », se souvient Xavier, un ancien journaliste du Bien Public, le titre de presse local.

« Ce qui l’intéressait, c’étaient les femmes et les hommes qui composaient son territoire », se rappelle Dominique Vérien, sénatrice centriste de l’Yonne, qui a rencontré François Patriat lorsqu’il présidait la région Bourgogne. « Même en étant opposants politiques, on pouvait avoir un vrai dialogue et il nous a aidés sur de nombreux projets locaux dans l’Yonne. »

« Il avait une forme d’honnêteté et un franc-parler », se souvient Claude, ingénieur agricole, qui a travaillé avec l’élu bourguignon à de nombreuses reprises, notamment lors de son passage au ministère de l’Agriculture, entre février et mai 2002 : « il est arrivé au ministère en me disant « Claude, on est là pour faire avancer les choses et faire respecter les agriculteurs. » Au final, il m’a dit « on n’y est pas arrivés. »» 

Des qualités humaines reconnues aussi au Sénat, durant ses 18 ans de mandat. Le sénateur de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi, membre du groupe RDPI, se souvient d’un président de groupe énergique mais à l’écoute : « Quand vous lui présentiez une idée à laquelle il n’était pas favorable au départ, il vous écoutait, et si vous arriviez à le convaincre au final, il défendait ensuite cette idée comme personne. »

« Il avait cette capacité à travailler avec tout le monde et c’est pour ça qu’il était respecté à droite comme à gauche », retient un autre sénateur de son groupe, Xavier Iacovelli, très ému, à la sortie de l’église.

Le sens de l’humour

Le président du groupe écologiste au Sénat Guillaume Gontard se souvient d’un homme, « au-delà des divergences politiques, avec qui on avait plaisir à échanger et à discuter, en plus avec beaucoup d’humour ! Tout le monde peut citer au moins une de ses histoires ou de ses petites phrases. » L’une d’elles a marqué son frère Claude : « quand on lui disait que si à 50 ans il n’avait pas la Légion d’honneur, il aurait raté sa vie, il répondait : « je ne reçois d’Ordre de personne. » « Humour », « ouverture aux autres », « passion » et « engagement », des mots qui reviennent souvent dans la bouche de ceux qui ont croisé la route de François Patriat : « Il était la vie », a résumé Emmanuel Macron.

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