Le prix du gazole a franchi un nouveau record ce vendredi en France. Selon un calcul de l’AFP fondé sur les prix affichés jeudi par plus de 9 000 stations-service, le gazole s’établissait à plus de 2,39 euros le litre, au-dessus du précédent sommet d’avril. Le SP95-E10, essence la plus vendue en France, atteignait 2,17 euros le litre et dépasse depuis plus de dix jours son pic de juin 2022. Provoquée la guerre en Iran depuis fin février et le blocage du détroit d’Ormuz, la flambée des prix du carburant alimente une tension sociale déjà matérialisée hier par plusieurs blocages de dépôt pétroliers en Méditerranée par des pêcheurs.
Le dispositif « gros rouleurs » « ne s’arrêtera pas »
« C’est difficile aujourd’hui de faire le plein » et « de prendre sa voiture pour aller travailler », a reconnu auprès de l’AFP le ministre de l’Economie Roland Lescure, affirmant entendre davantage « de l’inquiétude que de la colère ». Initialement prévue pour se clôturer le 31 août, la campagne de demande de l’aide carburant de 100 euros destinée aux travailleurs « grands rouleurs » avait été étendue jusqu’au 30 septembre. Cependant, à douze jours de cette échéance, plusieurs ministres ont garanti ce matin que le soutien serait prolongé après le 30 septembre, et ont laissé entendre que les modalités de cette aide pourraient évoluer, sans donner davantage de détails. « Nous travaillons à un nouveau dispositif d’aide pour les Français qui travaillent à compter du 1er octobre », a déclaré sur France Inter la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, en précisant que le maintien du dispositif des « gros rouleurs » n’était qu’une des pistes étudiées. Le ministre du Commerce Serge Papin a assuré de son côté sur TF1 que l’aide ne « s’arrêtera pas » à la fin du mois et a annoncé une réunion lundi autour du Premier ministre pour en fixer les modalités.
L’aide actuelle accorde 100 euros aux actifs qui sont en dessous d’un certain seuil de revenus et qui parcourent plus de 15 kilomètres par trajet entre leur domicile et leur travail, ou plus de 8 000 kilomètres par an pour leur activité professionnelle. Selon Serge Papin, 1,5 million de personnes l’ont demandée, soit la moitié des trois millions de personnes éligibles estimées.
Des aides localisées
Le gouvernement a déjà prolongé jusqu’au 31 décembre les aides aux secteurs économiques les plus exposés, notamment l’agriculture, le BTP et les pêcheurs, et a promis pour ces derniers que l’aide sera au maximum de ce que permet l’Union européenne (soit autour de 35 centimes par litre de carburant aujourd’hui). Le ministre des Comptes publics David Amiel a chiffré à 1,4 milliard d’euros l’enveloppe des aides aux carburants déclenchées depuis le début de la guerre et a promis sur LCI des annonces « dans les prochains jours ».
Derrière ces annonces se dessine la ligne de l’exécutif : des aides temporaires et ciblées, plutôt qu’une baisse générale des taxes ou un plafonnement des prix. Le gouvernement souhaite éviter un dérapage encore plus important du déficit, qui devrait déjà se porter à 5,4 % du PIB en 2026 contre 5,1 % l’an dernier.
Selon le ministère de l’Economie, une ristourne accordée à tous les automobilistes avait coûté 7,6 milliards d’euros à l’Etat en 2022. « Baisser les impôts sur l’essence pour tout le monde, y compris pour ceux qui n’en ont pas besoin, ça coûte beaucoup d’argent, il faudra le financer et c’est inefficace et injuste », a plaidé Roland Lescure.
La hausse des prix des carburants enrichit l’Etat via les taxes ?
En effet, au renchérissement du pétrole, repassé au-dessus de 100 dollars le baril, s’ajoutent les coûts de raffinage et de distribution ainsi qu’une fiscalité représentant environ 45 % du prix à la pompe en France. Plusieurs partis politiques ont alors plaidé pour diminuer cette fiscalité qui aurait un effet les prix à la pompe. LFI réclame un blocage des prix à 1,70 euro le litre et Marine Le Pen une TVA ramenée de 20 % à 5,5 % sur l’énergie. Quant au patron de LR, Bruno Retailleau propose de supprimer les certificats d’économies d’énergie (CEE), qui financent notamment l’aide à l’achat pour les voitures électriques, estimant que cela ferait baisser le prix à la pompe de 15 à 17 centimes.
David Amiel a de nouveau contesté l’idée que la hausse des prix des carburants enrichissait l’Etat via les taxes. Entre mars et septembre, les recettes pour l’Etat liées aux carburants auraient, selon lui, reculé de 10 millions d’euros sur un an, du fait d’une baisse des volumes de carburants achetés par les consommateurs.
Rendez-vous à l’Elysée pour les principaux candidats à l’élection présidentielle
Emmanuel Macron a réuni ce vendredi à l’Elysée les principaux candidats à sa succession ou leurs représentants, autour des conséquences des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine sur la sécurité et l’énergie. La candidate du RN Marine Le Pen, en déplacement sur le terrain, a laissé son chef de parti la représenter, comme Jean-Luc Mélenchon, qui a dépêché Manuel Bompard. Les autres principaux candidats sont présents, parfois au prix d’un changement de programme ou d’un déplacement écourté : Edouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains), Raphaël Glucksmann (Place publique), Olivier Faure (Parti socialiste), Marine Tondelier (Les Ecologistes) et Fabien Roussel (Parti communiste français).
Avant une réunion à huis clos, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a alors demandé au Président de la République, depuis la cour de l’Elysée, d’accepter « une baisse des taxes sur les carburants », pour répondre aux « souffrances » de « la France qui travaille ». « Le gouvernement ne semble pas avoir pris la mesure des souffrances de […] la France qui travaille et des millions d’automobilistes », a déclaré devant les journalistes l’eurodéputé RN, estimant que « les Français ne pourront pas suivre » la hausse des prix. Marine Tondelier a estimé que les « sujets de préoccupation » à l’ordre du jour étaient « révélateurs de ce que les écologistes disent depuis des décennies, c’est-à-dire que nos dépendances énergétiques envers la Russie sur le gaz, sur l’uranium, sur les engrais, avec le Moyen-Orient, sur le pétrole, sont en fait une forme de vulnérabilité et de menace sur notre sécurité nationale ». Olivier Faure a lui mis en garde contre toute « dramatisation » ou « mise en scène » visant à permettre « l’adoption d’un budget », alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu a proposé jeudi un effort de 54 milliards pour 2027.
Emmanuel Macron semble vouloir par cette réunion rappeler à l’opinion que la flambée des prix de l’essence est due à la situation internationale. Les blocages du détroit d’Ormuz, dans le Golfe, et plus récemment du détroit de Bab-el-Mandeb, en mer Rouge, « ont des conséquences directes sur notre quotidien », a rappelé Emmanuel Macron hier sur le réseau X. Le Président doit s’exprimer, et répondre à des questions de la presse, à l’issue de la réunion, selon plusieurs médias.