Le sujet de la primaire n’en finit de plus de travailler le bloc central et la droite. Cette semaine, c’est Bruno Retailleau qui s’est clairement rallié à l’idée. A la peine dans les sondages, le candidat LR, qui ne rejetait pas totalement le principe, mais cherchait avant tout à faire campagne dans son couloir, en a accepté le principe. Une déclaration qui intervient quelques jours après que Gabriel Attal a remis une pièce dans la machine, appelant à l’organisation de cette grande primaire. David Lisnard, candidat de Nouvelle Energie, la défend aussi depuis longtemps, mais sur un périmètre allant jusqu’à Sarah Knafo, ce qui fait pour le moins débat. Reste Edouard Philippe, qui reste en mode petit village gaulois, qui résiste encore et toujours à l’envahissante primaire. Jusqu’à quand ?
Histoire de prendre un peu les devants, les équipes de Bruno Retailleau, qui se sont décidément très vite mises en mode primaire, ont commencé à plancher sur son organisation, que ce soit sur ses conditions ou sur un plan plus technique, en termes de prestataire, selon Politico. Mais il ne s’agit pas seulement d’être prêt, si jamais le candidat Horizons change d’avis. « Notre objectif, c’est de foutre la pression sur Edouard Philippe », reconnaît un conseiller de Bruno Retailleau auprès de la newsletter. Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, qui milite depuis des mois pour qu’un seul candidat représente la droite, est aussi à la manœuvre. Lundi soir, une réunion s’est organisée autour de lui, avec notamment Valérie Pécresse et Mathieu Darnaud, président du groupe LR du Sénat, raconte Le Point.
« Désertion en rase campagne »
Alors, Edouard Philippe est-il perméable à cette amicale pression ? Pour le moment, c’est peine perdue. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Donald Trump ou de Vladimir Poutine. Ce n’est pas celle des candidats mal partis ou de leurs équipes qui fera fléchir Edouard Philippe. La fébrilité est de leur côté, pas du sien », ferme le ban Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe, interrogée par publicsenat.fr.
L’eurodéputée Horizons ajoute : « Pendant ce temps, ceux qui parlent de primaire ne parlent pas de programme. C’est une désertion en rase campagne ». Un autre membre de l’entourage d’Edouard Philippe y voit « moins une œuvre de rassemblement (de la part de Gabriel Attal et de Bruno Retailleau), qu’une manière de rester sur scène quelques semaines de plus ».
« Si des LR veulent participer à une primaire en leur sein, qu’ils l’organisent entre eux, mais ce sera sans Philippe », prévient Maël de Calan
Les amis d’Edouard Philippe répètent que le périmètre pose toujours problème. « Gabriel Attal et Marc Fesneau veulent y inclure Raphaël Glucksmann, tandis que David Lisnard veut y inclure Knafo, ça n’a absolument aucun sens », pointe Maël de Calan, coordinateur des porte-paroles d’Edouard Philippe. Il défend « l’alternative que propose Edouard Philippe. Elle consiste à arrêter de s’attaquer et de se concentrer sur l’extrême droite et la gauche. Il y a un niveau de violence des amis de David Lisnard sur les réseaux sociaux… Edouard Philippe propose d’arrêter cette agressivité, de garder le calme des vieilles troupes. Puis il propose de se parler d’un programme de gouvernement et d’une majorité commune. C’est le sens du courrier qu’il a adressé avant la Toussaint à tous les chefs de partis. Et enfin, il propose qu’entre Noël et février, les moins bien placés se retirent au bénéfice du mieux placé », expose le porte-parole, « et Edouard Philippe s’appliquera cette règle à lui-même ». Mais il note au passage que « depuis mi-août, les rapports de force n’ont pas changé en faveur d’Edouard Philippe ».
Bref, promis, le maire du Havre ne bougera pas. « Pour toutes ces raisons, Edouard Philippe ne participera pas à la primaire. Si des LR veulent participer à une primaire en leur sein, qu’ils l’organisent entre eux, mais ce sera sans Philippe, qui fait campagne sur ses idées, qui n’attaque jamais ses adversaires et propose que tout le monde prenne ses responsabilités entre Noël et février », prévient Maël de Calan.
« S’ils font la primaire, ils vont filer les clefs à Lisnard, ils vont se faire défoncer »
Un responsable du bloc central, qui ne croit pas non plus à la primaire, met également en garde contre le mouvement qui s’opère : « Tout ça ne tient pas la route. Faire une primaire avec les continuateurs du macronisme et des partisans de l’union des droites, côté Lisnard… On est dans un monde de dingues, mais là, ce n’est plus de la dinguerie ! Faut pas s’étonner après que les électeurs aient envie de tout bazarder », lâche cet élu d’expérience.
Selon le même, un seul sortirait gagnant de la primaire : le maire de Cannes. « S’ils font la primaire, ils vont filer les clefs à Lisnard. Ça me paraît clair comme de l’eau de roche. Il a 100.000 adhérents aujourd’hui. Evidemment qu’ils vont se faire défoncer. La primaire est à contretemps. C’est ce que je redoutais. Sinon, il fallait faire ça il y a huit mois ou un an », soutient, sous couvert d’anonymat, ce hiérarque de la droite et du centre.
Au passage, ce responsable rappelle que « Gabriel Attal veut une primaire, après n’en avoir pas voulu ». En effet. On l’oublie, mais les instances de Renaissance, puis les militants, lors d’un vote début mai, avaient clairement rejeté toute forme de primaire externe ou interne, pointé à l’époque, selon un mail envoyé aux militants par l’ex-sénatrice Bariza Khiari et Jean-Marc Borello, « comme source de divisions et de tensions »…
« La décision de Bruno Retailleau n’a pas été prise sous pression de Gérard Larcher »
Du côté de Bruno Retailleau, on assume parfaitement avoir « évolué » sur le sujet de la primaire. « Bruno Retailleau l’a dit, il pensait qu’un candidat se dégagerait naturellement par les sondages. Or ce n’est pas le cas et tout le monde fait le même constat. C’est un élément qui a fait bouger les lignes », avance la sénatrice LR Laurence Garnier, porte-parole du candidat LR, qui ajoute une autre raison : le mouvement social, qui écrase le reste de l’actualité. Pendant ce temps, « on prive les Français du débat présidentiel », « et on ne parle pas des vrais sujets. Il faudra bien. Et la primaire peut y aider ». Laurence Garnier remarque par ailleurs qu’un sondage, « qui est arrivé après, montre que pour 62 % des sympathisants de droite et du centre Bruno Retailleau est un bon candidat à la primaire et arrive en tête ».
Raillant le changement de pied du candidat LR, un lieutenant d’Edouard Philippe a une autre lecture : « Voilà un candidat qui ne résiste pas à la pression. Ou qui ne sait pas comment habiller son retrait… » La primaire pourrait-elle être une porte de sortie honorable pour Bruno Retailleau ? « Ce n’est pas du tout son état d’esprit. On va se mettre en ordre de marche et on va gagner cette primaire. Bruno Retailleau n’est pas dans les petits calculs personnels », assure un soutien, qui écarte aussi l’idée que le président des LR se soit plié à l’idée défendue par le président du Sénat. « La décision de Bruno Retailleau n’a pas été prise sous pression de Gérard Larcher. Le calendrier, c’est lui qui l’a choisi et personne d’autre », assure ce soutien, qui rappelle qu’avant l’été, « on disait que Gérard Larcher voyait la nécessité d’une primaire en octobre plutôt. On est le 6 novembre ».
« Le sujet commence à prendre très fort »
Pour les amis de Gabriel Attal, le changement de pied de Bruno Retailleau est évidemment une bénédiction. « Le sujet commence à prendre très fort. Ça fait du bruit dans les couloirs de l’Assemblée, en disant enfin, une volonté claire de rassemblement avec des modalités précises », soutient Prisca Thevenot, proche du candidat Renaissance. La directrice de la mobilisation et des territoires pour la campagne ne cache pas être « ravie » de voir les choses évoluer.
Cette primaire devrait se faire selon quatre « valeurs cardinales », telle que l’imagine Gabriel Attal : la défense des valeurs de la République, être pro européen, pour l’attractivité économique et pour le progrès social et environnemental. Le tout en acceptant « les règles du jeu ».
Reste que David Lisnard ou Bruno Retailleau ont déjà dit que s’ils perdent, ils ne feront pas la campagne du vainqueur… « Le plus important, c’est qu’on ne soit pas 4 ou 5 candidats à faire le premier tour et à se retrouver à se dire, alors qui est le bon troisième ? Déjà, s’ils ne se présentent pas, ça permet d’avoir un seul candidat. S’ils ne veulent pas coller les affiches, ce n’est pas grave. Je les collerai pour eux », sourit un soutien de Gabriel Attal.
« C’est le moment de clarification », selon Prisca Thevenot
Aujourd’hui, avec cette idée de la primaire, qui revient au centre du jeu, les concurrents d’Edouard Philippe espèrent bien resserrer l’étau sur lui. « C’est le moment de clarification. Et la primaire en sera le parfait révélateur », selon Prisca Thevenot, qui ajoute :