Florian Philippot, l’ex-bras gauche de Marine Le Pen
Florian Philippot, qui quitte jeudi le Front national sur un désaccord avec Marine Le Pen, était son plus proche collaborateur...

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Florian Philippot, qui quitte jeudi le Front national sur un désaccord avec Marine Le Pen, était son plus proche collaborateur...
Public Sénat

Par Guillaume DAUDIN

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Florian Philippot, qui quitte jeudi le Front national sur un désaccord avec Marine Le Pen, était son plus proche collaborateur depuis 2011 et le chef d'orchestre de la "dédiabolisation" du parti d'extrême-droite.

Matin, midi et soir, 1er janvier comme 15 août, M. Philippot arpentait de manière stakhanoviste les plateaux télévisés pour porter la parole frontiste, au point de susciter les railleries internes comme externes sur son "CDI" supposé dans les chaînes d'information en continu.

Regard tombant et sourire en coin, M. Philippot a été le principal visage de la stratégie de "dédiabolisation" du Front national voulue par Marine Le Pen.

Né dans une famille d'enseignants, ce haut fonctionnaire à l'Inspection générale de l'administration (IGA) rencontre avec son frère Damien, sondeur à l'Ifop, la fille de Jean-Marie Le Pen en 2009 et commence à travailler pour elle, d'abord sous pseudonyme.

Bombardé fin 2011 directeur stratégique de la campagne présidentielle, "Florian", 35 ans, main éternellement soudée à son téléphone, suscite rapidement la jalousie de ceux qui prennent moins la lumière et ragent de voir la patronne du FN accorder une si grande place à celui parfois qualifié de "gourou".

Il se rend en effet rapidement indispensable à Marine Le Pen, chef d'orchestre du "marinisme" qu'elle a composé dès le début des années 2000.

Tous reconnaissent les atouts de ce diplômé d'HEC et de l'ENA, structuré politiquement. Jean-Marie Le Pen, à l'éviction duquel il a fortement contribué en 2015, ne disait-il pas de lui qu'il était "brillant" ?

- Place maudite -

Mais nombreux critiquent aussi son caractère "sectaire", fleurissant jeudi matin son départ de lourds épithètes: "népotique", "dogmatique", "extrémiste", plein de "morgue", "haineux", "égotique", etc.

Florian Philippot, plus étatiste et moins libéral, "gaulliste" dans un parti aux racines viscéralement anti-Général, soutien de Jean-Pierre Chevènement en 2002, accusé d'être chef de file d'un "lobby gay" qui existerait au FN, n'a pas l'ADN de l'extrême droite, même s'il en a partagé l'approche parfois conflictuelle avec la presse.

Au Front national, d'ailleurs, la greffe semble sans cesse rejetée, même s'il avait réussi à se rapprocher de David Rachline, directeur de campagne présidentielle, ou de Wallerand de Saint Just, trésorier du FN: c'est par et pour Marine Le Pen qu'il tient sa place de vice-président.

Autour de lui, Florian Philippot a bien su se constituer un groupe de fidèles, mené par l'eurodéputée Sophie Montel. Ils ont aussitôt annoncé jeudi leur départ en bloc d'un parti contre lequel ils ont multiplié les critiques ces derniers mois.

Mais même en Moselle, où il a tenté de s'implanter, l'atterrissage a été douloureux pour cet amateur de fêtes foraines et de jeux vidéo.

La scène se passe pendant les municipales 2014: au comptoir d'un bar pour la galette des Rois de la fédération FN de Paris, M. Philippot sirote un cocktail. "Vous prenez un verre ?" s'amusent quelques journalistes. "Il faut bien ça, quand on fait campagne à Forbach", répond celui qualifié de "sans-papier mosellan" par un opposant interne en 2012.

Les troupes philippotistes peuvent-elles dès lors constituer une nouvelle offre politique, par exemple au sein de l'association "Les Patriotes", lancée mi-mai et à l'origine de la rupture avec Marine Le Pen ?

Pour nombre de frontistes, non: la "Philippotie" est trop réduite et l'espace politique saturé, entre le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, avec qui il entretient des relations difficiles, le droitier Laurent Wauquiez, qui espère prendre la tête de LR, et la présidente du FN.

Sa "fin", en victime expiatoire de la crise familiale de 2015 ou d'un résultat décevant en 2017, était pronostiquée --et espérée-- par de nombreux dirigeants depuis des années, d'autant qu'il occupait la position de numéro deux, maudite au Front national, entre les morts physiques (Jean-Pierre Stirbois, François Duprat) et les victimes politiques (Bruno Mégret, Bruno Gollnisch).

Marine Le Pen, jusqu'à récemment, le défendait "à mort", se plaignait un apparatchik du parti. "Je ne me réjouis pas de son départ", a-t-elle dit jeudi matin, avant d'ajouter: "Le Front s'en remettra sans difficulté".

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