Entre l’Etat et EDF le courant ne passe plus
Alors qu’EDF a déposé un recours devant le Conseil d’État pour réclamer 8,34 milliards d’euros d’indemnités à l’État, afin de compenser le « bouclier tarifaire », les sénateurs socialistes ont saisi le Conseil constitutionnel pour dénoncer 3 articles de la loi pouvoir d’achat relatifs à l’électricien public.  

Entre l’Etat et EDF le courant ne passe plus

Alors qu’EDF a déposé un recours devant le Conseil d’État pour réclamer 8,34 milliards d’euros d’indemnités à l’État, afin de compenser le « bouclier tarifaire », les sénateurs socialistes ont saisi le Conseil constitutionnel pour dénoncer 3 articles de la loi pouvoir d’achat relatifs à l’électricien public.  
Public Sénat

Par Mickael Spitzberg

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une addition salée et un revers politique, la première semaine de vacances du gouvernement pourrait se conclure avec un goût amer.
D’une part parce qu’EDF a décidé de déposer un recours contentieux auprès du Conseil d’Etat assorti d’une demande d’indemnité de 8,34 milliards d’euros.
D’autre part parce que les sénateurs socialistes ont saisi, de leur côté, le Conseil constitutionnel pour contester 3 articles de la loi pouvoir d’achat relatifs à EDF.

 

« On déstabilise complétement le service public », Sébastien Pla, sénateur (PS)


Pour bien comprendre l’affaire, il faut remonter à janvier 2022. A cette époque, le gouvernement, dans le cadre du « bouclier tarifaire » destiné à limiter la flambée des prix du gaz et de l’électricité, décide de modifier les règles de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). L’actionnaire principal impose alors à l’entreprise publique d’augmenter de 20% le volume d’électricité qu’elle se doit de vendre à prix réduit à ses concurrents. Une enveloppe qui passe donc de 100 TWh à 120 TWh.

L’électricien public, qui dispose déjà des 100 TWh initialement prévus, se voit donc contraint d’acheter au prix fort sur les marchés les 20 TWh qui lui manquent.  Et de les revendre à un prix (bas) fixé par l’autorité publique aux opérateurs alternatifs, ses concurrents.
Un choix assumé par l’exécutif car « sans les mesures prises par le gouvernement, en particulier le volume d’Arenh supplémentaire, les factures des ménages auraient augmenté de 35 % TTC », affirme le ministère de l’économie.

Une hérésie selon Sébastien Pla, sénateur (PS) de l’Aude. « On déstabilise totalement le service public EDF en lui faisant porter le coût de la libéralisation du marché de l’énergie », s’étrangle ce membre de la commission des affaires économiques.

Un gouffre financier pour EDF qui accuse déjà au premier semestre 2022
une perte nette de 5,29 milliards d’euros. Un résultat qui aurait été tout autre sans les mesures tarifaires exceptionnelles décidées par le gouvernement et aujourd’hui estimées à 8,34 milliards d’euros.
Une somme que l’entreprise publique d’électricité réclame à présent à l’Etat.    


Un refus de taxer les superprofits qui ne passe pas

 

C’est donc au nom d’EDF que les sénateurs socialistes ont décidé de saisir, dès le début de la semaine, le Conseil constitutionnel.
Paradoxalement, les 3 articles de la loi pouvoir d’achat qu’ils attaquent sont plutôt en faveur de l’entreprise publique.

Ils concernent le relèvement du prix du MWh vendu par EDF à ses concurrents, qui passe à 49,5 € minimum à partir du 1er janvier 2023 (contre 42 € aujourd’hui) et le volume de 120 TWH qui devient indépassable jusqu’en 2025. Une disposition de la majorité sénatoriale de droite et du centre, votée contre l’avis du gouvernement, censée « permettre à EDF de respirer » selon Sophie Primas, président (LR) de la commission des affaires économiques du Sénat.

Pour Sébastien Pla : « on s’oppose à l’augmentation votée en s’appuyant sur la législation européenne et sur le fait que la fixation de ce tarif n’est pas étayée. On ne dit pas qu’il ne faut pas l’augmenter, mais rien ne dit que les 49,5 euros décidés soient suffisants ».
Sur le fond, dans leur saisie du Conseil constitutionnel, les sénateurs socialistes soulignent que « l’obligation de vendre à un tarif réglementé », quand « EDF fait face à des difficultés économiques historiques »« porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d’entreprendre »
.

« Je n’ai rien contre les multinationales, explique Sébastien Pla, mais il faut avouer que Total, qui est un opérateur alternatif, se gave sur le dos d’EDF quand même. Et refuser de taxer les superprofits ça nous reste en travers de la gorge ».

Pour Sophie Primas, « le vrai sujet est la réforme de l’Arenh. Ça mettra au moins deux ans entre la mise au point d’un nouveau dispositif et la validation de l’Europe ».

Le Conseil constitutionnel rendra lui sa décision ce vendredi 12 août.

Partager cet article

Dans la même thématique

Entre l’Etat et EDF le courant ne passe plus
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Entre l’Etat et EDF le courant ne passe plus
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

Entre l’Etat et EDF le courant ne passe plus
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le