SIPA_01234434_000029

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

En moins de vingt-quatre heures, les deux candidats du bloc central ont dévoilé leurs principales propositions, Édouard Philippe dans Le Figaro, Gabriel Attal dans Le Monde. Derrière des propositions parfois proches, les deux candidats cherchent surtout à imprimer leur propre marque. Tous deux promettent de réduire les effectifs, de mieux rémunérer les enseignants, de renforcer l’autorité et de remettre l’accent sur les fondamentaux. Mais Édouard Philippe mise davantage sur l’autonomie des établissements, tandis que Gabriel Attal veut transformer en profondeur le collège et différencier davantage les parcours des élèves.

Revaloriser les enseignants, mais avec deux méthodes

La question des enseignants occupe une place centrale dans leurs programmes. Édouard Philippe propose une hausse moyenne de 20 % des rémunérations sur cinq ans, afin de rapprocher les salaires de la moyenne européenne. « La priorité numéro 1 de l’école, ce n’est pas le confort des profs, c’est l’intérêt des élèves mais ça passe par les profs », déclarait-il en juin. Il entend profiter de la baisse démographique annoncée pour réduire les effectifs tout en améliorant les rémunérations.

« Le métier a été progressivement smicardisé », déclare Gabriel Attal. L’ancien ministre de l’Éducation promet, lui, une augmentation de 200 euros nets par mois, pouvant atteindre 500 euros en milieu de carrière. Le coût, évalué à 2,5 milliards d’euros par son entourage, serait notamment financé par des économies sur les dépenses sociales. Il souhaite également mieux rémunérer le remplacement de courte durée et inscrire ces engagements dans une loi de programmation pour l’Éducation nationale dès 2027.

Les deux projets témoignent d’une même conviction, il est impossible de redresser l’école sans rendre le métier plus attractif. Mais ils ne donnent pas le même rôle aux établissements et aux élèves.

L’« amende de responsabilisation scolaire » d’Edouard Philippe

Édouard Philippe défend une « refonte massive » du système éducatif autour du français et des mathématiques. Il propose notamment une « amende de responsabilisation scolaire » pour certains parents d’enfants harceleurs, absentéistes ou perturbateurs.

Les programmes resteraient nationaux, mais les établissements disposeraient de davantage de liberté pour organiser les rythmes, les classes ou les heures d’enseignement. Certains pourraient même choisir l’uniforme. En contrepartie, leurs résultats seraient évalués et rendus publics. Le candidat Horizons veut également renforcer la formation des enseignants avec la création de nouvelles « écoles normales », encadrer davantage l’usage de l’intelligence artificielle et durcir les règles sur l’autorité.

Gabriel Attal concentre davantage son projet sur le collège. Il propose un certificat d’études à l’entrée en sixième, une année passerelle pour les élèves les plus en difficulté et un brevet obligatoire pour accéder à la seconde. L’ancien ministre de l’Éducation nationale veut aussi généraliser les groupes de niveau en français et en mathématiques et réserver, en quatrième et en troisième, une partie du temps scolaire à des parcours davantage professionnalisants ou, au contraire, plus académiques. Une mesure phare prévoit la fermeture d’une centaine d’établissements assimilés à des « ghettos scolaires » afin de promouvoir la mixité sociale.

Le retour du bilan Macron

Cette proximité sur les constats rend cependant le bilan des années Macron difficile à éviter. Depuis 2017, l’école a connu une succession de réformes : dédoublement des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire, évaluations nationales, réforme du lycée, transformation de la voie professionnelle, « Devoirs faits », mesures contre le harcèlement et développement de l’école inclusive. Les enseignants ont également bénéficié de plusieurs vagues de revalorisation depuis 2022. Le Pacte enseignant, lancé en 2023, devait notamment améliorer les remplacements de courte durée grâce à des missions supplémentaires. Son budget consommé reste toutefois inférieur aux prévisions, tandis que le problème des absences non remplacées demeure.

Le bilan n’est donc ni celui d’une absence d’action ni celui d’une transformation pleinement aboutie. La rentrée 2026 illustre cette ambivalence, le gouvernement privilégie désormais la consolidation des dispositifs existants plutôt qu’une nouvelle réforme d’ampleur. Le calendrier n’est pas anodin. Alors que la rentrée 2026 est présentée par le gouvernement comme une année de consolidation, sans nouvelle grande réforme structurelle, l’école revient au centre du débat présidentiel. Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé lundi 24 août sur X la promulgation de la loi interdisant les téléphones portables au lycée dès cette rentrée.

Simple coïncidence ? Aujourd’hui, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est fendu d’un message sur le même réseau social pour vanter un bilan aux « décisions concrètes en vigueur », fixant pour cap « une École qui instruit, protège, unit et prépare l’avenir ».

Le piège de l’auto-héritage

Or Édouard Philippe et Gabriel Attal ont tous deux participé à cette politique éducative. Premier ministre de 2017 à 2020, Édouard Philippe a accompagné les premières grandes réformes du quinquennat, notamment les dédoublements et plusieurs changements concernant le lycée et l’orientation. Gabriel Attal, ministre de l’Éducation nationale quelques mois en 2023-2024 avant de devenir Premier ministre, reste associé au « choc des savoirs », dont certaines mesures se retrouvent aujourd’hui dans son programme. Le paradoxe est particulièrement visible pour Gabriel Attal lorsqu’il promet de maintenir le ministre de l’Éducation pendant cinq ans pour mettre fin à l’instabilité, après n’être lui-même resté que quelques mois rue de Grenelle. Il reconnaît d’ailleurs que les changements successifs de ministres et de lignes politiques ont nui à la cohérence de l’action publique. Son discours comporte néanmoins une nuance importante, il ne prétend pas que tout ce qui a été fait depuis 2017 a échoué. Il affirme au contraire que des mesures importantes ont été prises, mais qu’elles n’ont pas suffi à régler la crise de confiance et la question du niveau scolaire.

Une bataille sur l’avenir, mais aussi sur l’héritage

À travers l’école, les deux candidats cherchent donc à se distinguer tout en partageant une partie du même diagnostic. La baisse démographique, la crise du recrutement, le niveau scolaire et l’autorité sont devenus des thèmes incontournables de la campagne qui s’annonce.

Mais leur principal défi sera aussi de convaincre qu’une nouvelle réforme peut produire les résultats que les précédentes n’ont pas permis d’obtenir durablement. Après une décennie de politiques éducatives menées sous Emmanuel Macron, la présidentielle de 2027 pourrait ainsi transformer l’école en débat sur l’avenir, mais aussi en procès de l’héritage du macronisme.

Partager cet article

Dans la même thématique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le